La BD de poche s’invite chez Glénat et Vents d’Ouest

Les éditions Glénat et Vents d’Ouest lancent une nouvelle collection de bandes dessinées au format poche, proposées au tarif unique de 10 euros. Avec son format standard A5, ses larges rabats contenant un synopsis, une biographie et des photographies des auteurs, ainsi qu’une première sélection de titres attrayante, l’initiative a tout pour plaire, malgré un confort de lecture amoindri.

ces-jours-qui-disparaissent-avisCes jours qui disparaissent, de Timothé Le Boucher

Dans Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher nous immerge dans les méandres du trouble dissociatif de l’identité, à travers le parcours de Lubin Maréchal, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Ce dernier se réveille un jour sur deux sans aucun souvenir de la journée écoulée ; il découvre alors qu’une autre personnalité s’empare de son corps durant ses absences. Cette cohabitation involontaire bouleverse profondément sa vie et celle de ses proches. Le récit aborde des thèmes complexes tels que les traumatismes et les mécanismes de défense psychologique. Par une narration prenante, Timothé Le Boucher interroge la notion d’identité et la dualité de l’être, avec la démonstration d’une communication difficile entre les deux entités qui se partagent le même corps. 

L-ete-fantome-Poche-avisL’Été fantôme, d’Elizabeth Holleville

L’Été fantôme d’Elizabeth Holleville narre les vacances d’été de Louison chez sa grand-mère, où elle se sent délaissée par ses cousines adolescentes. Sa rencontre avec Lise, le fantôme de sa grand-tante, lui apporte réconfort et amitié durant cette période de transition et relative abandon. Lise, incapable de quitter la maison sous peine de disparaître, prend place alors que Louison se sent extérieure aux préoccupations adolescentes de ses cousines – les sorties, les garçons… Le récit explore des thèmes typiques de cette période charnière, tels que l’éveil sexuel, les jalousies et les émois, tout en s’imprégnant d’une atmosphère surnaturelle parfaitement maîtrisée. 

Lettres-perdues-Poche-avisLettres perdues, de Jim Bishop

Jim Bishop crée un univers fantaisiste et poétique. Le jeune Iode attend désespérément des nouvelles de sa mère, partie en quête de nouveaux mondes habitables. Son aventure le mène à travers une société post-écocide où les animaux anthropomorphes cohabitent avec les humains. En chemin, il rencontre Frangine, une autostoppeuse au passé complexe, et un poisson-policier nommé Cycy. Le récit, teinté de mystère et d’émotion, traite du deuil, des relations humaines et de la résilience. Les dessins ronds de Bishop, influencés par l’animation japonaise, ajoutent une dimension visuelle riche à cette histoire touchante.

Les-Pieds-dedans-Poche-avisLes Pieds dedans, de Rabaté

Dans Les Pieds dedans, Rabaté propose une fable moderne et sarcastique sur deux familles cupides se disputant un héritage. Initialement publiés en couleur, les trois épisodes de cette série, ici réunis, offrent une critique caustique de la société, mettant en scène des personnages déclassés et pittoresques. Avec un humour noir et un cynisme mordant, Rabaté explore les aspects les plus sombres de l’humanité, tout en conservant une narration dynamique et amusante. Les dialogues crus et les situations grotesques sont de la partie, dans une veine scolienne assumée, offrant un regard sans concession sur les affaires d’héritage et les dérives du capitalisme.

Moby-Dick-Poche-avisMoby Dick, de Chabouté

L’adaptation de Moby Dick par Chabouté est une œuvre en tout point magistrale. En noir et blanc, elle parvient à capter l’essence du classique d’Herman Melville. Chabouté se concentre sur les caractéristiques notables des personnages, en particulier la folie obsessionnelle du capitaine Achab. Le dessin minutieux et les séquences muettes menées d’une main de maître créent une atmosphère presque hypnotique. Le récit, tout en respectant l’œuvre originale, propose une vision personnelle, aux forts reliefs psychologiques. L’épopée marine devient un terrain de réflexion sublimée par l’art de Chabouté, qui réussit à façonner une expérience visuelle et narrative haletante.

Une collection pleine de promesses

Cette nouvelle collection de bandes dessinées, à laquelle s’ajoutent Joe la Pirate et Ouessantines, constitue une initiative appréciable pour rendre la culture accessible à un public plus large. En proposant des œuvres variées et de qualité à un prix abordable, elle devrait permettre à tous, et surtout aux jeunes, de découvrir des récits devenus pour certains des classiques de la BD francophone. 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

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Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Les Naufragés du Lavalette : légende marine

« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ? - Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »

« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

« Le Parfum des feuilles de thé » : reprendre racine

Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.