« Les Vents ovales » : la grande mue

Coécrit par Jean-Louis Tripp et Aude Mermilliod et illustré par Horne, Les Vents ovales est le premier tome d’une trilogie qui entend immerger le lecteur dans la ruralité française des années 60. Fait particulier : le rugby y est célébré comme une véritable religion. Publié par Dupuis, l’album s’intéresse à la vie quotidienne de deux villages du Sud-Ouest, Castelnau et Larroque, qui nous sont présentés en alternance avec les événements historiques d’alors.

En 1967, le Sud-Ouest de la France vit au rythme du rugby. La victoire de Montauban et son Bouclier de Brennus ont galvanisé les habitants de Castelnau et Larroque, séparés par la Garonne mais unis par une passion commune pour le ballon ovale. Bien que leurs propres clubs locaux soient en bas du classement, l’esprit de fête règne. Les entraîneurs des deux équipes, l’un curé et l’autre patron de briqueterie, ainsi que les villageois, se retrouvent tous impliqués dans cette culture sportive.

Jean-Louis Tripp, à qui l’on doit notamment Magasin général, apporte son talent d’écriture pour rendre palpable le quotidien des gens ordinaires. Associé à Aude Mermilliod, ils échafaudent ensemble une histoire appelée à s’étendre sur trois albums, et couvrant la période précédant le fameux Mai 68. C’est dans ce climat d’affranchissement social et de changement des mœurs que la féminité et certains de ses thèmes associés (sexualité, assignations de genre, grossesse, patriarcat, etc.) sont abordés dans Les Vents ovales, avec beaucoup de justesse.

Ce premier tome nous transporte dans le quotidien des habitants locaux à travers les yeux d’Yveline. Fille d’une famille de notables, elle aspire à quitter son village pour Paris, nourrissant un désir de liberté et d’émancipation qui semble caractériser sa génération. En parallèle, les traditions rurales et les valeurs du rugby continuent de structurer la vie communautaire. Bien développés, confrontés aux aléas du quotidien, les différents personnages renvoient en seconde intention à une société en mutation, comme l’indiquent par exemple les conseils sportifs d’une jeune femme aux rugbymans ou une défloraison en suspens. Alors que les années 60 touchent à leur fin, les jeunes générations commencent à remettre en question l’autorité et les traditions…

Horne parvient à retranscrire l’atmosphère particulière de cette période. Et ce, dès la première page, avec un stade de Larroque-sur-Garonne occupé pendant mai 68, dans une ambiance festive et un esprit de camaraderie. Chemin faisant, Les Vents ovales prend la forme d’une fresque humaine et sociale en gestation, mêlant humour, émotion et réflexion. Ce premier tome pose des bases solides sur lesquelles les auteurs vont pouvoir construire et alterner les points de vue, pour apporter encore plus de profondeur à leur récit. 

Les Vents ovales, Aude Mermilliod, JeanLouis Tripp et Horne 
Dupuis, mai 2024, 136 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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