« Les 100 derniers jours d’Hitler » : chronique d’une fin annoncée

Les 100 derniers jours d’Hitler, publié par les éditions Delcourt, se penche sur la période la plus sombre de la Seconde Guerre mondiale, marquée par un effroyable bilan humain et la chute inexorable du Troisième Reich. Adapté du livre de Jean Lopez, cet album illustre non seulement la dévastation causée par la guerre mais aussi les ultimes décisions d’Adolf Hitler, empreintes de désespoir et de destruction.

La fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe se caractérise par une phase particulièrement sanglante. La chronique de ces jours maudits révèle l’ampleur de la tragédie humaine, avec un bilan quotidien moyen de 30 000 vies fauchées. Dans cette période de chaos, Hitler, isolé mais toujours autocratique, impose sa vision destructrice jusqu’à l’effondrement final de son régime. L’adaptation en bande dessinée de l’ouvrage de l’historien Jean Lopez, par Jean-Pierre Pécau, Senad Mavric et Filip Andronik, offre un regard visuel poignant sur ces événements.

La chute d’un empire

Les proches d’Hitler, conscients de l’importance des apparences, choisissent un itinéraire présentable pour rejoindre Berlin, évitant ainsi au Führer la vision des ruines causées par les bombardements, qui l’affectent au plus haut point. Parallèlement, le désespoir s’installe parmi la population et les soldats, confrontés à la déroute sur le front de l’Est et à la politique de la terre brûlée prônée par un Führer en état manifeste de déni. Ce que Les 100 derniers jours d’Hitler narre, c’est la déconnexion entre les aspirations et croyances du Chancelier nazi et les réalités du terrain, où son armée perd pied et batailles. Les témoignages de souffrance, comme ceux des déportés de Birkenau ou des civils de Breslau, illustrent quant à eux l’ampleur de la tragédie humaine. D’un côté, 16 000 personnes meurent à la suite d’une marche forcée, de l’autre ce sont des mères qui se voient contraintes d’abandonner leurs enfants gelés sur le bord du chemin, en quittant leur ville.

La politique de la désolation

L’obstination d’Hitler à refuser toute capitulation, associée à sa politique de la terre brûlée, précipite l’Allemagne dans une spirale de destruction. Les projets délirants du Führer, tels que ses plans architecturaux pour restaurer la grandeur de Linz, contrastent violemment avec la réalité du terrain, marquée par le désespoir et le chaos. La destruction de Dresde et d’autres grandes villes allemandes, les exécutions sommaires de plus en plus fréquentes, décrétées par des cours martiales volantes, et le recours au cyanure pour se suicider révèlent un régime en pleine déliquescence – mais prêt à tout pour maintenir une illusion de contrôle, y compris des promesses de renforts… qui n’existent plus. « Celui qui affirmera que la guerre est perdue sera rangé parmi les traîtres avec toutes les conséquences pour lui et sa famille », avancera par exemple le Führer, plein d’aplomb. 

Les derniers jours

Dans les ultimes moments du Troisième Reich, la figure d’Hitler se révèle dans toute sa complexité tragique. Refusant d’abandonner Berlin et se barricadant dans son bunker, il incarne mieux que jamais, dans la maladie et la démence, la détermination jusqu’au-boutiste qui a caractérisé son règne. La tentative de capitulation de Himmler, entreprise dans le dos du Führer, marque la désintégration finale du cercle intime nazi, signant l’échec ultime d’une idéologie mortifère, déjà battue en brèche par des résistants allemands et mise à mal par la ténacité des Russes, des Américains et des Britanniques.

Testament

Les 100 derniers jours d’Hitler offre une perspective glaçante mais nécessaire sur la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette bande dessinée met en lumière non seulement l’ampleur de la destruction et de la souffrance causées par la guerre, mais aussi la chute d’un dictateur qui, jusqu’à ses derniers jours, a refusé de reconnaître la réalité de sa défaite. Cette œuvre pédagogique, construite jour après jour, rappelle les sombres conséquences de l’hubris et de la tyrannie. Elle fait aussi état d’un régime qui, pour se maintenir, ira jusqu’à manipuler les horoscopes, recruter des enfants et remettre en question la Convention de Genève. En pure perte, car comme l’explique très bien le journaliste danois Jakob Kronika, alors en poste à Berlin, la défiance s’était depuis longtemps installée entre le peuple allemand et son Führer.  

Les 100 derniers jours d’Hitler, Jean-Pierre Pécau, Senad Mavric et Filip Andronik 
Delcourt, février 2024

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet. 

« Mudlarks » : l’enfance de Dickens

En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.