« Dune » : prédation cosmique

Avec son univers étendu, Dune s’impose comme une œuvre majeure de la science-fiction. Créé par Frank Herbert et adapté au cinéma par David Lynch puis Denis Villeneuve, Dune nous transporte sur la planète désertique d’Arrakis, théâtre d’un conflit interstellaire pour le contrôle de l’épice, considérée comme la ressource la plus précieuse de l’univers. Cette histoire est désormais portée en bande dessinée, par Lilah Sturges et Drew Johnson.

Au cœur de Dune réside une bataille impitoyable pour le pouvoir et le contrôle d’Arrakis. La nomination du Duc Leto Atréides comme gouverneur de cette planète n’est pas un honneur mais un piège tendu par l’Empereur Shaddam IV, dans le but d’éliminer une maison noble devenue trop influente. Les Atréides se retrouvent face aux Harkonnen, rivaux dont la cruauté n’a d’égale que la soif de pouvoir. Cette lutte militaire se double d’un conflit politique, impliquant des alliances fragiles, notamment avec les Fremen, peuple autochtone d’Arrakis. La complexité des jeux de pouvoir dans Dune reflète les dynamiques qui entourent les ressources naturelles dans notre propre monde.

Religion, prophétie et identité

Paul, jeune héritier de la maison Atréides, se retrouve au centre d’une prophétie Fremen qui le désigne comme le leader messianique destiné à libérer Arrakis. Son évolution de noble à figure prophétique soulève des questions sur la nature de la foi, le rôle des mythes et des croyances dans la formation des sociétés, même si ces problématiques ne sont finalement qu’esquissées dans ce premier volume. Cette dimension religieuse s’ajoute, dans Dune, à un propos plus large sur la dualité entre destinée et libre arbitre, dans le sillage d’un jeune protagoniste de grande intégrité, dont les pouvoirs s’éveillent peu à peu…

Planète opéra

Une nouvelle fois, Arrakis constitue un personnage à part entière. Cette planète désertique, nantie de tempêtes de sable mortelles et d’une faune unique, notamment les gigantesques vers des sables, est le seul lieu de production de l’épice, élément pourtant indispensable aux voyages interstellaires. Les Fremen, autochtones, ont développé un mode de vie en symbiose avec ce monde hostile. Cela implique par exemple une marche des sables pour éviter de réveiller les monstres endormis tapis sous terre, mais aussi une consommation excessive de l’épice, à des fins hallucinogènes. Dune peut se gargariser d’être un modèle dans l’exploration des thèmes écologiques dans la littérature de science-fiction ; son récit, cette fois porté par Lilah Sturges et Drew Johnson, aborde les conséquences de l’exploitation des ressources et la nécessité d’une coexistence respectueuse avec l’environnement.

Dune s’articule autour de deux arguments de poids : Paul et Arrakis, tous deux porteurs de conflictualité et d’une mythologie forte. Derrière le paravent science-fictionnel, c’est évidemment nos instincts de prédation qui se dessinent : nos luttes pour les ressources, notre rapport à l’environnement et la manière dont nous forgeons notre destin collectif. L’univers de Dune se pose ainsi en miroir amplifié de nos propres complexités, et cela se ressent très bien dans l’adaptation proposée par Lilah Sturges et Drew Johnson, réussie en dépit d’un relatif académisme.

Dune, Frank Herbert, Lilah Sturges et Drew Johnson
Delcourt, février 2024, 136 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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