« Love, etc. » : les tribulations d’une quadra célibataire

Les modes de rencontres amoureuses se métamorphosent sous l’impulsion des avancées technologiques. Dans Love, etc., Clothilde Delacroix dresse un portrait vivant et amusé de ces rendez-vous 2.0. Entre espoirs déçus et promesses d’avenir, son récit, découpé en bulles narratives autonomes, résonne comme l’écho d’un monde où l’amour se conjugue désormais avec applications et interactions virtuelles.

Love, etc., c’est avant tout l’expérience d’une mère célibataire quadragénaire décidant de se réinsérer dans le jeu de la séduction après une longue pause. Pour elle, cela se révèle être un véritable voyage initiatique. Elle ne maîtrise pas les codes de ces nouveaux outils que ses connaissances semblent manier avec une aisance qui lui est déconcertante. Ce qu’elle découvre peu à peu, ce sont les dessous de ces supermarchés (numériques) du désir, qui ont modifié en profondeur les dynamiques relationnelles.

Première joyeuseté : la prise en main. L’inscription sur ces plateformes, loin d’être une démarche anodine pour elle, constitue au contraire un processus fastidieux, impliquant la création d’un profil attractif et la sélection des photos les plus avenantes. Alors, notre quadra peu à l’aise avec son physique prend le temps de bien faire les choses, en se posant mille questions. Mais malgré tous les efforts déployés, les rencontres qui en découlent s’avèrent souvent décevantes. Les pseudonymes pathétiques, voire triviaux, et les photos de profil artificielles, ne laissaient, il faut bien le dire, rien présager de bon.

Comment donc trouver l’amour dans ce dédale d’interactions numériques et de rencontres éphémères ? C’est là que réside le défi majeur pour cette mère de famille pleine d’espoir mais aussi de doutes. Comment se comporter pour maximiser ses chances dans ce nouveau jeu de séduction ? L’humour, l’absurde, mais aussi la justesse, deviennent des alliés précieux pour Clothilde Delacroix dans cette quête où les codes semblent avoir été réécrits à la hâte sans manuel d’instruction. Un décrochage attentionnel de plusieurs années est presque synonyme de fossilisation numérique.

Dans ce ballet amoureux ô combien moderne, chacun revêt un masque social, surtout lors du premier rendez-vous, lissant les aspérités de sa personnalité pour paraître consensuel et facile à vivre. Mais cette façade, comme l’énonce très bien notre protagoniste, peut mener à une confusion des espoirs et des sentiments, où personne ne sait réellement sur quel pied danser. Décrypter les signes d’intérêt, éviter les maladresses dans les communications numériques, gérer les attentes et les déceptions deviennent des compétences essentielles dans ce grand jeu de séduction (et de dupes ?).

Certaines planches de Love, etc., sous leurs dehors humoristiques, illustrent de manière édifiante comment cette quête désespérée d’amour peut engloutir l’individu, le plongeant dans un abîme de solitude et de doutes. L’absence de tendresse et le flou des attentes peuvent laisser des cicatrices invisibles, altérant la confiance en soi et la capacité à s’ouvrir à l’autre. Clothilde Delacroix ne s’y trompe pas quand elle représente les états d’âme de son personnage, un peu égarée sur le chemin de l’intégrité émotionnelle.

Love, etc. offre un regard ironique mais perspicace sur la recherche d’amour à l’ère numérique. À travers les tribulations d’une quadra célibataire, l’autrice parvient à capturer avec finesse les dilemmes, les rires et les déceptions qui jalonnent ce parcours semé d’embûches. 

Love, etc., Clothilde Delacroix 
Delcourt, collection Pataquès, février 2024

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Agnès la Chevaleresse » : la fantasy à la langue bien pendue

Avec "Agnès la Chevaleresse", Damien Geffroy se délecte des mythes de l’heroic fantasy. Pièce après pièce, avec une jubilation fortement communicative, il imagine un récit entre satire des histoires chevaleresques, héroïne obstinée et vieux mentor plus porté sur la chopine que sur l’honneur. L’auteur livre aux éditions Fluide Glacial une aventure légère, drôle et souvent irrésistible.

« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe » : l’Amérique au carrefour des fortunes

À l'heure où Wall Street commence à façonner le monde moderne, un adolescent en fuite croise la route d'un vagabond qui lui apprend à regarder l'Amérique autrement. Avec "Baby Boxer Banker", premier volet de La Vie extraordinaire d'Arizona Joe, Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour signent un récit d'initiation où l'aventure se mêle à la filiation, la liberté et les promesses contradictoires du rêve américain.

« Bêtes comme nous » : quand les animaux deviennent humains

Un escargot super-héros qui met deux semaines à sauver New York, des moutons grégaires militants ou encore une araignée dépressive parce que son costume de super-héros ne trompe personne : avec Bêtes comme nous, MO/CDM bâtit un bestiaire dont les pièges, souvent, relèvent des caractéristiques biologiques des protagonistes. Une idée simple, parfois exploitée jusqu’à l’usure, mais qui donne naissance à un recueil de gags souvent réjouissants.