Argylle, Bons baisers de tuerie

Matthew Vaughn. De tous les réalisateurs dont on identifie facilement la patte, difficile de ne pas remarquer la sienne. Action survoltée et déjantée, intrigues loufoques et protagonistes hauts en couleur, le papa de Kick-Ass a su conquérir le cœur des fans en quelques films seulement. Malheureusement, si certains trouvent encore largement leur compte dans ses projets, force est de constater que la magie et le génie derrière le premier Kingsman n’ont jamais été retrouvés dans les deux films suivants. Avec Argylle, le réalisateur espère lancer une nouvelle franchise. Disons-le, on reste loin du chef-d’œuvre de 2015. Heureusement, Argylle est différent et a d’autres nombreuses qualités à offrir. 

Le sens du kitch

Avant toute chose, il semble opportun de préciser ceci : Argylle est un film embrassant le kitch dans toute sa splendeur. Twists, révélations, séquences à la limite de la parodie, voire même du troll envers son propre public, l’histoire écrite par Jason Fuchs coche toutes les cases du film d’espionnage. À un détail près, elle se veut déjantée et ne se prend jamais au sérieux. L’intrigue générale se révèle cousue de fil blanc à quelques exceptions près, et ce, dès les premiers instants. Là où le film reste savoureux, c’est qu’il en est parfaitement conscient et en joue. Chaque twist est marqué, d’une façon ou d’une autre, par une technique de réalisation ou de montage son/image bien connue des amateurs de parodies ou de comédies d’espionnage. Oui, Argylle est une comédie à ne pas prendre au premier degré. Dans une ère où le kitch semble passer avec de plus en plus de difficulté, on espère que le projet ne sera accueilli trop froidement. Paradoxalement, sur les 2h20 qui composent cette aventure loufoque à souhait, le rythme retombe à plat quand le ton devient plus sérieux. On pense à toute une séquence ennuyeuse à la française, et ce, malgré l’avalanche de révélations. Et pourtant, le film parvient à offrir un duo de protagonistes attachants (Sam Rockwell, on t’aime) et quelques beaux moments d’émotion.

Si les fans du monde entier attendent  le retour au cinéma du grand, que dis-je du Dieu Henry Cavill, il est de notre devoir de les avertir : l’acteur britannique n’est pas au centre de l’intrigue, il est même carrément secondaire. Argylle est un personnage de roman, créé par nul autre que le personnage d’Elly Conway, héroïne de notre aventure. L’espion ne sert ici qu’une mise en abyme plutôt sympathique et particulièrement présente dans le premier tiers du film. Sa présence se fera ensuite de plus en plus rare, au fur et à mesure qu’Elly évolue. Pour le reste, vous serez en terrain connu. Méchante organisation contre gentils espions, fusil de Tchekhov inséré (littéralement) sans aucune subtilité, mise en abyme, critique sociétal, clin d’œil pour le spectateur. Oui, pas de doute, on est bien sur un joli délire totalement assumé.

C’est à ses manières…

Ce que l’on attend de Matthew Vaughn, en plus de sa capacité à nous emporter dans un univers totalement barré, c’est son talent indéniable pour proposer des séquences d’action  dingues au style inimitable. On se souvient tous des enchaînements de Hit-Girl dans le premier Kick-Ass, on rêve encore du carnage de l’église dans le premier Kingsman : services secrets ou du fabuleux combat contre Raspoutine dans The King’s Man (l’un des seuls vrais bons moment du film). Pour Argylle, Vaughn retrouve une très grande partie de son talent. On peut grimacer face à la laideur de certains effets spéciaux, une maladie bien connue du cinéma actuel. Oui, à l’instar de nombreux blockbusters, le film ne tient pas toutes ses promesses visuellement et ce malgré un budget de 200 millions de dollars (près de 20 fois celui Godzilla Minus One…). Fort heureusement, pour le reste, difficile de reprocher quoi que ce soit. Chaque affrontement est un régal d’humour, d’ingéniosité et de mise en scène. On regrettera seulement un écart qualitatif criant envers le premier d’entre eux, dans un train, et ceux servis dans le climax. Idées visuelles et de mise en scène hilarantes et superbement réalisées, musiques toujours parfaites, on retrouve enfin notre réalisateur au top de sa forme ! Il s’amuse, chaque scène du film le confirme. Les plans réussissent à désacraliser un acteur en quelques secondes, provoquant rires (ou consternations, pour les premiers degrés). L’alchimie est réussie entre Sam Rockwell et Bryce Dallas Howard.  L’intégralité du casting nous compose un cabotinage absolument glorieux (Bryan Cranston en tête). Non, franchement, malgré d’évidents défauts, cet Argylle reste une sculpture assez solide.

Bande-annonce : Argylle

Fiche technique : Argylle

Réalisation : Matthew Vaughn
Scénario : Jason Fuchs, d’après le roman Argylle d’Ellie Conway
Photographie : George Richmond
Montage : Lee Smith
Musique : Lorne Balfe
Décors : Dan Taylor
Costumes : Stephanie Collie
Producteurs : Adam Bohling, Jason Fuchs, David Reid et Matthew Vaughn
Coproducteurs : Toby Hefferman et Iain Mackenzie
Producteurs délégués : Adam Fishbach, Zygi Kamasa, Carlos Pereset, Claudia Vaughn
Sociétés de production : Apple Original Films et Marv Films
Sociétés de distribution : Universal Pictures International France
Pays de production : États-Unis, Royaume-Uni
Genre : espionnage, comédie, action
Durée : 2h20
Dates de sortie (France) : 31 janvier 2024

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3.5

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Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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