« Au cœur de la Terre » : beautés et menaces

Les éditions Glénat publient le premier tome du diptyque Au cœur de la Terre, de Jean-David Morvan et Rafael Ortiz. Deux hommes y sont confrontés à un monde inconnu et hostile.

Dans ce premier tome d’Au cœur de la Terre, le courageux David Innes et son compagnon de fortune, le professeur Abner Perry, atteignent à l’aide d’une machine de forage révolutionnaire le monde souterrain et inexploré de Pellucidar. Sis sous des centaines de kilomètres de croûte terrestre, ce territoire bénéficie d’un « soleil » qui ne se couche jamais et est peuplé de créatures préhistoriques qui ont évolué selon leur logique propre.

À l’époque de la publication du roman d’Edgar Rice Burroughs, le monde était en pleine mutation. La science et la technologie évoluaient à un rythme sans précédent et alimentaient l’imagination des auteurs, de Jules Verne à H.G. Wells. Comme eux, l’auteur américain, prophète en son pays mais moins célébré en France, excelle dans l’art de mêler réalité scientifique et fiction.

Après le succès retentissant de sa série Tarzan, Burroughs s’oriente vers un univers moins conventionnel, exploitant la fascination de l’époque pour les mondes perdus et inexplorés. Cela lui permet d’explorer des thèmes variés, allant de l’aventure à la critique sociale. L’exploration de Pellucidar est une métaphore de la découverte de soi et des limites de la connaissance humaine. La confrontation entre la technologie et un monde primitif soulève des questions sur le progrès et la nature humaine. Le romancier utilise également ce cadre pour examiner des thèmes comme la domination, la liberté et l’unité face à l’adversité.

Jean-David Morvan et Rafael Ortiz, respectivement scénariste et illustrateur, s’approprient le roman pour en faire un diptyque graphique dont le premier tome est assez convaincant. David Innes, protagoniste principal, y symbolise l’audace et l’esprit d’aventure, tandis que son acolyte Perry représente plutôt la connaissance et la sagesse, souvent en contraste avec l’impulsivité de son ami. Le rendu des détails, les paysages vertigineux, la ronde de créatures imaginatives questionnant le darwinisme donnent un allant visuel très engageant à l’ensemble.

Une grande partie de ce premier tome repose sur l’exposition : des personnages, des lieux, des enjeux. La rencontre avec Diann, une indigène issue de la noblesse et solidaire des deux protagonistes, instaure une nouvelle dynamique au récit, qui dévoile en parallèle l’organisation plus structurée qu’il n’y paraît de ce monde inconnu et hostile. Pellucidar, avec son ciel éternellement lumineux et sa faune préhistorique, constitue un personnage à part entière. Chaque région du monde souterrain possède une identité distincte.

L’influence de Jules Verne, et notamment de son œuvre Voyage au centre de la Terre, est palpable dans le récit de Burroughs. Cependant, là où l’écrivain français privilégie l’exploration scientifique, l’Américain se concentre sur l’aventure et la survie, deux dimensions qui forment par conséquent l’essence de ce premier tome. Au-delà de ça, Au cœur de la Terre offre une méditation sur les concepts de temps et d’espace. Le monde de Pellucidar, avec son soleil perpétuel, invite à une réflexion sur sa nature relative et son influence sur la psychologie humaine. Un creuset qui devrait alimenter la suite de ce diptyque.

Au cœur de la Terre, Jean-David Morvan et Rafael Ortiz
Glénat, janvier 2024, 64 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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