Cannes 2017 : Après la Guerre, un drame familial et politique bouleversant

Annarita Zambrano évoque la génération italienne post-activisme d’extrême gauche des années 80 et les conséquences actuelles dans Après la Guerre, un premier film poignant.

Synopsis :  Bologne, 2002. Le refus de la loi travail explose dans les universités. L’assassinat d’un juge ouvre des vieilles blessures politiques entre l’Italie et la France. Marco, ex-militant de gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis 20 ans grâce à la Doctrine Mitterrand, est soupçonné d’avoir commandité l’attentat. Le gouvernement italien demande son extradition. Obligé de prendre la fuite avec Viola sa fille de 16 ans, sa vie bascule à tout jamais, ainsi que celle de sa famille en Italie qui se retrouve à payer pour ses fautes passées…

festival-cannes-2017-apres-la-guerre-film-selection-un-certain-regard-Charlotte-CetaireFort de son expérience dans le court métrage (une dizaine dont Ophelia, sélectionné en 2013 dans la Compétition Court Métrage à Cannes) et lauréate 2015 de la Fondation GAN qui soutient les projets de jeunes réalisateurs, Annarita Zambrano est assurément l’une des révélations de la sélection Un Certain Regard avec Après la Guerre, son premier long métrageAprès la Guerre traite des conséquences d’un ancien activiste italien du milieu des années 80 qui doit faire face à son passé, le jour où un meurtre politique en Italie fait resurgir les vieux démons d’une famille brisée par le meurtre d’un juge. Entre l’Italie et la France, Annarita Zambrano explore l’histoire de son pays à travers les nouvelles générations, victime collatérale d’une guerre qui ne lui appartenait pas et qui a dû payer pour les fautes des autres. Car derrière la bêtise de ces actions vaines et cruelles se cachent trente ans de souffrances, de familles brisées et d’absence de réponses. Plus encore, ce bouleversement affecte même les carrières de ces personnes qui traînent ce passé comme un boulet dont on ne peut s’en défaire sans avoir à faire des sacrifices. C’est ce que vit le personnage de l’ex-activiste et désormais intellectuel Marco (puissant Giuseppe Battiston, aux allures d’Orson Welles) prêt à tout abandonner derrière lui pour conserver sa liberté, quitte à sacrifier sans remords le parcours que s’était tracé sa fille. C’est dans ce conflit entre un père et son enfant que se dresse in fine le reflet d’une société italienne tiraillée par l’amertume des nouvelles générations face à leur histoire. Dans sa fuite, Marco cherche tout de même une rédemption dans ses actions, en acceptant une interview avec un journal national. Une manière de revendiquer sa position politique et son absence de regrets, comme s’il se savait condamné. Sans doute parce qu’au fond de lui, il l’est déjà.

Annarita Zambrano offre un traitement délicat de ce brûlot politique qui continue de déchaîner en Italie au même titre qu’elle saisit avec finesse la confrontation des générations qui paient chacun à leur manière le prix des erreurs passés. A l’image, la cinéaste italienne qui atteste de son manque de connaissance en technique cinématographique profite de sa collaboration avec le directeur de la photographie Laurent Brunet (Irréprochable, Séraphine) pour oser le format Scope qui semble enfermer les personnages. Tout est resserré et les ouvertures se font rares, ce qui participe au climat fiévreux qui accentue les tensions aussi bien en Italie qu’en France. A cela s’ajoute la musique de Grégoire Hetflex d’une beauté sidérante qui participe sans lourdeur à la réussite de ce drame poignant. Tout semble ainsi maîtrisé avec le recul et la justesse nécessaire – quoiqu’un peu classique – mais c’était sans compter le dénouement simpliste qui empêche le film de s’imposer comme le favori au Prix Un Certain Regard 2017. Qu’à cela ne tienne, Après La Guerre s’impose comme un bouleversant drame politique et familial, traité avec l’intelligence, la finesse et la maîtrise d’une cinéaste qui pourrait en revanche bien séduire le jury de la Caméra d’Or.

[UN CERTAIN REGARD] Après La Guerre

Un film de Annarita Zambrano
Avec Charlotte Cétaire, Giuseppe Battiston, Barbora Bobulova
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement

France – 2017

Après La Guerre : Bande-annonce

[irp]

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.