Thanksgiving – Sauté de dinde(s) amusant et cousu de fil blanc

Un slasher inédit. Un contexte très américain mais doté d’une imagerie reconnaissable. Eli Roth (Hostel ou Cabin Fever) à la réalisation. Patrick Dempsey en tête d’affiche. On peut dire que la proposition était alléchante et promettait une série B sympathique, voire même peut-être un renouvellement de ce sous-genre. Eh bien ce ne sera malheureusement pas le cas. Thanksgiving est amusant grâce à ses meurtres bien gores, son entame complètement dingue et surprenante, et une bonne utilisation de l’imagerie de cette célébration. Mais pour le reste… entre intrigue cousue de fil blanc, dénouement ridicule, rythme saccadé et mise en scène anodine, c’est un slasher tout juste dans la moyenne du genre.

Synopsis : Un an après qu’un Black Friday a viré au chaos, un mystérieux tueur s’inspire de la fête traditionnelle de Thanksgiving et terrorise la ville de Plymouth (Massachussetts), berceau de la célèbre fête. Alors que les habitants sont éliminés les uns après les autres, ces meurtres qui semblaient aléatoires, révèlent un plan plus vaste et sinistre. Les habitants découvriront-ils le tueur et survivront-ils à la fête… ou deviendront-ils les invités de son dîner de Thanksgiving complètement tordu ?

Les slashers, c’est un peu comme les films catastrophe. C’est une question de mode. Il y a eu la vague inaugurale dans les années 80 avec les Michael Myers, Jason Vorhees ou encore Freddy Krueger… Puis le genre s’est éteint jusqu’à la résurrection opérée par Wes Craven avec la saga Scream (d’ailleurs elle-même ressuscitée avec succès récemment). Ont suivi les Urban Legend, Souviens-toi… l’été dernier et consorts au début des années 2000. Depuis, quelques exemples essaiment autant le catalogue des direct to DVD ou VOD que celui des salles de cinéma, à l’exception de quelques essais indépendants tels que le classique It Follows. Ou alors il faut chercher du côté de la sérénade de remakes, reboots, spin-offs déterrant les vieux classiques cités plus haut et rarement convaincants. Pour un Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel, incroyable, extrême, crade et jusqu’au-boutiste, combien de ratés ? De voir une nouvelle proposition en salle a donc toujours quelque chose d’un peu excitant pour les amateurs du genre…

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’entame de ce slasher est déroutante et inattendue. À l’origine, c’est le prolongement d’une bande-annonce insérée au double programme Grindhouse du duo Tarantino/Rodriguez (Boulevard de la mort et Planète terreur). On y voyait un tueur masqué sévir durant la période de l’Action de grâce. Ici dans cette mouture rallongée et développée en un long-métrage, ce prologue sera certainement même la séquence qui marquera le plus notre projection. On s’attendait bien sûr à un meurtre inaugural, comme dans la plupart de tous les avatars de ce sous-genre horrifique, mais on a le droit à une scène complètement dingue invoquant le Black Friday dans les grandes surfaces et la folie inhérente des consommateurs dans ce genre d’opération. Une scène qui va virer à la tragédie entre satire du consumérisme et poussées gores presque drôles. Ce sera le point de départ haut en couleur d’un film avec croque-mitaine qui va davantage rentrer dans le rang ensuite et moins nous stimuler.

En effet, ce n’est pas ce Thanksgiving qui va redorer le blason du slasher et le faire renaître de ses cendres. Une fois passé cette séquence, le film va reprendre les sentiers battus du genre et en respecter la plupart des codes sans jamais nous surprendre. Il va davantage opter pour une tonalité pince-sans-rire et sarcastique que véritablement effrayante, poisseuse ou angoissante. On se situe donc plus du côté de Scream sans l’analyse méta du genre que de La Nuit des masques. En gros, le tueur et les meurtres ne font jamais peur, mais sont plutôt ludiques et amusants. Eli Roth, qui est quand même un réalisateur réputé dans ces sphères-là, déçoit d’ailleurs un peu tant sa mise en scène est fonctionnelle. Tout comme sa proposition de fond, visant à critiquer les réseaux sociaux et le capitalisme, une pichenette facile et martelée avec la finesse d’un catcheur sur le ring.

En outre, Thanksgiving est doté d’un casting qui joue un peu trop premier degré. Plus que mal, car on a déjà vu bien pire niveau acting dans ce type de production. Problème : cela ne colle pas vraiment avec le côté humour noir de l’ensemble. L’histoire est cousue de fil blanc et les ficelles sont tout de même très grosses avec beaucoup d’incohérences à la clé. Quant au rythme, il est très saccadé et inégal, les séquences de meurtre étant quasiment le seul intérêt que l’on peut porter au film puisque le reste nous parle d’amourettes étudiantes et de préparation de festivités. C’est inintéressant et on n’est absolument pas là pour ça ! Pour ce qui est du dénouement, il est clairement prévisible et ridicule. Le genre de twist final qu’on sent venir durant toute la projection et qu’on espère qu’il ne se réalisera pas…

Heureusement, toute l’imagerie ayant trait à cette fête forcément très nord-américaine est bien exploitée. Certes, elle n’est pas aussi effrayante que celle d’Halloween, mais entre le déguisement de pèlerin du tueur, la fameuse dinde ou le Mayflower, le folklore inhérent à ces festivités est utilisé à bon escient. Et il reste certainement le côté le plus réussi du film : ses séquences de meurtre qui, en plus d’être assez nombreuses, sont vraiment originales et recherchées. Certes parfois absurdes, elles n’en demeurent pas moins à la fois drôles, bien gores et sanguinolentes. Notre préférée : celle de la dinde humaine en grandeur nature évidemment ! Un grand moment de n’importe quoi assumé ! En somme, un slasher qui ne renouvelle pas le genre et qui échoue sur bien des points, mais dont certaines séquences valent leur pesant de cacahuètes. À partager entre copains un samedi soir pour se marrer et gentiment frissonner.

Bande-annonce – Thanksgiving

Fiche technique – Thanksgiving

Réalisation : Eli Roth.
Scénario : Eli Roth et Jeff Randell.
Production : Tristar Production et Spyglass Entertainment.
Pays de production : USA.
Distribution France : Sony Pictures Distribution.
Durée : 1h47.
Genre : Épouvante.
Date de sortie : 29 novembre 2023.

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