Cinemania 2023 : Iris et les hommes – Le Calamy Show

Tout le monde se souvient du génial et inattendu Antoinette dans les Cévennes en plein Covid et du succès public qui s’ensuivit, tout comme de son triomphe aux Césars. La nouvelle collaboration de Caroline Vignal derrière la caméra et Laure Calamy devant est peut-être moins emballante, fraîche et homogène, il faut l’avouer, surtout après son début tonitruant et à mourir de rire. Mais l’abattage de la comédienne et un sujet dans l’air du temps nous font passer un bon moment.

Synopsis : Un mari formidable, deux filles parfaites, un cabinet dentaire florissant : tout va bien pour Iris. Mais depuis quand n’a-t-elle pas fait l’amour ? Peut-être est-il temps de prendre un amant. S’inscrivant sur une banale appli de rencontre, Iris ouvre la boite de Pandore. Les hommes vont tomber… Comme s’il en pleuvait !

Ah la délicieuse Antoinette et son âne Patrick ! Quel bon souvenir de cinéma que cette Antoinette dans les Cévennes. Un film qui consacra Laura Calamy comme une actrice incontournable (César à la clé), révéla une cinéaste en la personne de Caroline Vignal et nous fit passer un bon moment de comédie bucolique et primesautière, qui sortait des sentiers battus et prenait des chemins de traverse admirables. Un petit coup de fraîcheur dont tout le monde avait besoin, justement sorti à une période sombre et honteuse. Un bon vent d’air frais en somme.

Comme on dit, on ne change pas une équipe qui gagne ! Les deux femmes refont donc équipe pour une nouvelle comédie qui devait s’intituler, à raison, « Il pleut des hommes » et qui sera finalement titrée de manière plus triviale, Iris et les hommes. Dommage, surtout que cette francisation du culte « It’s raining men » aurait trouvé sa justification pour le titre grâce à un moment de fantaisie et de pure folie présent au sein du long-métrage. Un moment où il se mue en comédie musicale sur le tempo de cette chanson. Une séquence risquée mais parfaitement négociée où Laure Calamy, certes un peu mal à l’aise, se lâche et chante (un peu faux) en pleine banlieue avec des figurants qui se mettent à danser comme dans une comédie musicale. Inattendu, sincère, surprenant et amusant !

Cette seconde collaboration va traiter un sujet en plein dans l’air du temps et de manière tout à fait adéquate. Il s’agit du manque de désir dans le couple et de la tentation de la double vie grâce aux applications de rencontre. Un postulat qu’on trouvait en amont parfaitement adapté pour cette nouvelle association de Calamy et Vignal. La première bien sûr une nouvelle fois devant la caméra et la seconde derrière. Et c’est peu dire que le film commence très fort, sur les chapeaux de roue même. Entre le générique amusant chez l’ostéo, la scène dans le métro avec ses hommes qui parlent à Iris de partout et figurant les messages des applis de rencontre (belle idée de mise en scène) ou encore l’énorme fou rire de la séquence de la photo coquine au cabinet de dentistes, Iris et les hommes nous conquiert de plein fouet.

Mais la cadence a du mal à être tenue sur la longueur. Et on est finalement moins emballé par ce second opus que par l’exceptionnel Antoinette dans les Cévennes puisque la comparaison s’impose forcément. Le personnage d’Iris va évoluer et se redécouvrir au fil des rencontres et on peut affirmer que Vignal évite brillamment le piège du film catalogue où Iris passe d’un homme (et peut-être d’un cliché) à un autre. Le script et le montage sont assez bien verrouillés pour contourner ce risque qui aurait peut-être lassé le spectateur. Attention, on a quand même droit à quelques rencontres diversifiées, voire gratinées, mais juste comme il faut.

En revanche, on pourra trouver la progression psychologique et l’évolution du personnage de Calamy un peu trop soudaines, manquant de finesse. Mais, surtout, plus le film avance moins on rit. Pas que le film devienne inintéressant, mais il semblerait que toutes les cartouches comiques aient été tirées dans le premier tiers. Dommage. Et certaines séquences semblent un peu poussives et peu crédibles, comme celles du repas avec les amis. La relation d’Iris avec son mari passe également, du tout au tout, bien trop rapidement à deux reprises. On se rattrape sur la jolie conclusion et on laissera juger de la morale finale (une femme doit aller voir ailleurs pour pouvoir retrouver le désir marital en gros) à la gent féminine.

Dans cet agréable, mais pas inoubliable moment de cinéma léger et contemporain, il reste tout de même la cerise sur le gâteau, la valeur ajoutée, celle qui fait le sel de cet encas cinématographique. C’est bien sûr une Laure Calamy encore une fois exceptionnelle, déchaînée et dotée d’un tempérament comique une nouvelle fois incroyable. Mais sans pour autant n’être que cela, puisqu’elle est aussi à l’aise dans l’émotion. Une comédienne incroyable malheureusement découverte sur le tard qui a vraiment le sens de la comédie jusqu’au bout des ongles. Un véritable show qu’elle nous propose ici avec « Iris et les hommes » et on en redemanderait presque !

Fiche technique : Iris et les hommes

Réalisatrice: Caroline Vignal.
Scénaristes : Caroline Vignal et Noémie De Lapparent.
Production : Chapka films et France 3 Cinéma.
Distribution France : Diaphana Distribution.
Interprétation : Laure Calamy, Vincent Elbaz, Suzanne De Baecque, …
Durée : 1h44.
Genres : Comédie sentimentale.
3 janvier 2024 en salles.
Nationalités : France.

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.