Fifam 2023 : Tiger Stripes

Tiger Stripes est un cri de révolte d’un corps qu’on malmène : par la religion, les transformations adolescentes ou encore le harcèlement. Zaffan a ses premières règles et surtout des problèmes en cascade qui viennent de ce changement dans son corps. Avec un ton pop et une grande pointe de fantaisie, de dérision, Amanda Nell Eu raconte cette transformation et les résistances que tente d’y opposer une société dépassée par la jeunesse qui s’affirme.

Tout commence par une scène banale d’un collège : une jeune fille danse devant la caméra d’un téléphone portable. Elle reproduit une chorégraphie à la mode tout en retirant son uniforme, la caméra s’arrête lorsqu’elle soulève son t-shirt. Autour d’elle, la musique est pop, les rires fusent et les filles s’amusent. Pourtant, très vite, la voix d’une des surveillantes résonne. Il semblerait que dans cette école malaisienne, on ne puisse accepter un soutien-gorge porté par une élève. Personne à l’école ne s’en rend compte, mais Farah, une des copines de Zaffan, a eu très peur. La copine surréagit et s’en prend à Zaffan. A cet instant, l’échange est encore enfantin, Zaffan sait se défendre. En rentrant chez elle, Zaffan tombe sur sa mère, l’échange entre elles est violent. Voilà qu’en pleine nuit Zaffan se réveille dans un lit tâché de sang. Cette seule journée est pour Zaffan une irruption totale dans son corps, elle n’a pas le droit d’en faire ce qu’elle veut, elle est entravée. La mise en scène épouse cette entrave des corps, des esprits, elle contraste avec celle de la forêt, qui viendra plus tard, et des espaces plus sauvages (à l’école les filles sont assises, dans la nature Zaffan grimpe aux arbres). Dès le lendemain, elle est présentée devant toute l’école pour être réprimandée. Zaffan commence à être la victime de brimades et malgré ses réponses fermes (et violentes) aux attaques qu’elle subit, elle devient bien vite cible. Sa seule amie restante n’ose plus l’approcher de peur d’être à son tour contaminée et mise de côté.

Peu à peu, au cœur de cette intrigue adolescente, Amanda Nell Eu construit un film de monstres.  Zaffan se transforme progressivement, une métamorphose filmée de manière aussi douloureuse que drôle. Le rapport au corps, comme il est mis en scène, caché, à quel moment il doit être montré, tout est ici balayé par cette monstruosité naissante (une femme qui a ses règles ne peut pas prier et attire le mal si elle ne sait pas bien prendre soin d’elle dans les croyances des jeunes filles et de leurs aînés). En parallèle, c’est la crise d’hystérie généralisée à l’école, avec cris et contorsions. L’institution tente de maintenir un semblant d’ordre mais tout vire sans cesse à la folie, au comique surtout. Pour sauver Zaffan, un docteur autoproclamé sur Facebook débarque. Il jette un peu d’eau et intente à l’esprit dans le corps de Zaffan de sortir. Là aussi la mise en scène s’empare de ce que le docteur filme et l’oppose à ce que la réalisatrice veut montrer du factice et du ridicule des solutions proposées pour aider Zaffan (plutôt punir).

Pourtant, nul esprit n’a pris le corps de Zaffan, elle s’est rebellée et a suivi son chemin, quitte à passer par la violence, l’isolement. Jonglant sans cesse entre grotesque, comique et dramatique, Tiger Stripes est un objet cinématographique à lui tout seul. Porté par l’interprétation habitée de Zafreen Zairizal, le film en révèle la sauvagerie, mais aussi et surtout remet de l’enfance dans sa vie. Alors qu’elle est acculée, transformée, souffrante, Zaffan continue à danser pour les réseaux sociaux. Perdues entre images sociales, scolaires, et religieuses, ces jeunes filles s’entretuent, jusqu’à ce que l’une d’entre elles balaye tout sur son passage. Plus qu’une révolte, une vraie révolution adolescente !

Bande annonce : Tiger Stripes

Fiche technique : Tiger Stripes

Zaffan, 12 ans, vit dans une petite communauté rurale en Malaisie. En pleine puberté, elle réalise que son corps se transforme à une vitesse inquiétante. Ses amies se détournent d’elle lorsqu’une crise d’hystérie collective frappe l’école. La peur se répand et un médecin intervient pour chasser le démon qui hante les filles. Comme un tigre harcelé et délogé de son habitat, Zaffan décide de révéler sa vraie nature, sa fureur, sa rage et sa beauté.
Réalisation : Amanda Nell Eu
1h 35min / Fantastique, Drame, Epouvante-horreur
Avec : Zafreen Zairizal, Deena Ezral, Piqa
Date de sortie : 24 mars 2024

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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