« Atatürk » : le père de la Turquie moderne

Marie Bardiaux-Vaïente et Andrea Meloni, entourés de l’historien François Georgeon, reviennent aux éditions Glénat, dans la collection « Ils ont fait l’Histoire », sur Mustafa Kemal, ex-président de la première République turque, acquise au terme d’une lutte acharnée, tant interne qu’extérieure.

Après la Première Guerre mondiale, l’ex-militaire Mustafa Kemal refuse obstinément le dépeçage de l’Empire ottoman tel qu’il est prévu par les Alliés dans le traité de Sèvres. Entouré de quelques fidèles, l’ancien pacha-général mène une révolte contre le gouvernement d’Istanbul. Il s’oppose aux Grecs dans l’Anatolie puis concourt à l’abolition du sultanat ottoman par la Grande Assemblée nationale de Turquie, jusqu’à la proclamation de la République le 29 octobre 1923.

Dans Atatürk, Marie Bardiaux-Vaïente et Andrea Meloni exposent longuement les batailles menées par Mustafa Kemal, les conservatismes à l’œuvre dans la Turquie des années 1920, mais aussi l’attitude des Alliés face à la menace que constituent pour eux les révolutionnaires turcs. Ils racontent la promotion d’Ankara en tant que nouvelle capitale et les réformes poursuivies en matière de laïcité, d’indépendance, de droits de femmes, allant même jusqu’à l’adoption d’un nouvel alphabet. Le but est de bâtir une nation homogène, libérée du joug occidental, sur les ruines de l’Empire ottoman multiculturel.

Dans un environnement international tumultueux, marqué par la désintégration de l’ex-empire, Mustafa Kemal Atatürk incarne la voie de la modernisation et de la réforme politique. Ce vétéran de la guerre des Balkans et de la Première Guerre mondiale a rapidement acquis une notoriété pour ses actes de bravoure et ses compétences militaires. Cependant, à l’issue du conflit 14-18, quand le Traité de Sèvres scelle la partition de l’Empire ottoman, Atatürk s’élève contre ce qu’il considère comme une humiliation doublée d’une dépossession. La bataille d’indépendance qu’il lance en Turquie conduira à la République que l’on connaît aujourd’hui.

Dans sa croisade vers la modernité, Atatürk a dû faire face à deux catégories d’adversaires : les puissances coloniales, principalement la Grèce, et les conservateurs islamiques locaux, qui s’opposaient à son programme de réformes radicales. La guerre gréco-turque (1919-1922), qui occupe une place de choix dans le récit, a constitué une victoire décisive sur le front international. À l’intérieur, Mustafa Kemal a habilement utilisé son capital politique, comme le montrent les auteurs, pour neutraliser les factions religieuses et conservatrices, souvent par des moyens autoritaires – il s’est ainsi arrogé les pleins-pouvoirs.

Entre le Traité de Sèvres de 1920 et le Traité de Lausanne de 1923 se situe une période critique de l’histoire nationale turque. Ce sont ces quelques années où la Turquie, sous la houlette de Mustafa Kemal, se transforme de nation vaincue en État souverain, qui forment le cœur battant d’Atatürk. L’examen de cette période révèle une diplomatie agile (notamment le levier soviétique), une guerre d’indépendance ardente et une détermination à remodeler la destinée nationale en faisant fi des conservatismes passés.

Atatürk a su rassembler autour de lui un conglomérat de nationalistes, de modernistes et même d’individus issus de certains groupes minoritaires, dans une coalition fragile mais fonctionnelle. Il est parvenu à marginaliser ses adversaires politiques internes, notamment en les assimilant aux forces conservatrices et en les accusant de collusion avec les puissances étrangères. Le Traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, reconnaîtra la pleine souveraineté de la Turquie sur Anatolie et la Thrace orientale. Cette lutte, ce destin national, ce portrait d’homme et de dirigeant s’inscrivent au cœur d’un album éducatif, qui se conclût par un dossier passionnant.

Atatürk, Marie Bardiaux-Vaïente et Andrea Meloni
Glénat, octobre 2023, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.