« La Vieille Anglaise et le continent » : transhumanisme et écologie

Les éditions Bamboo publient La Vieille Anglaise et le Continent, roman graphique de Valérie Mangin et Stefano Martino tiré d’une nouvelle de Jeanne-A. Debats. Ce récit de science-fiction piqué de féminisme et d’écologie brille par sa densité et ses partis pris originaux.

Lady Ann Kelvin, biologiste militante, se trouve face à un choix cornélien. Atteinte d’un cancer, elle se voit proposer de recourir à la transmnèse, une procédure de transfert de conscience, qui pourrait lui offrir un sursis de quelques années. Toutefois, la technique demeure imprévisible et à bien des égards controversée, car habituellement déployée en usant de cobaye dont l’humanité a été réduite à sa simple expression.

Lorsque son ancien élève et amant, Marc Sénac, lui présente la possibilité de transmigrer dans le corps d’un cachalot, elle se montre toutefois curieuse, saisissant au bond l’opportunité de faire un pied-de-nez à l’industrie et de combattre la chasse aux cétacés de l’intérieur. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’elle va prendre goût à l’exploration marine, à la vie océanique, aux splendeurs dissimulées dans l’univers sous-marin.

Le récit, science-fictionnel, brasse de nombreuses thématiques : de l’exploitation des milieux marins au transhumanisme, de l’écologie au féminisme, il exploite sa trame pour mettre en lumière de nombreux enjeux, sans jamais se montrer professoral ou empesé. La Vieille Anglaise et le Continent met tous ces éléments de manière pertinente en interrelation et offre des tableaux graphiques parfois majestueux – comment ne pas songer au continent cétacé ?

Ce roman graphique se distingue en fait doublement. D’une part, il constitue un divertissement de qualité, prenant appui sur l’expérience de la transmnèse par son personnage principal, dont le lecteur épouse le point de vue et, partant, les découvertes et l’émerveillement. D’autre part, il questionne notre société, ses travers, ses tentations écocides sur fond d’exploitation capitalistique et d’inégalités mondiales. Au-delà des éléments narratifs, puisés à même la nouvelle, les auteurs parviennent à faire cohabiter habilement, en moins de 90 pages, l’engagement, l’affection, l’ivresse de l’exploration marine.

La Vieille Anglaise et le Continent s’inscrit dans une tradition de la hard SF. En se basant sur des phénomènes scientifiques putatifs, Jeanne-A Debats, proche de la scénariste Valérie Mangin, a dépeint une humanité ambivalente, polarisée, capable des actes les plus abjects comme des entreprises les plus courageuses et louables. Les fondements de sa nouvelle se fondent parfaitement dans l’adaptation graphique, qui bénéficie du trait inspiré de Stefano Martino.

La Vieille Anglaise et le Continent, Jeanne-A. Debats, Valérie Mangin et Stefano Martino
Bamboo, août 2023, 88 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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