Gran Turismo : un clip marketing

Après plusieurs projets annulés, le réalisateur Neill Blomkamp décide de se remettre en selle en s’effaçant derrière une commande. Tel un pilote concourant pour une écurie, il se rabaisse à simple faiseur pour Sony/PlayStation, livrant avec Gran Turismo un clip marketing très premier degré.

Synopsis : Le jeune Jann Mardenborough est fan d’automobile depuis l’enfance, à tel point qu’il continu d’être un joueur assidu du jeu vidéo Gran Turismo. De ce fait, il va vouloir appliquer ses compétences à des compétitions du monde entier pour devenir un véritable pilote de courses. Il sera alors entraîné par un ancien pilote à la retraite, Jack Salter…

Nous étions fort nombreux à nous demander quand reviendrait Neill Blomkamp sur le devant de la scène. Et pour cause, le papa de District 9 a littéralement disparu de nos écrans radars depuis Chappie (soit 8 ans), enchaînant coup dur sur coup dur. À commencer par l’arlésienne Alien 5, qu’il devait mettre en scène avant que Ridley Scott ne vienne tout annuler avec Covenant. Puis vient le projet Oats Studio, un ensemble de courts-métrages expérimentaux réalisés dans le but d’attiser l’attention de potentiels financiers, mais en vain… Rebelote avec RoboCop Returns, qu’il abandonne pour se concentrer sur son nouveau film. Une œuvre horrifique, intitulée Demonic, passe inaperçue (tournée en période Covid, sortie en DTV) et sa qualité se révèle plus que douteuse. Sans oublier la fameuse suite de son film phare, District 10, promise depuis des années sans que le projet avance d’un iota. Aux dernières nouvelles, celle-ci serait en cours d’écriture avec son complice Sharlto Copley, mais c’est tout. Comme si le projet avait besoin d’un coup de pouce pour se concrétiser, d’une aide qui permettrait à Blomkamp de se remettre en selle afin de se lancer dans ledit projet. Et c’est ce que semble être Gran Turismo.

Car il est difficile de comprendre ce qu’un artiste tel que lui puisse faire à la tête d’une commande de studio. Certes, il a été un temps rattaché à des projets de « suites », mais ces dernières flirtaient avec son univers, sa patte artistique. Et surtout, il participait à leur scénario, voire même en était l’instigateur (Alien 5). Ici, il n’est qu’un cinéaste au service d’une major. Ou tout simplement un pilote de course devant concourir pour l’écurie qu’il représente. Ce qui se ressent beaucoup ! Nous reconnaissons certes sa manière de filmer et de monter, énergique et viscérale, avec par moments un style visuel se rapprochant du documentaire. Et cela permet d’offrir des séquences de course efficaces, servies par des plans drone que n’aurait pas renié Michael Bay pour Ambulance. Mais ça s’arrête malheureusement là, Gran Turismo étant un produit de Sony/PlayStation avant toute chose. Il s’agit d’un objet mercantile de luxe estampillé du logo du studio, pour lequel il doit réaliser un clip marketing, afin de mettre en valeur l’ambition de la major (adapter son catalogue vidéoludique) et se débrouiller avec une histoire qui n’est pas de son ressort. De même, le cinéaste n’est pas à l’origine du casting, ce dernier étant essentiellement composé de têtes connues (David Harbour, Orlando Bloom, Djimon Hounsou) et d’acteurs vus dans les séries du moment (Archie Madekwe, Darren Barnet), juste pour toucher un public bien large.

Et effectivement, Gran Turismo n’est rien d’autre qu’une success story des plus banales, qui insiste ardemment sur l’appellation « inspirée d’une histoire vraie » sans pour autant avoir peur d’édulcorer l’ensemble. Ici, il est question d’un adolescent ayant un rêve et qui va tout faire pour le toucher du doigt. Ni plus, ni moins ! Et si le scénario présente quelques « difficultés » à affronter (un antagoniste bateau, la dure réalité des courses automobiles…) et des relations humaines touchantes (avec son père et son entraîneur), tout est raconté au pied levé pour ne garder qu’un côté enjolivé de l’histoire. Celui où nous ne voyons que les sourires sous le beau soleil, où rien ne semble arrêter le personnage principal sur sa lancée. Pas même un événement tragique – le décès d’un spectateur –, éjecté de l’intrigue comme si de rien n’était. Certes, c’est dramatique mais « blablabla ce n’est pas de ta faute ». Cela repart pour la course finale et tout le monde se prend dans les bras en faisant couler le champagne comme si de rien n’était. Et avec la musique ne fait qu’alourdir les séquences, qu’elles soient dramatiques ou euphoriques. À l’arrivée, nous obtenons un long-métrage d’une naïveté beaucoup trop premier degré pour que celui-ci puisse être pris au sérieux.

À ce titre, Gran Turismo n’est décidément qu’une énorme publicité. Pour le jeu vidéo éponyme, le film rappelle sans cesse que l’histoire qu’il narre n’aurait jamais eu lieu sans lui. Tout ce tapage pour Sony/PlayStation qui exhibe sans demi-mesure cette success story à laquelle le studio est rattaché, tout en se pavanant fièrement à travers le film. Et Neill Blomkamp au milieu de tout cela ? Un simple faiseur qui permet juste de rendre l’ensemble appréciable et un minimum divertissant, en livrant des courses assez spectaculaires et en s’amusant à habiller le tout avec les codes visuels du jeu. Mais au-delà de la critique, reste à savoir si Gran Turismo saura remettre le réalisateur sur le devant de la scène et s’il lui permettra de se concentrer sur des projets bien plus intéressants que ce pur produit commercial.

Gran Turismo – Bande-annonce

Gran Turismo – Fiche technique

Réalisation : Neill Blomkamp
Scénario : Jason Hall et Zach Baylin, sur une histoire de Jason Hall et Alex Tse
Interprétation : Archie Madekwe (Jann Mardenborough), David Harbour (Jack Salter), Orlando Bloom (Danny Moore),  Takehiro Hira (Kazunori Yamauchi), Darren Barnet (Matty Davis), Geri Halliwell Horner (Lesley Mardenborough), Djimon Hounsou (Steve Mardenborough), Josha Stradowski (Nicholas Capa)…
Photographie : Jacques Jouffret
Décors : Martin Whist
Costumes : Terry Anderson
Montage : Austyn Daines et Colby Parker Jr.
Musique : Lorne Balfe et Andrew Kawczynski
Producteurs : Dana Brunetti, Doug Belgrad, Asad Qizilbash et Carter Swan
Maisons de Production : Sony Pictures Entertainment, PlayStation Productions, 2.0 Entertainment, Epic Films, Michael De Luca Productions et Trigger Street Productions
Distribution (France) : Sony Pictures Releasing International
Durée : 135 min.
Genres : Action, drame
Date de sortie :  09 août 2023
Etats-Unis, Japon – 2023

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2.5

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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