Ambulance de Michael Bay : Escape From L.A…

Las de filmer des joints de culasses déblatérant de la philosophie cosmique avec la saga des Transformers, Michael Bay a cru bon d’opérer un véritable retour aux sources pour son nouveau projet, Ambulance, où le remake d’un film norvégien reprenant peu ou prou la même histoire de 2 braqueurs se voyant contraints d’investir une ambulance après un casse qui tourne mal. Mais là où son homologue norvégien brillait par l’exiguïté de son huis clos, Bay donne à voir une chasse à l’homme nichée dans une Los Angeles tentaculaire dans laquelle il n’hésite pas à déchainer une pyrotechnie des grands soirs.

Il faut croire que c’est inéluctable. 

A chaque déclinaison de son style (somme toute ampoulé), Michael Bay continue d’alimenter ce qui est devenu par la force des choses, une des figures majeures de sa filmographie : le goût (avéré) pour le paradoxe. Quoi de plus normal en somme, pour celui qui peut d’un film à l’autre, accoucher d’un cri du cœur envers son pays (Pearl Harbor) comme de son pendant opposé, avec le réquisitoire plus subtil qu’il n’y parait qu’était 13 Hours (2016) ? Toutefois, ça n’est pas tant du côté de ses thèmes, qui oscillent entre la figure du soldat sacrifié et ses positions crypto-anarchistes que Bay tend le plus à justifier de cette aporie, mais bel et bien du côté de sa mise en scène. Bombardé clippeur beauf porté sur les explosions (tout un symbole non ?) depuis ses tout débuts, Bay n’a pour ainsi dire jamais dérogé à ce crédo, distillant, au travers de ses plans, une euphorie généralisée à grand coup d’un montage frénétique (pour ne pas dire épileptique). Et ce qui tend à laisser perplexe nombre de ses détracteurs tient peut-être dans l’utilisation de cette fameuse frénésie, maintes fois copiée (mais jamais égalée) et qui, malgré les défauts apparents, continue d’attirer un lot de spectateurs trop heureux d’assister 2h durant, à une certaine forme de divertissement déviant. Une déviance qui fait justement le sel du bien-nommé Ambulance

S’il est question de déviance ici, c’est peut-être pour la propension qu’a Bay de témoigner de toute sa singularité dans le milieu, et ce via toutes les pores de son long-métrage. Sorte de croisement hybride entre une certaine idée d’un divertissement des 90’s (difficile de ne pas penser au rythme totalement hystérique de Speed) et son approche ultra-réaliste (typique de son 13 Hours), Ambulance s’assume dès le départ comme un gigantesque paradoxe. Sans doute rincé après son incartade chez l’ogre Netflix pour lequel il avait signé le turbo-gogol mais paradoxalement génial 6 Underground, Bay a ainsi cru bon de revenir à quelque chose de plus contenu.

Une sobriété étonnante que le réalisateur utilise à bon escient dès le début de son métrage, en distillant, une fois de plus, le thème du soldat sacrifié par sa hiérarchie. Ici, Will (Yahya Abdul-Mateen II), un ex-Marine qui, acculé par les dettes liées à un traitement médical coûteux, décide à contrecœur de se rabibocher avec son frère, Danny (parfaitement outrancier Jake Gyllenhaal), braqueur de son état, qui a un juteux boulot à lui proposer. Patatras, nos deux compères vont échouer à se tirer de la banque sans encombres, quitte à investir une ambulance où se tirent la bourre, une infirmière et l’un de ses patients, mal en point.

De ce synopsis à la simplicité déroutante, Bay en tire un divertissement anar, pour ne pas dire kamikaze tant dans sa façon d’être, que dans sa confection. Grandement aidé par une petite pandémie mondiale, qui en l’espace d’un tournage éclair de 40 jours, a transformé l’effervescente et bourdonnante Cité des Anges, en parfait décor de cinéma, Bay filme une fuite en avant sans issue, une partie de GTA à 5 étoiles dont la frénésie, la tension et le suspense sont amplifiés par l’énergie délirante de son artificier. Mieux encore, il applique ce paradoxe à tous les niveaux : lorsqu’il confronte le gigantisme de la ville avec l’étroitesse de son ambulance ; lorsqu’il insinue via son script autant un pur délire méta (des personnages se mettent à citer ouvertement Rock et Bad Boys) qu’une réalité (les soldats américains lâchement oubliés à leur retour du front), mais plus étonnant encore quand il prend soin de gommer toute la dichotomie pouvant exister entre les « gentils » et les « méchants ». Si bien qu’à l’arrivée, indépendamment de leur motivations, louables ou non, difficile de réellement condamner nos deux braqueurs qui semblent davantage être les victimes d’un libéralisme étouffant et d’un destin omnipotent, que d’un simple passage du côté obscur.

Mais là où Bay illustre tout le talent qu’on lui connait, c’est sans surprise dans la technique. Sa façon de tourner, qui avec le temps semble être de plus en plus idiosyncrasique, est vraiment la plus-value de tout le projet. Tant au-delà du festival attendu d’explosions et de fusillades, le cinéaste se met à utiliser une technologie qui sera sans nul doute remployé par Hollywood très bientôt : les drones.

Fini les plans aériens, jusqu’ici limités par des contraintes physiques, et place à l’émanation même du chaos. Tantôt irréels, tantôt ahurissants, mais pleinement justifié par la nature chaotique et sans répit de l’histoire, les fameux plans obtenus avec ces drones sonnent comme l’affirmation ultime que Bay est bien une voix dissonante à Hollywood et donc un cinéaste à préserver coûte que coûte. Et ce d’autant plus quand l’on sait que le bougre a accouché d’un pareil projet pour une somme qui, dans les standards du milieu, équivaut à peine au budget cantine d’une superproduction Marvel. Autant dire tout un symbole dans ce monde formaté qu’est Hollywood…

Inutile de dire que même s’il est traversé de quelques défauts propres à l’outrance de son artisan, Ambulance se révèle in fine comme étant un divertissement ultime carburant à la jouissance pure et le magnum opus le plus chaotique, barré et rafraîchissant de la carrière du pyromane le plus frappé d’Hollywood.

Bande-annonce : Ambulance 

Ambulance : Fiche Technique

Titre original : Ambulance
Réalisateur : Michael Bay
Scénariste : Chris Fedak
Photographie : Roberto de Angelis
Musique : Lorne Balfe
Casting : Jake Gyllenhaal (Danny), Yahya Abdul-Mateen II (Will), Eiza Gonzalez (Cam), Garrett Dillahunt, Keir O’Donnell
Producteurs : Ian Bryce, Bradley J Fischer, William Sherak et James Vanderbilt
Production : Endeavor Content, Bay Films
Distribution : Universal Pictures
Durée : 140 minutes
Genre : Thriller/Action
Date de sortie : 23 Mars 2022 (France) ; 8 Avril 2022 (USA)

Etats-Unis – 2022

Note des lecteurs2 Notes
4

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

La Bataille de Gaulle – J’écris ton nom : l’ennemi de la Résistance

"La Bataille de Gaulle : J'écris ton nom" referme le diptyque consacré au général. Le film gagne en clarté par rapport à "L'Âge de fer", mais reste pris au piège de son admiration pour De Gaulle. Ses meilleurs moments restent le duel d'égos avec Roosevelt, qui veut placer la France libérée sous tutelle américaine, et l'ascension de Leclerc vers la libération de Paris.

Maspalomas : au Nord-Est d’Eden

Un accident contraint Vicente à quitter le petit paradis pour gays qu'est "Maspalomas", aux îles Canaries, pour une maison de retraite médicalisée à San Sebastián. Ce retour à la "vie d'avant" va le confronter à son passé tout en questionnant son identité. Un film riche, sensible, souvent subtil, servi par une réalisation hélas un peu trop académique mais transcendée par la composition de son acteur principal, José Ramón Soroiz. 

Des Minons et des monstres : Banana Boulevard

"Des Minions et des monstres" replonge dans le Hollywood des années folles, entre références à Chaplin, Keaton et "Chantons sous la pluie". Si Illumination livre une bonne surprise pour ce début d'été, le film peine à transformer ses idées en véritable souffle d'aventure, restant prisonnier d'un confort thématique déjà visible chez d'autres studios.

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.
Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

La Bataille de Gaulle – J’écris ton nom : l’ennemi de la Résistance

"La Bataille de Gaulle : J'écris ton nom" referme le diptyque consacré au général. Le film gagne en clarté par rapport à "L'Âge de fer", mais reste pris au piège de son admiration pour De Gaulle. Ses meilleurs moments restent le duel d'égos avec Roosevelt, qui veut placer la France libérée sous tutelle américaine, et l'ascension de Leclerc vers la libération de Paris.

Maspalomas : au Nord-Est d’Eden

Un accident contraint Vicente à quitter le petit paradis pour gays qu'est "Maspalomas", aux îles Canaries, pour une maison de retraite médicalisée à San Sebastián. Ce retour à la "vie d'avant" va le confronter à son passé tout en questionnant son identité. Un film riche, sensible, souvent subtil, servi par une réalisation hélas un peu trop académique mais transcendée par la composition de son acteur principal, José Ramón Soroiz. 

Des Minons et des monstres : Banana Boulevard

"Des Minions et des monstres" replonge dans le Hollywood des années folles, entre références à Chaplin, Keaton et "Chantons sous la pluie". Si Illumination livre une bonne surprise pour ce début d'été, le film peine à transformer ses idées en véritable souffle d'aventure, restant prisonnier d'un confort thématique déjà visible chez d'autres studios.