Blanc de Richard Dyer

Publié pour la première fois en 1997, Blanc de Richard Dyer, professeur émérite en études filmiques au King’s College et figure centrale des cultural studies en Grande-Bretagne, est enfin rendu accessible au lectorat francophone.

Cette (re)découverte permise par les éditions Mimésis bénéficie d’une belle traduction signée par Jules Sandeau qui restitue parfaitement la limpidité du style de Dyer. Le traducteur propose en outre une introduction détaillée dans laquelle sont explicités et recontextualisés les enjeux de la pensée de l’auteur. Celle-ci se décline selon différents axes couplant plusieurs approches analytiques complémentaires. La démarche historique éclaire les constances de la représentation du Blanc à l’intérieur de différents médias (littérature, peinture, photographie, cinéma, télévision) dont les productions affirment la persistance d’une vision culturelle du corps nourrie par certains concepts (l’incarnation, la race, l’impérialisme, le visible et l’invisible, la transcendance) que Dyer s’emploie à définir à la lumière de son sujet d’étude. L’apparente homogénéité de la blancheur se complexifie ainsi à travers un large corpus d’exemples et différentes analyses particulièrement convaincantes qui voient les représentations du Blanc basculer entre un idéal de normalité et un fantasme de transcendance.

Tout comme dans Le star-système hollywoodien (traduit en 2004 chez L’Harmattan), l’intérêt de la réflexion de Dyer se situe dans sa capacité à enrichir l’analyse des contenus par une attention constante portée au travail formel des films étudiés. Cette particularité toute anglo-saxonne (on pense sur ce point aux travaux de Paul Warren sur les stars hollywoodiennes) offre aux domaines des cultural et des gender studies des points de référence qui dépassent la seule pensée sociologique et politique pour nous inviter à repenser l’univers visuel établi par les films et les images qui façonnent notre environnement.

Alors que le chapitre consacré aux corps bodybuildés et aux péplums rappelle les Mythologies de Roland Barthes, l’analyse esthétique de l’éclairage au sein du cinéma dominant ouvre la voie à de nombreux prolongements qui font à la fois écho à certaines publications plus récentes (ainsi de Filmer les peaux foncées de Diarra Sourang publié en 2019 chez L’Harmattan) ou à des problématiques qui continuent d’agiter la sphère médiatique contemporaine (la représentation de Cléopâtre en femme noire).

Si Dyer emprunte par moments certains raccourcis qui auraient mérité de plus amples prolongements (la popularité de Sidney Poitier et de Denzel Washington auprès du grand public qui s’expliquerait par leurs « traits perçus comme relativement caucasiens ») et si sa réflexion sur la lumière « venant d’en haut » aurait pu s’enrichir d’un retour sur les icônes dont les fonds monochromes et dorés imprègnent les figures d’un ton ocre qui renvoie à un autre régime de blanchité et de luminosité oscillant entre le scintillement et le rayonnement, ses développements prouvent la nécessité d’un retour sur le cinéma comme dispositif idéologique.

Cette dernière remarque permet d’insister sur l’une des grandes réussites de cet ouvrage qui tient à sa relativité. À la différence de la critique de « l’appareil de base » naguère développée par Jean-Louis Baudry, Dyer fait de l’ambiguïté de certains scénarios ou de certaines mises en scène la matière même d’une réflexion qui ne verse jamais dans le didactisme et ne vise aucune conclusion définitive (retenons sur ce point ses excellentes analyses de Blade Runner [Ridley Scott, 1982] et de Chute libre [Joel Schumacher, 1995]).

Enfin, si l’on regrette que cette traduction ne propose aucune annexe (index et surtout bibliographie), il faut féliciter le travail éditorial de Mimésis dont la mise en page propose des illustrations de très bonne facture qui accompagnent pertinemment les propos de l’auteur.

Blanc, Richard Dyer
Editions Mimésis, mai 2023, 418 pages

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