Tout savoir sur « L’Odyssée des fourmis »

Les éditions J’ai lu publient en version poche l’ouvrage L’Odyssée des fourmis. Audrey Dussutour et Antoine Wystrach, deux des plus éminents chercheurs en myrmécologie, reviennent sur les nombreuses spécificités morphologiques, organisationnelles et adaptatives de ces insectes sociaux fascinants.

L’Odyssée des fourmis, écrit par Audrey Dussutour et Antoine Wystrach, se penche sur le monde fascinant des colonies de fourmis. Ces insectes sociaux aux ressources insoupçonnées interagissent avec leur environnement et tissent des liens complexes, savamment organisés, avec leurs pairs. Les auteurs nous révèlent par le menu ce qui préside à leur vie quotidienne et analysent leur capacité, étonnante et singulière, à s’adapter à leur milieu naturel et à faire preuve de résilience.

Les fourmis vivent en colonies organisées et hiérarchisées. La destinée de ces insectes est déterminée par l’alimentation reçue au stade larvaire. Bien nourrie, la larve se transformera en reine. Dans le cas contraire, elle se rangera parmi les nombreuses ouvrières. Douées d’un fort esprit de corps, réagissant aux phéromones disséminées par leurs homologues, les fourmis sont capables de donner leur vie pour préserver la pérennité de leur colonie, à l’exemple de l’espèce Forelius pusillus, originaire d’Amérique du Sud, qui effectue des sacrifices individuels pour le bien de la collectivité. Lorsque le soleil se couche, quelques fourmis obstruent en effet l’entrée de la fourmilière avec du sable, restant elles-mêmes bloquées à l’extérieur, sans chance de survie, dans l’optique de protéger la colonie des prédateurs. Ainsi, quelques ouvrières meurent chaque soir pour protéger un groupe pouvant compter jusqu’à 200 000 individus. Certaines autres espèces, comme Temnothorax unifasciatus, adoptent un comportement auto-destructeur en s’isolant et mourant à l’extérieur de la colonie pour éviter la propagation d’un parasite.

Les colonies de fourmis, entièrement distribuées et non pyramidales, se basent sur des individus autonomes partageant des informations de manière continuelle. Cette structure auto-organisée permet à la fourmilière de continuer à fonctionner même si un individu disparaît. Ces insectes agissent en fonction de leur état physiologique, des interactions avec leurs congénères et de leur environnement. Ils sont capables d’adapter leur comportement en fonction des besoins de la colonie, cela allant de la construction du « nid » à la recherche de nourriture. Lorsqu’un individu trouve une source d’alimentation, il marque le chemin de retour avec des phéromones pour flécher la route, puis effectue parfois une danse d’invitation pour inciter ses congénères à suivre le chemin. Les auteurs, qui passent en revue de nombreuses espèces, nous apprennent aussi que les fourmis légionnaires communiquent principalement par des signaux chimiques, toucher et vibrations, malgré leur quasi-cécité. Elles sont capables de couvrir les crevasses du terrain avec leurs corps pour aplanir le sol. Et en cas de cavités trop grandes pour un seul individu, elles forment une chaîne, agissant comme un pont vivant.

Les fourmis sont habiles à chasser collectivement et peuvent terrasser des proies affichant jusqu’à 10 000 fois leur poids. Ensuite, elles doivent la transporter vers le nid, parfois en travaillant en équipe, d’autres fois en optant pour un transport de nourriture en « pièces détachées », les démembrant avant d’en transporter les morceaux un à un. Les fourmis s’avèrent capables de créer des synergies fines avec leur environnement, notamment pour s’adapter à des conditions difficiles et/ou changeantes. Elles peuvent modifier la température de leur nid en utilisant des mouvements collectifs pour réguler la ventilation. La « fourmi noire des bois » d’Europe centrale, Lasius fuliginosus, élève des pucerons pour récolter leur miellat. Elles l’utilisent non seulement pour nourrir leurs congénères, mais aussi comme colle pour la construction de leur nid et comme nourriture pour le champignon symbiotique qui renforce la structure du nid. Les Azteca andreae d’Amérique du Sud vivent quant à elle en harmonie parfaite avec l’arbre trompette Cecropia. Elles y établissent leur colonie, utilisant différents segments de l’arbre pour le stockage de la nourriture, les pépinières et les zones de repos, en échange de leur protection. Elles patrouillent ainsi constamment, combattant les intrus avec leurs mandibules et des phéromones d’alarme, et réagissant aux signaux de détresse de l’arbre.

D’une érudition notable, L’Odyssée des fourmis comporte de nombreuses informations fascinantes sur les fourmis. La fourmi de feu, Solenopsis invicta, originaire du Brésil, est devenue une espèce envahissante aux États-Unis. En cas d’inondation, ces insectes forment des radeaux flottants, qui peuvent rester à la surface de l’eau pendant plus de douze jours. Les larves de fourmi, qui piègent l’air, augmentent la flottabilité du radeau, tandis que les adultes s’accrochent ensemble pour compacter la structure. Des recherches ont révélé que dans les forêts tropicales du Pérou et du Panama, certaines espèces sont même capables de nager efficacement pour échapper à des situations d’inondation. Ces « fourmis nageuses » démontrent une incroyable adaptabilité, défiant les conceptions traditionnelles de la biologie des insectes. Dans un autre registre, les auteurs notent que les fourmis pot de miel Myrmecocystus mimicus, vivant dans des zones désertiques, utilisent certains de leurs membres comme des réservoirs de nourriture, stockant du nectar et du jus d’insecte dans leur abdomen gonflé, ou que, malgré leur vision floue, les fourmis se montrent très habiles à s’orienter, en utilisant notamment le contraste entre l’ultraviolet et le vert pour déterminer la ligne d’horizon et trouver leur chemin. Et en plus de s’orienter grâce à un « compas interne », ces insectes estiment la distance parcourue lors de leurs déplacements… en comptant leurs pas !

L’Odyssée des fourmis nous offre un aperçu passionnant du monde complexe et organisé des colonies de fourmis. Cet ouvrage foisonnant de détails nous montre comment ces insectes sociaux sont capables de s’adapter à leur environnement en créant des synergies avec lui et en faisant preuve d’une résilience à toute épreuve.

L’Odyssée des fourmis, Audrey Dussutour et Antoine Wystrach
J’ai lu, mai 2023, 448 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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