« Radiant Black » : la renaissance de Nathan

Les éditions Delcourt publient le second volume de la série Radiant Black, comprenant les épisodes de 7 à 12. Graphiquement superbes et hétéroclites, ces nouveaux chapitres exposent les différents héros, au premier desquels Marshall, à des menaces pour le moins mystérieuses.

Le premier tome de Radiant Black comprenait une phase d’exposition aux caractéristiques proches de comics tels que Spider-Man. Écrivain sans le sou incapable de réunir les conditions nécessaires à l’obtention d’un nouveau prêt bancaire, Nathan Burnett devait, séance tenante, retourner vivre chez ses parents. Cela lui donnait l’opportunité de renouer avec son ami Marshall mais le confrontait également aux récriminations paternelles, évidemment liées à des choix de vie discutables. Comme souvent dans les univers super-héroïques américains, l’existence tout entière du jeune homme allait se voir reconfigurée à l’aune de pouvoirs inattendus, constituant autant une bénédiction qu’un mauvais présage. Il n’en fallait pas plus pour que l’on retrouve, quelques chapitres plus loin, Nathan dans le coma, et que l’étrange boule d’énergie responsable de ses nouvelles aptitudes surhumaines ne se porte sur Marshall.

C’est dans ce contexte que s’ouvre le tome 2 de Radiant Black. Ce dernier suit une ligne directrice attendue mais maîtrisée : les différents super-héros se révèlent les uns aux autres, ils apprivoisent peu à peu leurs facultés (souvent dans l’épreuve), tandis que les auteurs usent de flashbacks pour donner aux lecteurs un aperçu de leur vie d’avant. Les menaces, elles, se multiplient et prennent les formes les plus diverses. Un saut galactique contribuera même, certes fugacement, à préfigurer un affrontement hors de toute proportion terrestre – et donc humaine. Sur le plan psychologique, on suivra plus attentivement Marshall, confronté à la perte potentielle de son ami Nathan, doté de pouvoirs enivrants et mû par une rancœur tenace vis-à-vis de « Red », qu’il tient pour responsable de la déchéance du jeune écrivain, en ignorant toutefois tout de son histoire (partiellement éventée). Les scénaristes montrent un Marshall affligé, au chevet de Nathan, concerné par l’état de santé de son ami autant que par les responsabilités qui lui incombent désormais.

Ce n’est toutefois pas le seul protagoniste à faire l’objet d’une caractérisation plus étoffée. Derrière la super-héroïne « Pink » se cache en effet Eva, dont on découvre le lesbianisme et les activités de streameuse. Elle apparaît obsédée par ses « followers » (son audience) et vit comme une véritable catastrophe la perte… d’un microphone. On devine ainsi sans mal que sa relation avec sa petite amie ne tient qu’à un fil et qu’elle tend à la reléguer à l’arrière-plan de ses podcasts. Le soin apporté à ces deux personnages, Marshall et Eva, ne constitue toutefois pas le principal attrait de ce second tome. Car pour sauver Nathan, son ami entreprend un voyage périlleux dans « l’Existence », une réalité spatiotemporelle alternative, dont chaque « couche » est adossée à des codes graphiques différents – et splendides. Explosion de couleurs criardes, jeux sur les lignes, les figures, les rapports de symétrie et les contours, effets slit-scan, lectures rotatives, dimension psychédélique, images négatives : l’inventivité visuelle est à son comble, débridée et vertigineuse.

Ce qu’on gagne en spectacle, on le perd quelque peu en lisibilité. Si les premiers chapitres de Radiant Black étaient fortement ancrés dans le réel, ceux-ci font la part belle aux sauts temporels, quand ils ne relèvent pas, comme c’est le cas pour le dixième d’entre eux, de l’exercice de style assumé. Kyle Higgins et Marcelo Costa parviennent malgré tout à leurs fins, en donnant un nouveau souffle aux séries de super-héros (sans toutefois taire l’influence de leurs aînées).

Radiant Black (T.02), Kyle Higgins et Marcelo Costa
Delcourt, février 2023, 176 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.