« Jim Bridger » : mutations dans l’Ouest sauvage

La collection « La Véritable Histoire du Far West » des éditions Glénat se penche sur le trappeur et guide des montagnes Jim Bridger. Aidé en cela par le conseiller historique Farid Ameur, l’auteur et illustrateur Pierre Place raconte, à travers les yeux ridés d’un Mountain Man nostalgique, les évolutions qui ont cours dans l’Ouest américain durant le XIXe siècle.

Wyoming, décembre 1866. Un vieux Mountain Man accueille dans son fort femmes, enfants et soldats, pendant qu’une colonne armée en découd avec des Amérindiens plus farouches qu’escompté. Très vite, les invités prennent langue avec leur hôte ; en même temps qu’il immobilise les hommes, le blizzard invite à la conversation et à l’évocation des nombreux souvenirs de l’ex-trappeur. En se penchant sur Jim Bridger, Pierre Place et Farid Ameur offrent à la collection « La Véritable Histoire du Far West » une occasion inespérée d’énoncer les mutation en cours dans l’Ouest américain du XIXe siècle. Car celui qui a commencé en tant que forgeron avant de partir à l’aventure pour récolter de la peau de castors et ensuite devenir le guide le plus convoité des montagnes a tout vu, ou presque : il a combattu contre et avec les Indiens, il a croisé de nombreuses icônes du Far West (dont Kit Carson ou William Ashley), il a documenté toutes les voies praticables des environs, il a connu l’émulation des « rendez-vous » où tout le monde se mélangeait et commerçait, il a emmagasiné ces légendes orales qu’on s’échange habituellement autour d’un feu de camp…

À lui seul, Jim Bridger est une invitation à la tolérance et à l’humanité. Durant son récit, qu’il rapporte à une gamine curieuse et fascinée, il relate les rapports complexes qu’il a entretenus avec les Indiens. Ces derniers ont été, tour à tour, des partenaires commerciaux, des proches, des ennemis… Des Sioux avec lesquels il a combattu aux Arikaras redoutables et menaçants, l’ex-trappeur a connu de nombreuses tribus, dont il a contribué, à son corps défendant, à modifier les modes de vie. Car en échangeant des informations précieuses avec les « visages pâles », colons, mormons ou soldats, le Mountain Man n’a pas seulement gagné de quoi vivre : il a aussi favorisé toute une série de mutations qui ont profondément bouleversé l’Ouest qu’il chérissait tant. En cela, le personnage portraituré par Pierre Place, auquel un dossier didactique est consacré en fin d’album, se constitue de l’étoffe des hommes amers, pétris de regrets, déchirés entre leurs actes nécessaires et leurs conséquences involontaires. La convocation de ses souvenirs, bien que nostalgiques, donne lieu à des tableaux du Far West tout sauf romantiques : ici, c’est un grizzly qui met en lambeaux le corps d’un trappeur ; là, ce sont des Pieds-Noirs victimes d’une épidémie de variole dévastatrice…

Avec Jim Bridger, le lecteur explore les Rocheuses, les territoires reculés de l’Ouest, le Grand Lac salé, les montagnes de verre, les plaines investies de marchands ou encore les geysers de Yellowstone. Il découvre les dessous des convois de pionniers, des détachements de cavalerie et des familles composées et redéfinies en fonction des événements et des tragédies. L’épopée des trappeurs, la raréfaction des bonnes fourrures, le mythe des Mountain Men, les premiers tracés ferroviaires figurent tous en bonne place dans l’album, créditant ainsi Jim Bridger, s’il le fallait encore, d’une position idéale dans le récit devenu mythique de l’Ouest.

Jim Bridger, Pierre Place et Farid Ameur
Glénat, janvier 2023, 56 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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