Enola Holmes 2, un vrai coup d’éclat

Lésées par des effets numériques de plus en plus bâclés ou par des scénaristes en grève, les productions Netflix peinent désormais à satisfaire le public. Bien sûr, quelques œuvres continuent de sortir du lot en se révélant de très haute tenue. Mais force est de constater que le géant du streaming a perdu de sa superbe. Et, quand il tient une bonne idée, il ne peut s’empêcher de l’étirer jusqu’à l’écœurement. On ne souhaite pas cela à Enola Holmes car, en deux films, la sœur cadette du plus grand détective du monde parvient à se frayer un très joli chemin dans les meilleures productions de la plateforme… pour peu que l’on adhère à son style. 

Holmes, Enola Holmes.

Si vous avez raté le premier Enola Holmes, sorti en 2020, voici de quoi vous rattraper. Interprétée par Millie Bobbie Brown, star planétaire depuis le succès de Stranger Things, la jeune détective avait particulièrement séduit une partie du public. Agréablement promenés dans le Londres victorien, nous y découvrions 2 heures durant une jeune adolescente particulièrement têtue et bien plus émotive que ses deux frères, Sherlock et Mycroft. Pour pleinement accueillir le projet, il fallait en accepter le ton léger malgré une enquête assez sérieuse et quelques moments dramatiques. Il valait mieux, aussi, apprécier de voir un 4ème mur constamment brisé. (Pour les nouveaux venus, briser le 4ème mur signifie s’adresser directement au spectateur.)  Ensuite, les « anti-woke » ou les plus misogynes avaient également pesté face au ton progressiste et féministe du film. Enfin, et surtout, certains avaient été déçus de la présence mineure d’Henry Cavill, impeccable dans son rôle de Sherlock Holmes.  Pour cette suite, difficile de véritablement trancher. Les plus virulents face au mouvement féministe vont très certainement hurler au scandale face à certains choix de casting et les adeptes de l’immersion s’arracheront les cheveux lors des nombreuses fois ou Enola s’adresse à nous. En revanche, ceux qui avaient été déçus du ton trop variable du premier film se laisseront séduire par une suite qui s’éparpille moins et les fans d’Henry Cavill seront ravis de voir un Sherlock Holmes bien plus présent. Oui, je l’affirme : Enola Holmes 2 est mieux, bien mieux que son ainé.

Élémentaire, ma chère Enola.

Nous retrouvons notre jeune détective pleine d’espoir grâce à l’ouverture de son cabinet. Malheureusement, son statut de femme et son très jeune âge auront raison de la plupart de ses clients. Tous, sauf une. Quand une jeune fille lui propose sa première enquête officielle, Enola saute sur l’occasion. L’affaire : retrouver une femme disparue. Seuls indices : une lettre d’un mystérieux amant et son emploi d’ouvrière dans une fabrique d’allumettes. Difficile de pouvoir en dire plus. L’enquête, qui constitue l’élément principal du long-métrage, se révèle fort bien menée et bourrée de rebondissements. Les découvertes d’Enola iront même jusqu’à croiser celles de son frère, Sherlock. Car oui, comme je l’ai dit plus tôt, le détective occupe ici une place bien plus importante que dans le premier film. Disons le clairement, il vole même la vedette lors de ses scènes. Sûr de lui, méticuleux et d’un charisme affolant, le personnage campé par Henry Cavill se révèle digne de son personnage, malgré la barre presque inatteignable placée par Benedict Cumberbatch dans l’exceptionnelle série Sherlock. On rêve presque d’un film centré sur lui, avant de comprendre que c’est peut-être déjà dans les plans de Netflix, comme la plateforme en a l’habitude. La relation entre le frère et la sœur est particulièrement agréable, l’un faisant office de mentor pour l’autre. Leurs interactions sont drôles et touchantes, malgré leur caractère, tout aussi différents que similaires. Si Enola enquête de prime abord sur une disparition, l’autre Holmes bloque sur une enquête, pour la première fois de sa vie. Quelqu’un le met au défi. Bien sûr, vous devinez bien de qui il s’agit et cet article ne dira rien de plus à ce sujet. Durant un peu plus de 2 heures, les deux intrigues s’entremêlent avec efficacité et un sens du rythme impeccable (là où le premier opus montrait d’évidents signes de faiblesse).

La réalisation n’est pas en reste et Enola Holmes 2 fourmille de bonnes idées qui aident grandement à maintenir le rythme. Brillante et inventive, la mise en scène de cette suite offre à Netflix un véritable vent de fraîcheur. Malheureusement, encore une fois, Harry Bradbeer doit composer avec le manque de budget imposé par le géant du streaming, pour qui rater les fonds verts est devenue une sorte de signature. Si les décors sont souvent agréables et inspirés, ils n’en restent pas moins trop peu variés dans leurs ambiances. On reste trop souvent dans les mêmes styles d’endroits. Dommage. Londres est belle, mais rend fausse. On est bien loin des deux opus des années 2010 avec Robert Downey Jr. Difficile de comprendre pourquoi Netflix s’évertue à freiner son budget pour la quasi intégralité de ses productions. Les rares fois où la plateforme s’est autorisée à lever le pied, cela a pourtant donné de véritables bijoux. Même constat pour les rares scènes d’action, difficilement lisibles et au montage épileptique.  Malgré tout, difficile de bouder Enola Holmes 2 pour ses quelques défauts techniques. L’écriture se révèle plaisante, tout comme ses personnages principaux, même si la production peine encore à savoir quoi faire du compagnon d’aventure d’Enola, Lord Tewkesbury. Millie Bobbie Brown s’amuse véritablement avec sa nouvelle héroïne et le spectateur s’évade avec elle. Si Netflix propose un troisième épisode, elle pourrait facilement gommer les quelques imperfections de ce second opus. Bien sûr, avec la plateforme, difficile de savoir. Elle a peut-être déjà prévu 5 suites, deux spin-off et trois séries…

Bande-annonce : Enola Holmes 2

Fiche Technique : Enola Holmes 2

Réalisation : Harry Bradbeer
Scénario : Jack Thorne
Durée : 2h09
Casting : Millie Bobbie Brown / Henry Cavill / Elena Bonham Carter / David Thewlis.
Disponibilité : Netflix depuis le 04 Novembre.

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3.8

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
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