Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse : trois contes dans un film magnifique et touchant qui invite au voyage

Michel Ocelot s’impose une fois de plus comme un des maîtres du film d’animation. Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse joue la carte de la nostalgie et replonge le spectateur dans les succès passés du cinéaste à travers trois contes qui font voyager.

Synopsis : « Pharaon ! », « Le Beau Sauvage » et « La Princesse des roses et le Prince des beignets ». Porté par le récit de la Conteuse, le spectateur découvre trois histoires qui le mènent de l’Égypte antique à la Turquie légendaire en passant par l’Auvergne du Moyen-Âge.

Un voyage en Nostalgie

La réputation de Michel Ocelot, scénariste et réalisateur français, n’est plus à faire. Il est d’abord rendu célèbre par la trilogie des films d’animation Kirikou parus entre 1998 et 2012. Il se distingue ensuite par ses « théâtres d’ombres » réalisés en papier découpé dans Princes et Princesses (2000) ou dans Les Contes de la nuit (2011). Ocelot a également réalisé et scénarisé des longs-métrages césarisés en 3D avec Azur et Asmar (2006) et Dilili à Paris (2018).

Mais au-delà des films nombreux et reconnus, le réalisateur se distingue par son esthétique et sa façon de raconter les histoires. Avec les trois contes narrés dans Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse, il propose un grand retour sur sa carrière et ses succès passés.

Les dessins et les personnages de « Pharaon ! » ne sont pas sans rappeler ceux de Kirikou. Dans « Le Beau Sauvage », Ocelot revient au « théâtres d’ombres » distinctif de ses œuvres. Enfin, « La Princesse des roses et le Prince des beignets » emploie des graphismes 3D semblables à ceux d’Azur et Asmar. Le spectateur tombé amoureux plus jeune de l’esthétique d’Ocelot ressort du cinéma la tête pleine de souvenirs.

Le style Ocelot s’imprime également dans la narration. Claire et épurée, elle est adaptée aux plus petits et replonge les plus grands en enfance. Par ailleurs, le personnage de la Conteuse, magnifiquement doublé par Aïssa Maïga, a de quoi rappeler aux adultes l’époque où on leur racontait encore des contes et des légendes.

Trois histoires pour le prix d’une

Faire tenir trois intrigues dans un seul long-métrage. Un projet ambitieux qui, de l’aveu de Michel Ocelot, n’a rien eu d’évident pour lui ou pour les producteurs. Pari réussi puisqu’à l’arrivée, l’ensemble se tient très bien.

La Conteuse dont on pouvait craindre qu’elle soit un lien cousu de fil blanc entre les trois contes permet d’assurer une vraie cohérence. Si « Pharaon ! » semble peut-être un peu courte par rapport aux autres histoires, elles restent toutes les trois assez équilibrées.

Si les intrigues, leurs personnages, leurs cadres et leur esthétique diffèrent, le spectateur retrouve de l’une à l’autre des thématiques similaires. Il est question de pouvoir dans les deux premiers contes. L’émancipation et la lutte contre l’autorité parentale sont quant à elles présentes dans l’intégralité des histoires. S’il fallait résumer Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse en un mot, on parlerait de pluralité plutôt que d’éparpillement. La diversité des sujets ne nuit pas à la cohérence de l’ensemble. C’est parce que chaque histoire est différente que le long-métrage fait bloc.

La générosité d’Ocelot est frappante. Il offre trois contes portant un message touchant d’émancipation à travers des personnages dépassant les clivages sociaux et les diktats parentaux. Seul petit bémol : la place accordée aux personnages féminins. Dans le deuxième conte, la seule femme évoquée est complètement effacée. Dans les autres histoires, les princesses jouent un rôle mais ne sont pas le personnage principal. Un effort aurait pu être fait sur ce point. D’autant plus qu’Ocelot sait faire des femmes ou des filles des personnages principaux incroyables. Dilili à Paris (2018) avec son héroïne kanak avait par ailleurs été salué (à juste titre) comme « féministe » par Le Monde, Le Midi Libre, la RTS ou RFI.

Des décors à couper le souffle

Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse se distingue par des dessins et des décors somptueux. L’esthétique et le cadre changent du tout au tout d’un conte à l’autre. Mais tous, à leur manière, contribuent à faire voyager le spectateur.

Dans « Pharaon ! », Ocelot s’est inspiré des postures et des couleurs des personnages dans les bas-reliefs et les peintures égyptiennes. Il les modernise cependant en renonçant aux traits de contour. Les couleurs flamboyantes se superposent, se croisent et se mélangent. Le cadre du conte offre la possibilité au scénariste de montrer le Nil, les bateaux, les armées et les temples égyptiens dans toute leur splendeur et leurs détails. La collaboration d’Ocelot avec Vincent Rondot, conservateur des antiquités égyptiennes du Louvre, porte ses fruits.

Ambiance radicalement différente pour « Le Beau Sauvage ». Sur ce deuxième conte, Ocelot revient au traitement en « silhouettes noires » et « théâtres d’ombre ». Ce choix permet d’illustrer au mieux l’obscurité de l’austère château du seigneur et les sous-bois où se cache le Beau Sauvage. L’équilibre entre les zones noires à l’écran et les arrivées de lumière est remarquable. On peut par exemple citer la scène où l’ombre du personnage principal défile, floue, au milieu de vitraux chatoyants et lumineux.

Le dernier conte est sans doute celui où les couleurs explosent le plus à l’écran. Les déserts, les palais et les villes projetés à l’écran rayonnent par leurs couleurs chaudes. Le château de la princesse est tout particulièrement impressionnant. Ocelot s’est inspiré du Palais turc de Topkapi. Les images sont extrêmement riches, détaillées et brillent de partout. Le réalisateur reconnaît s’être un peu plus détaché de l’exactitude historique que dans les deux autres histoires. L’occasion pour lui d’en mettre plein la vue au spectateur.

Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse consacre une nouvelle fois Michel Ocelot comme un des maîtres du cinéma d’animation. On peut encore espérer d’autres chefs-d’œuvre de celui qui ne semble pas prêt à lâcher son crayon et renoncer au grand écran.

Bande-annonce – Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse

Fiche technique – Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse

Réalisation : Michel Ocelot
Scénario : Michel Ocelot
Doublage : Oscar Lesage, Claire de la Rüe du Can, Aïssa Maïga
Décors : Michel Ocelot, Thierry Buron
Montage : Valentin Durning
Musique : Pascal Le Pennec
Animation : Etienne Jaxel-Truer (EJT Labo) et Philippe Sonrier (Macguff Belgium)
Producteurs : Philip Boëffard, Eve Machuel, Christophe Rossignon
Société de production : Nord-Ouest Films, Studio O, Les Productions du Ch’timi, Musée du Louvre, Artémis Productions
Distributeur : Diaphana
Durée : 83 minutes
Genre : Film d’animation
Date de sortie : 19 octobre 2022

France, Belgique – 2022

Auteur : Maxime D

Note des lecteurs8 Notes
4.5

Festival

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