« Overkill » : le final allumé de « Valhalla Hotel »

Les éditions Glénat publient dans leur collection « Comix Buro » le dernier tome du triptyque Valhalla Hotel, intitulé « Overkill ». Patrice Perna et Fabien Bedouel reprennent les mêmes ingrédients pour un final explosif : testostérone, tirades ciselées, ambiance pop et personnages mi-absurdes mi-fascinants.

La couverture d’« Overkill » constitue un teaser à elle seule : des armes à gogo, des moues peu avenantes, de la tôle froissée et des infrastructures en ruines. Patrice Perna et Fabien Bedouel s’en donnent en effet à cœur joie dans ce final pour le moins haletant : séquences d’action spectaculaires, révélations diverses, ironie délectable, dessins pop, colorés et très cinégéniques. À Flatstone, dans une petite ville jusque-là sans histoires, sise au Nouveau-Mexique, vont ainsi se faire face, à coups de tanks, d’hélicoptères, de mitraillettes et de pouvoirs surnaturels, des éleveurs de porcs nazis, des rednecks allumés, des tueurs en série sous couverture, un shérif lâche et toute une tripotée de protagonistes boursouflés de pathétisme et de dérision.

La grande méchante de cette histoire, Frau Winkler, n’est autre qu’une ancienne généticienne nazie perpétuant dans un laboratoire clandestin des recherches portant sur l’eugénisme et l’hygiène raciale. Entourée d’une garde étoffée, elle rêve de mettre à mal ces yankees qu’elle abhorre et se voit comme « l’avenir du quatrième Reich ». Un avenir toujours solidement arrimé au passé, puisque les saluts hitlériens résistent au temps, les néo-nazis arborent volontiers la moustache typique du Führer et ce dernier voit même sa semence mise en tube et transbahutée partout par Frau Winkler. L’arrêter est une urgence, mais une urgence qui n’aura raison ni de l’observation scrupuleuse des limitations de vitesse de Zawalski – faux délinquant sexuel, vrai agent du Mossad – ni des conversations cinéphiliques passionnées, mais peu à propos, au sujet de Mad Max.

« S’ils s’imaginent que je vais les laisser envahir ma ville ! Ils m’ont pris pour des Français, ou quoi ? » Une fois encore, Valhalla Hotel se distingue par sa science du dialogue et son sens de la dérision, portés tour à tour sur les prétendus penchants sodomites de Zawalski, sur sa capacité à protéger Melinda, sur la collection d’armes d’El Loco ou sur le cadavre de Zehn, cet homme-cochon développé en laboratoire. On s’amusera aussi à observer les réactions faciales du shérif, souvent grotesques, ou à retrouver Lemmy, le pongiste taciturne, accroché à une poupée gonflable dans une pièce souterraine fleurant bon le désespoir adolescent. Mais de cet album enlevé et ivre de liberté, on retiendra avant tout une galerie de personnages caractérisés avec soin, aux ressorts comiques évidents.

Valhalla Hotel : Overkill, Patrice Perna et Fabien Bedouel
Glénat, septembre 2022, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.