La Muse rouge, une enquête policière et historique

Paru en 2021, La Muse rouge, le nouveau roman de Véronique de Haas, est une belle réussite bâtie sur un savant mélange entre roman historique et roman policier.

Les deux composantes du roman s’équilibrent à la perfection, chacune servant l’autre : l’aspect historique nourrit le caractère policier en lui fournissant un contexte socio-politique troublé, et le côté policier permet, par le biais de l’enquête, d’explorer différents niveaux sociaux et de mettre à jour une situation historique particulière.

L’action se déroule au mois de janvier 1920, dans une France marquée à la fois par la Grande Guerre qui s’est achevée il y a peu, et par la situation internationale en règle générale : les révolutions russes et la guerre civile qui s’ensuit, et les événements en Italie avec la montée en puissance de Mussolini et de ses « faisceaux ».
D’un côté, la société française est marquée par les conséquences de la guerre. La quasi totalité des personnages masculins sont d’anciens poilus, et l’immense majorité des protagonistes est marquée, d’une façon ou d’une autre, par la guerre. On croise des « gueules cassées », mais aussi des parents ayant perdu leur(s) enfant(s), d’anciens soldats incapables de se réinsérer socialement, après le traumatisme du conflit, etc.
La France de 1920, c’est aussi un empire colonial, et cela est également pris en compte dans l’intrigue, puisqu’elle a des ramifications aussi bien au Maroc et en AEF qu’en Indochine.
D’un autre côté, la France est aussi impactée par la situation internationale. La fin de la Première Guerre mondiale n’a pas mis fin aux tensions internationales, loin de là. La révolution bolchevique d’octobre 17 a motivé les troupes de gauche qui tentent de s’unir pour renverser l’ordre bourgeois, mais déjà les premiers déçus de l’organisation des Soviets fuient la RSFSR. Paris est peuplé de réfugiés russes, qu’ils soient des « blancs » fuyant les exactions de la guerre civile ou des « rouges » cherchant à organiser les troupes communistes occidentales. On assiste à des réunions secrètes où se croisent des anarchistes espagnols et des socialistes d’autres pays (Allemagne, Italie, etc.), et venant même des colonies françaises en Afrique. On y débat sur l’organisation des manifestation, sur les grèves qui s’étendent, etc.
Face à eux se trouvent les royalistes extrémistes de l’Action française, qui vont déclarer la guerre aux mouvements de gauche. Grèves d’un côté, actions de harcèlement, voire de destruction de l’autre : la situation sociale est plus que tendue.

C’est dans ce contexte que va se dérouler l’action de La Muse rouge. Une action qui commence de façon plutôt banale dans ce type de roman, par la découverte d’un cadavre. En l’occurrence, celui de Gabie, une prostituée « insoumise » (c’est-à-dire indépendante, sans souteneur) qui officiait dans les bas quartiers de Paris, et qui a été sauvagement assassinée de nombreux coups de couteaux. Un meurtre qui passe totalement inaperçu, puisqu’en aucun cas la police ne va enquêter sur ce cas : Gabie est vite classée, enterrée, et c’est fini.
Ou presque.
Puisque, trois jours plus tard, un diplomate chinois, en visite officielle à Paris, est à son tour assassiné, dans une maison close des beaux quartiers cette fois-ci. Deux anciens soldats de la Grande Guerre, Victor Dessange et Maximilien Dubosc, vont mener l’enquête.
Une enquête menée tambour battant et qui va passer par de nombreux rebondissements. La Muse rouge fait partie de ces romans qui se dévorent à toute vitesse. L’action part dans différentes directions, mais sans jamais s’éloigner finalement d’un fil conducteur précis. Jamais le lecteur n’a l’impression d’être perdu dans un récit éclaté ni inondé sous un flot de personnages : le talent de Véronique de Haas permet de nous guider tout au long de ce récit.
Il faut préciser que l’action du roman est complexe et mêle aussi bien des considérations politiques que financières. Une banque en Chine, un projet de ligne de chemin de fer en Afrique équatoriale, des élections qui s’annoncent, des grèves à répétitions : La Muse rouge entremêle de multiples événements, souvent bien réels d’ailleurs. Car le caractère historique est particulièrement bien documenté, et l’auteur sait très bien unir la réalité à la fiction.
Enfin, La Muse rouge possède toute une foule de personnages dont certains sont vraiment attachants. Il est difficile de quitter Victor, Max, Marie ou Pierrot après plus de quatre cents pages. À l’inverse, l’assassin est une belle réussite également.
En bref, La Muse rouge a tout ce qu’il faut pour constituer un bon divertissement.

La Muse rouge, Véronique de Haas
Fayard, novembre 2021, 445 pages

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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