Ebola Syndrome vous infecte en Blu-ray chez Spectrum Films

Retour sur Ebola Syndrome, film phare du sous-genre radical de la Cat. III qui fait son grand retour dans une formidable édition Blu-ray française signée Spectrum Films.

Synopsis : En cavale en Afrique du Sud après le meurtre de sa maîtresse et de son patron, Kai viole une femme agonisante et contracte le virus Ebola. Il en réchappe miraculeusement, devient porteur sain et contamine les clients de son restaurant avec enthousiasme et délectation.

La morale et l’Ebola

À l’heure où les amateurs de sensations fortes et autres spectateurs crient au choc et à l’exploit radical en découvrant The Sadness, il semble important, voire nécessaire de (re)découvrir Ebola Syndrome, réalisé par Herman Yau en 1996. En effet, le premier plonge malgré lui dans le gore cartoonesque, évacuant maladroitement toute velléité d’angoisse – pour ses protagonistes principaux – propre au genre du survival. Ses effets visuels saisissants et sa mise en scène parfois efficacement nerveuse et spectaculairement horrifique échouent à installer un caractère essentiel à ce type de récit : la peur avant l’horreur.

Comme l’avaient parfaitement incarné les œuvres de Gordon Lewis, Fulci, Romero, Argento, Carpenter et Franju, entre bien d’autres, la monstration de l’horreur et d’éléments gores gagne en puissance avec un travail préalable de la terreur. Dans le cas contraire, les séquences de violence horrifique ou gore peuvent virer malgré elles au cartoon gore voire au torture porn cartoonesque, soit à une forme de spectacle dont le déchainement de brutalité – parfois jouissivement puéril – cache une certaine incapacité à instaurer une réelle tension narrative pour se dédier corps et foutre à la recherche du choc ultime.

Ebola Syndrome, reprise jusqu’au-boutiste de The Untold Story par le même réalisateur, va répondre aux caractéristiques du cinéma de chocs de la Cat. III (Catégorie III), sous-genre Hongkongais basé sur les catégories de classement du cinéma HK introduites en 1988. Les cinéastes appartenant à ce mouvement cherchèrent notamment à dépasser toutes les limites idéologiques et visuelles possibles grâce à l’interdiction aux moins de 16 ans qui lui permirent de s’adresser plus librement au public. Sexualité débridée et malsaine, représentation de personnages aux idéologies et mœurs contre-culturels, et violences physique et psychologique importantes sont ainsi au rendez-vous.

Ebola Syndrome coche toutes les cases avec des scènes de viol, de séquences de torture et meurtres à vous en tordre l’estomac ainsi qu’un personnage qui semble, au premier abord, ne vouloir obéir à aucun ordre, que ce soit moral ou sociétal. Le film réussit donc là où The Sadness a échoué : Ebola Syndrome est un récit purement malsain dont la terreur et l’horreur s’autoalimentent efficacement. Si The Sadness joue lourdement avec la farce sur le Covid au point d’annihiler toute puissance d’évocation, Ebola Syndrome embrasse l’humour noir pour mieux questionner notre attachement à ce personnage purement antipathique.

On pourrait aller jusqu’à écrire que le film est, à l’image de son personnage, antipathique au possible. Des poulets sont égorgés, une souris morte sur la route est écrabouillée par une voiture, des scientifiques nous exposent les différents ravages – ici amplifiés par la fiction – du virus Ebola dans une scène d’autopsie terriblement efficace, le personnage principal est un tueur, violeur, un sociopathe qui n’hésite pas à jouir – littéralement – dans la viande du restaurant où il travaille ainsi qu’à la servir à un client mécontent : néanmoins, Ebola Syndrome réussit à rendre touchant son personnage principal.

Kai, incarné par un incroyable Anthony Wong, nous apparait d’abord à l’écran comme étant un tordu qui couche avec la femme de son patron qui n’hésitera pas à vouloir le punir en voulant lui sectionner les parties génitales après l’avoir l’humilié par une séance de golden shower. Kai tuera tous ses tortionnaires mais évitera, grâce au hasard, de tuer une gamine et témointe innocente. Plus tard, le bonhomme viole la femme du patron du restaurant dans lequel il travaille pour un revenu affligeant tout en pouvant vivre de façon relativement libre en Afrique du Sud, loin de son statut de fugitif. Peu avant, la patronne, qui le tyrannisait, voulait l’assassiner et se débarrasser de son corps infecté. Quant à son mari, celui-ci était bien conscient d’exploiter Kai, et ne s’interdisait pas de lui reprocher tous les maux du monde. Aussi Kai et ses congénères Hongkongais subissent le racisme sociétal d’Afrique du Sud, il déclare notamment : « Pour les blancs, nous sommes noirs. Pour les noirs, nous sommes blancs. » Enfin, dans la troisième partie hongkongaise du métrage, Kai, de retour au pays, est pourchassé par la police et les autorités sanitaires à la fois pour les meurtres qu’il a commis mais aussi son statut de vecteur d’infection alors qu’il essaye de retrouver une vie plus paisible en compagnie d’un ancien amour et de sa fille.

Rien ne peut justifier toute la violence que Kai assènera à ses victimes, mais force est de constater que ce bougre devient touchant de par le fait qu’il est en rébellion contre les formes d’exploitation et de violence subies. Ce personnage applique ainsi une réponse radicale et terrible à ses bourreaux, installant une ambiance – d’autant plus – malsaine d’horreur anarchiste. Il s’agit donc pour le personnage de réinstaurer à chaque tuerie une forme d’ordre sans hiérarchie. Certes, il aura tué un nombre incalculable de personnes en les infectant de façon irresponsable. Mais Kai ne pourra plus échapper à la mort dès lors qu’il deviendra lui-même un bourreau en tuant et contaminant de façon intentionnelle des innocents.

Ebola Syndrome a beau être malsain, outrancier et terrifiant pour mieux défier la morale, le film d’Herman Yau constitue ainsi, à l’inverse de ce que certains prônent, une formidable fable où tous les animaux – humains et non humains – subissent tragiquement la violence d’une humanité dont l’ordre et les barrières morales sont et seront définitivement fragilisées par la brutalité aveugle d’un virus, comme l’expose le final au terrible hasard mettant en scène une gamine partageant une sucrerie avec son chien contaminé par un goûter canin peu reluisant.

Bande-annonce – Ebola Syndrome, Herman Yau, 1996

Ebola Syndrome en Blu-ray

Ebola Syndrome débarque dans une formidable édition Blu-ray gérée par Spectrum Films. Deux montages sont proposés : la version intégrale reconstruite à partir d’un scan 4K du négatif ainsi que sur des sources intermédiaires pour un rendu vidéo très soigné sur tous les points (de la gestion organique du grain au formidable piqué en n’oubliant pas le respect du format de l’image) ; et la version cinéma censurée au master HD correct mais vieillissant. Les deux versions et les bonus sont répartis sur deux disques. Si l’on n’a rien à reprocher aux pistes sonores originales équilibrées et efficaces, on peut toutefois regretter le choix de Spectrum Films de ne pas avoir privilégié une édition UHD pour la version intégrale qui a pu en bénéficier aux US chez Vinegar Syndrome en novembre 2021.

Du côté des compléments, l’éditeur a sorti l’artillerie lourde : une présentation de l’habituel médiateur de Spectrum Films, Arnaud Lanuque, qui revient notamment sur la Cat. III et la place du film dans ce sous-genre déjà en déclin en 1996 ; une interview récente de la scénariste Chau Ting ; une interview plus ancienne d’Anthony Wong et d’Herman Yau ; une nouvelle courte présentation du film par le cinéaste ; un ancien commentaire audio du duo suscité ; une nouvelle interview du responsable des cascades James Haa ; un long podcast du PIFFF Cast sur la Cat. III ; ainsi que la bande-annonce du film. Tous ces compléments ont bien sûr tendance à se répéter ou à se faire écho sur certaines informations, mais chacun apporte toutefois un nouvel éclairage.

On ne peut donc que vous conseiller cette édition d’Ebola Syndrome signée Spectrum Films qui a tout d’un must-have tant pour les curieux que pour les aficionados du genre.

Bande-annonce promotionnelle de l’édition UHD 4K de Vinegar Syndrome

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

2 BD-50 – 1080p HD 1.85 (version intégrale) & 1.77 (version cinéma) – Encodage AVC – Son : Dual Mono Cantonais – Sous-titres français – Hong-Kong – Horreur – Interdit aux moins de 16 ans avec avertissement – Durée : 1h40 & 1h38

COMPLÉMENTS

Présentation d’Arnaud Lanuque

Présentation de Herman Yau

Interview de Herman Yau et Anthony Wong

Commentaire audio de Herman Yau et Anthony Wong

Podcast Catégorie III

Interview du responsable des cascades James Ha et Bande-annonce

Sortie le 4 juillet 2022 – prix de vente indicatif public : 25,00 Euros TTC

Note des lecteurs1 Note
5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !

Torso (1973) de Sergio Martino : tripes et nichons en 4K

Au carrefour du giallo et du slasher, Torso de Sergio Martino marqua son époque par sa violence exacerbée et son lot généreux de scènes érotiques. Succès important à sa sortie en 1973, le film s’est depuis lors vu certifier un label « culte ». Pur divertissement coupable ou grille de lecture plus subtile qu’on ne le pense ? Ou vous laisse juger, mais cette magnifique édition vaut en tout cas le détour.

Le Maître du Kabuki : le nouveau « trésor national vivant » japonais ?

Davantage qu’une ode à un art théâtral ancestral – par ailleurs difficile à apprécier pour un spectateur occidental – "Le Maître du kabuki" est une véritable saga qui aborde de multiples thématiques dont l’écho résonne bien au-delà des frontières de la péninsule nippone.

La femme qui crie : ce que personne entend

Dans le Taïwan rurale des années 1940, Ah-shih crie et personne n'entend vraiment. "La Femme qui crie" (1984) de Tseng Chuang-hsiang est un film implacable sur la violence conjugale, la complicité silencieuse d'un village entier, et la solitude absolue d'une femme que la société a condamnée avant même qu'elle ait commis sa vengeance.