« La Légende oubliée de Perceval » : aux origines

Les éditions Glénat publient le premier tome (sur quatre) de La Légende oubliée de Perceval, de Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci. Un voyage dans un monde fantaisiste composé de fées, de lutins, de loups et de magie…

« Maman dit toujours que les soldats en vadrouille, c’est pire que des bêtes féroces ! » Perceval ne le sait pas encore, mais cette assertion définitive est conditionnée par un deuil inconsolable. Ce père allié d’Arthur, dont il n’a jamais entendu parler avant que des soldats britanniques ne l’évoquent en sa présence, ses frères tombés au combat, tout ce passé dramatique portant les stigmates de la guerre, sa mère les a ensevelis sous une montagne de silences et de secrets. C’est peut-être cet état de fait qui permet au scénariste Frédéric Brrémaud et au dessinateur Federico Bertolucci d’introduire un personnage léger, presque désinvolte, accomplissant les tâches les plus banales avec un enthousiasme résolu.

Concomitamment, une fée au nom imprononçable, que l’on surnomme Noisette, récolte quelques baies, avant de voir son amie être victime des crocs d’une renarde. À leur échelle, tout paraît gigantesque et revêtu à la fois de danger et de poésie. Car si les champignons sont scrutés comme des modèles architecturaux, un hibou ou un blaireau deviennent des monstres capables de vous faire passer de vie à trépas en quelques instants. Cet univers fantaisiste, au charme quelque peu désuet, constitue la principale satisfaction de ce premier tome de La Légende oubliée de Perceval, qui prend pour cadre le sud de l’Angleterre dans une époque très lointaine. Lutins, fées et magie sont conviés sur fond de guerre entre les Anglais et les Saxons.

Les deux personnages, Perceval et Noisette, se lancent dans des quêtes initiatiques et désespérées : le premier veut qu’Arthur l’élève au rang de chevalier, la seconde se dirige vers des contrées inhospitalières dans l’espoir de sauver une magie qui se meurt. « Nous finirons tous entre les crocs d’un prédateur », annonce la Grande Fée, tandis que la mère de Perceval note amèrement que « la guerre n’est que mort et désolation ». Naturellement, Frédéric Brrémaud fait converger leur parcours. Liés par une même détestation de la renarde, ils font route ensemble, accompagnés de Hermine, et s’opposent notamment à un soldat saxon. Il se dégage de leur duo une naïveté bon enfant et une poésie qui doit beaucoup aux dessins oniriques de Federico Bertolucci.

En fin d’album apparaît un personnage probablement appelé à jouer les premiers rôles, l’homme noir, « l’être damné et sa meute de loups blancs ». Cette réécriture du mythe de Perceval, réalisée à hauteur d’enfant, met en exergue la cruauté des hommes et de leurs conflits armés, le douloureux processus de deuil, mais aussi le besoin d’embrasser une cause juste et noble pour s’accomplir réellement. Malgré sa lecture rapide et sa trame un peu convenue, l’album est beaucoup plus sophistiqué qu’il n’y paraît et s’adresse tant aux jeunes lecteurs qu’à leurs parents.

La Légende oubliée de Perceval, Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci
Glénat, juin 2022, 48 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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