« 14 juillet » : quatre semaines, huit personnages, une révolution

Hervé Pauvert et Cécile Chicault publient 14 juillet, destins d’une révolution aux éditions Delcourt. En se penchant sur les actions de huit personnages au cours des quatre semaines précédant la Révolution française, ils en analysent les tenants et aboutissants au sein d’une société en pleine mutation.

Le 17 juin 1789, Jeannette est sur la route, direction Paris, où la jeune paysanne s’apprête à être embauchée au service d’un prisonnier de la forteresse royale de la Bastille. La capitale qui apparaît au loin est entourée de paysages champêtres. Les prairies, les moulins, les sentiers de terre ne disent cependant rien de la colère qui gronde à quelques encablures de là. Car pour les plus modestes, les temps sont difficiles. Ils sont « accablés d’impôts et de disette et […] se tuent à la tâche jour après jour ». Pour eux, les États généraux qui viennent de commencer sont porteurs d’espoirs. L’Assemblée réunie à Versailles est censée répondre, enfin, aux nombreuses doléances du Tiers État. À Paris, les aristocrates et les évêques font cependant de la résistance et on se demande si le Roi peut se résigner à mettre fin à la monarchie absolue, comme le lui conseille son puissant ministre Necker.

Le même jour, au faubourg Saint-Antoine à Paris, Jean-Baptiste et Suzanne regrettent « toutes ces familles qui triment pour des richards qui les conchient ». Ils risquent de se retrouver à la rue avec leur enfant malade parce que Jean-Baptiste, ouvrier désormais sans emploi, a protesté contre une baisse de salaire qu’il estimait injustifiée. À Versailles, deux jours plus tard, c’est Marie-Antoinette qui se voit pressée par Charles, son beau-frère, d’intervenir auprès du Roi pour qu’il refuse le projet de Necker. Il serait en effet absurde et dangereux de concéder une partie du pouvoir royal à une « Assemblée de gueux ». Quelques jours plus tard, Jeannette, la cousine de Jean-Baptiste et Suzanne, prend ses quartiers à la Bastille et découvre le vrai sens de sa mission : donner satisfaction, par tous les moyens, à un comte et écrivain obscène dont la perversion se matérialise en trois vignettes, respectivement axées sur ses seins, sa bouche et ses yeux.

Hervé Pauvert et Cécile Chicault alternent ainsi les points de vue, passant d’un personnage à l’autre, des insurgés aux royalistes, tout en portraiturant le magma populaire montant des quatre semaines qui précèdent le soulèvement du 14 juillet. On découvre, dans des chapitres courts mais éloquents, des individus précarisés glissant vers la déchéance, un hospice de la charité contraint de refuser par centaines les nécessiteux, un gamin (Nicolas) dont la fièvre est liée à la dénutrition, des discours anti-royalistes enflammés et des réactions conservatrices amorcées avec le concours de régiments étrangers. 14 juillet, destins d’une révolution portraiture une France fracturée, au seuil de l’implosion, bientôt érigée en repoussoir pour toutes les monarchies de droit divin d’Europe.

De cette période trouble naissent l’excès et l’ambiguïté. C’est Marie-Antoinette qualifiée de « putain autrichienne » et exécutée pour inceste et haute trahison. C’est Lucile, personnage fictif, fille d’un garde français pris entre deux feux, défendant un peuple n’aspirant qu’à appliquer les idées de Voltaire, Rousseau ou Montesquieu. Pendant ce temps, le Roi ne comprend pas que le peuple continue de s’insurger alors même qu’il lui a donné des gages quant à la liberté de la presse, l’égalité fiscale ou la suppression de la corvée royale. Il doit protéger sa famille, son héritage, son trône, sa propre personne. Mais doit-il le faire par la violence ou le compromis ? La réponse sera conditionnée par le peuple de Paris, armé et bien décidé à ne plus « subir en silence toutes ces humiliations ». C’est cet inévitable affrontement, sur fond de tensions sociales exacerbées, qu’Hervé Pauvert et Cécile Chicault narrent avec talent dans 14 juillet, destins d’une révolution. Un album qui nous plonge au cœur de la pré-Révolution, en compagnie de personnages matriciels, dont la chair humaine et les ressorts émotionnels apportent une lumière profuse – et recentrée – sur ces événements historiques.

14 juillet, destins d’une révolution, Hervé Pauvert et Cécile Chicault
Delcourt, mai 2022, 120 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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