Trois albums jeunesse à découvrir aux éditions Lapin

Handicap, féminisme, maladie : les éditions Lapin se portent à hauteur d’enfant à l’occasion de trois albums dédiés à chacun de ces sujets. Patriarcus l’enchanteur, La Petite renarde qui n’avait pas de plumes et Pendant que le loup y est constituent autant de métaphores éveillant la conscience de nos petites têtes blondes. Un exercice accentué par les dossiers pédagogiques glissés en fin d’ouvrage.

Dans Patriarcus l’enchanteur, Alice Chaa et Puyo questionnent la condition féminine à travers les actions émancipatrices d’une jeune princesse. Alix, nouvelle compagne du Prince, s’écarte d’une voie tracée de longue date et coulée dans le marbre d’un grimoire, celui des anciens patriarches, censé lui dicter sa conduite. Celle qui « n’était pas comme la tradition l’exigeait » s’adonne à la mécanique, à la musique, à la danse et même au football. Comment ose-t-elle s’affranchir ainsi d’une féminité réduite à quelques idées reçues ? Interloqué, Patriarcus décide de lui faire passer une série d’épreuves, allégorie des obstacles rencontrés par les féministes dans leur lutte pour l’égalité des genres et contre les assignations sexuelles.

albums-jeunesse-lapin-critique-bdPendant que le loup y est, d’Olivier Dupin et Quentin Zuttion, détourne le conte du Petit chaperon rouge pour évoquer la maladie, et plus spécifiquement le cancer. Le loup du titre entre sans prévenir dans la vie de la grand-mère d’une jeune héroïne. Toutes deux apprennent à « vivre avec », à l’apprivoiser, mais la bête grandit, se multiplie et exige de plus en plus d’énergie de la part de Grand-mère. Créatures personnifiant les tumeurs en croissance et leurs métastases, mais aussi leurs effets sur l’organisme des malades, les loups constituent aux yeux des enfants un symbole éprouvé d’hostilité – accentué ici par la puissance suggestive des dessins. Avec beaucoup d’à-propos et différents niveaux de lecture, ce petit album rappelle que la maladie, parfois, « prend de plus en plus de place, au point d’empêcher (…) de profiter de sa famille ».

La Petite renarde qui n’avait pas de plumes se penche sur le handicap et le mutisme sélectif à travers l’histoire d’une renarde recueillie, suite à une tempête et des inondations, par une famille de hiboux. Lizzy Brynn et Maël Nahon opposent à cette enfant introvertie des oiseaux davantage ouverts aux autres, mais surtout dotés d’ailes leur permettant de voler et de s’adonner à des activités interdites à la renarde. Comment s’intégrer lorsque l’on est différent ? Et à quel point peut-il être difficile d’accepter cette différence ? Doué d’une grande sensibilité, reproduisant sous forme de métaphores animales des épreuves vécues par des milliers d’enfants, l’album se teinte d’espoir et d’humanité.

Ces trois albums jeunesse proposés par les éditions Lapin forment un ensemble dont l’aspect pédagogique est renforcé par les explications glissées en appendice. Aquarelles, rondeurs, propositions graphiques plus audacieuses se mêlent pour donner corps à des histoires portées à hauteur d’enfant, de nature à les sensibiliser sur des questions qui les concernent, aujourd’hui, et continueront à le faire, demain.

Patriarcus l’enchanteur, Alice Chaa et Puyo
Lapin, mai 2022, 48 pages

La Petite renarde qui n’avait pas de plumes, Lizzy Brynn et Maël Nahon
Lapin, mai 2022, 48 pages

Pendant que le loup y est, Olivier Dupin et Quentin Zuttion
Lapin, mai 2022, 32 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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