« Janardana » : tension exotique

Antoine Ettori publie aux éditions Delcourt le one-shot Janardana. Aquarelles, aventures et exotisme y sont au rendez-vous. Un récit empreint d’humanité, et volontiers porté à hauteur d’enfant.

Marcel Piton est une armoire à glace. Malgré un âge avancé, il se tient droit comme un I, les épaules carrées et le regard pénétrant. Il dirige une petite entreprise dans le Sud-Ouest de la France. Une missive reçue de l’autre bout du monde va cependant rompre la litanie de son quotidien. Il embarque aussitôt direction l’Inde et Pondipor, puisque son ami Dev a usé d’un vieux code connu d’eux seuls pour implorer son aide. Ce voyage sera une invitation à l’exotisme. Antoine Ettori dépeint à l’aquarelle, avec sensibilité, l’exotisme indien. Il mâtine son album de références, et notamment aux studios Ghibli.

Sur place, alors qu’il redécouvre des lieux qu’il a traversés des décennies plus tôt, Marcel Piton profite des charmes ambiants et se lie d’amitié avec une gamine, tout en suivant la piste de Dev. Il découvre bientôt qu’Omi n’est autre que la fille de son ami. Antoine Ettori va alors laisser ses protagonistes s’épancher, apprenant au lecteur, par le biais de leurs échanges, le passé de Marcel dans les forces coloniales, la relation de confiance instaurée avec Dev alors que ce dernier n’était qu’un enfant ou encore le passage de ce dernier dans la résistance à l’occupant. Les questionnements moraux de Piton en tant qu’agent colonial, mais aussi d’Omi vis-à-vis des actions passées de son père, nourrissent alors Janardana.

Alternant les séquences muettes et prolixes, les moments intimes et spectaculaires (notamment une course-poursuite), les cadres urbains et luxuriants, Antoine Ettori échafaude un récit se lisant d’une traite, où l’âpreté du colonialisme le dispute à la tendresse d’un enfant se dressant avec humanité entre une comtesse ennemie et un ami pris de rage. Sans en dévoiler la teneur, on peut avancer que le dénouement de Janardana comporte un symbolisme fort, voire une forme d’animisme de nature à contrarier certaines entreprises humaines.

La relation d’amitié unissant Marcel Piton et Dev renferme une poésie qui contribue beaucoup à la réussite de Janardana. Alors qu’il n’était encore qu’un enfant, le jeune Indien a initié le colon, qui avait soif de découvertes, à la culture locale. Après le retour de ce dernier en France, ils ont continué à s’écrire, même si leurs réponses se sont progressivement espacées. Cela n’a jamais empêché Dev de louer les mérites de son ami à ses proches, même des années plus tard, et notamment à son fils. Et de le solliciter lorsqu’il s’est retrouvé, une fois de plus, dans de sales draps.

Janardana, Antoine Ettori
Delcourt, avril 2022, 152 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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