Dune de Denis Villeneuve : prodige sombre et mystique

Trente-six ans après le Dune de David Lynch, le réalisateur canadien révèle sa version cinématographique du chef-d’œuvre de Frank Herbert. Le film adopte une atmosphère noire, solennelle et mystique, qui tranche nettement avec la vision un peu kitch et excentrique de la première adaptation. Retour sur cette nouvelle pépite de Denis Villeneuve, découverte en avant-première à l’occasion du Festival de Deauville 2021.

Denis Villeneuve n’a pas caché son opinion mitigée sur le Dune de David Lynch. Dans une interview accordée l’an dernier au magazine Empire, il expliquait : « il y a des parties que j’adore et d’autres éléments avec lesquels je suis moins à l’aise. (…). Je me souviens avoir été à moitié satisfait. C’est pour ça que je me disais qu’il y a toujours un film qui doit être fait à partir de ce livre, juste avec une sensibilité différente. »

Mais bien au-delà de cette sensibilité, c’est l’univers entier de Dune que le réalisateur canadien s’approprie avec une maîtrise époustouflante. Si le film reste bien une adaptation du livre, il apparaît avant tout comme une œuvre à part entière d’un Denis Villeneuve très inspiré. Ainsi, Dune se situe dans la parfaite lignée des précédents films de science-fiction du cinéaste. On retrouve donc très largement la palette de couleurs ternes et le visuel de Premier Contact, en particulier pour les plans larges des vaisseaux. Surtout, Dune constitue l’aboutissement de l’aspect mystique esquissé dans Blade Runner 2049, notamment lors des scènes dans la pyramide de Niander Wallace.

Denis Villeneuve instaure également une ambiance plus sombre, oppressante, propre à son cinéma, qui donne une lecture très sérieuse et noire du roman de Herbert. Il se dégage ainsi du mystère, mais aussi de la peur, à la vision des familles ennemies et des étranges sœurs Bene Gesserit.

En revanche, Dune est une œuvre beaucoup plus contemplative dans la filmographie de Denis Villeneuve. Éminemment cinématographique, elle se regarde avant tout. Les dialogues laissent donc largement la place à l’émerveillement brut et pur de l’image, soulignant d’autant plus le côté solennel et mystique du film. La musique magistrale signée Hans Zimmer insuffle également mystère et religiosité à cette éblouissante adaptation.

En cohérence avec ce traitement singulier, Denis Villeneuve prend tout le temps nécessaire pour poser le cadre de son monde et présenter les différentes maisons ainsi que les personnages. Dune se déroule en l’an 10191 dans un univers régi par l’Empereur Shaddam IV. Dans ce monde, le film raconte l’histoire de Paul Atreides, le fils du duc « rouge » gouvernant la planète Caladan. La vie du jeune homme bascule lorsque son père se voit confier par l’Empereur le fief d’Arrakis, une planète unique qui fournit la ressource principale de l’univers : l’épice.

Les éléments de compréhension essentiels sont apportés progressivement et intelligemment au cours des trente premières minutes. Ainsi, un parfait novice de Dune, qui n’aurait pas lu le livre ni vu l’œuvre de David Lynch, pourra très bien suivre le film sans se sentir perdu. Denis Villeneuve cherche ainsi à réconcilier le public avec ce roman complexe en proposant une œuvre facile à appréhender.  

Ce choix narratif et cette approche méditative possèdent l’inconvénient de ralentir assez drastiquement l’avancée du récit. Il convient de rappeler que malgré sa durée de deux heures trente, équivalente à la version de David Lynch, le Dune de Denis Villeneuve traite à peine la moitié du livre. De plus, il faut attendre un peu plus d’une heure pour assister aux premières, mais magistrales, scènes de bataille entre les Atréides et les Harkonnens.

Cependant la qualité de la réalisation, l’esthétique des images et l’atmosphère presque religieuse du film, qui nous plongent à corps perdu dans cet univers refondé de Dune, empêchent de s’ennuyer un seul instant. Le film est un véritable chef-d’œuvre technique au niveau du montage, du son, des effets spéciaux, si bien que la forme en prend presque le dessus sur le fond. Les vaisseaux interstellaires et les célèbres ornithoptères volent avec un réalisme et une beauté stupéfiantes. La planète Arrakis est tout aussi sublime avec son désert, ses roches et ses effrayants vers avec lesquels Denis Villeneuve retarde volontairement la rencontre.

Ce déluge de réussites techniques permet de rentrer immédiatement dans l’histoire, axée sur le parcours de Paul. L’interprétation très mesurée, peu expressive de Timothée Chalamet fait du jeune homme un personnage sérieux et discipliné, qui mène une existence relativement ascétique. Toujours vêtu avec élégance mais simplicité, il se dégage de Paul beaucoup de sobriété et de parcimonie. Il suit sans protester l’enseignement de sa mère, les entraînements avec son maître d’arme et obéit à son père. Qu’il ait ou non entrevu sa destinée, Paul semble déjà avoir, dès le début du film, tous les caractères du Messie tant attendu.

Les personnages secondaires sont aussi réussis, en particulier Duncan Idaho incarné par un très convaincant Jason Momoa. Les protagonistes suscitent également la fascination par leur mystère, en particulier les sœurs Bene Gesserit, dont l’ordre demeure très obscur. Le baron Vladimir Harkonnen est quant à lui représenté comme un véritable monstre obsédé par la violence et le pouvoir.

A travers le récit de Dune, Denis Villeneuve aborde également le combat pour l’écologie face au gaspillage et à l’exploitation des ressources, un thème qui lui est cher. Après Premier Contact et Blade Runner 2049, il signe un nouveau film majeur pour la science-fiction, qui ravira autant les fans de Dune que les passionnés de science-fiction.

Dune : Bande-annonce

Dune : Fiche Technique

Réalisateur : Denis Villeneuve
Scénariste : Jon Spaihts, Denis Villeneuve, Eric Roth
Directeur de la photographie: Greig Fraser
Musique : Hans Zimmer
Costumes : Jacqueline West
Durée: 156 minutes
Année: 2021 – Etats-Unis

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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