« Créatures : 2. La Grande Nuit » : menaces en série

Dans le premier tome de Créatures, intitulé « La Ville qui ne dort jamais », Stéphane Betbeder et Djief mettaient en images un New York dystopique et post-apocalyptique, tout en sondant, à hauteur d’enfants, la dynamique de groupe et l’ancrage familial. « La Grande Nuit » poursuit dans cette même veine, mais voit son récit dynamisé.

« La brume qui fait vriller » s’approche à grands pas, Testo et la Taupe font du « papy-sitting » avec un professeur à moitié sénile, Vanille est à la recherche de son frère Minus, Chief et la Crado négocient auprès d’elle des réserves de nourriture en échange de leur aide… Dans ce second tome de Créatures, le groupe d’enfants qui s’était auparavant formé a périclité et le lecteur est amené à suivre en parallèle les péripéties des uns et des autres. Ce qui faisait le sel de « La Ville qui ne dort jamais » n’a pas disparu pour autant : un New York assiégé par les « baveux », fondu dans des couleurs jaunes-vertes ; des enfants cherchant à s’affirmer tout en démontrant une incommensurable résilience ; des menaces diverses et variées…

Stéphane Betbeder et Djief parviennent sans mal à donner un nouveau souffle à leur récit : tous les protagonistes ont une quête à mener et vont être confrontés à une forme ou l’autre d’adversité. Certaines planches très aérées permettent à Djief d’exprimer toute l’étendue de son talent, comme c’était déjà le cas dans l’introduction du premier tome. Il faut lui reconnaître une authentique capacité à donner corps à une métropole en perdition : des voitures éventrées abandonnées sur un pont, des conteneurs empilés de manière anarchique, des souterrains envahis par une entité mystérieuse, des édifices en ruines sur lesquels fond une brume épaisse… L’emploi d’une palette chromatique très efficace et cohérente sublime l’univers qu’il portraiture.

Si les grands thèmes brassés dans cet opus ne dérogent pas à ce qui a été mis en place dans le premier album, l’action s’y déroule à un rythme effréné. Surtout, la menace « dont on ne doit pas prononcer le nom » et qui plane sur New York et (désormais) sa banlieue est un peu plus identifiable, avec pour effet final de placer les protagonistes dans une situation en apparence inextricable. Cela présage un prochain tome tout aussi riche en rebondissements et probablement déterminant quant aux relations encore indécises entre Vanille et les autres enfants. En attendant, on appréciera « La Grande Nuit » pour ses tableaux apocalyptiques et la réaffirmation (jamais stérile) de ses enjeux.

Créatures : 2. La Grande Nuit, Stéphane Betbeder et Djief
Dupuis, août 2021, 72 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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