Retour de « Search and Destroy » aux éditions Tonkam/Delcourt

Après un premier tome des plus prometteurs, les éditions Delcourt publient, dans la collection « Tonkam », la suite de Search and Destroy, série dans laquelle Atsushi Kaneko revisite le Dororo d’Osamu Tezuka. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le soufflé n’est pas près de retomber.

Missionné par le maire d’Hachisuka, l’inspecteur Yang est sur la trace d’une authentique machine à tuer. Mais pas n’importe qui : c’est le groupe des 48, coupable d’avoir enlevé à Hyaku une partie de ses attributs humains, qui se voit décimé peu à peu. Le premier tome de Search and Destroy avait introduit ce personnage féminin démembré et augmenté par l’ingénierie comme un monstre de film d’horreur : par bribes, à travers des vignettes évocatrices, jusqu’à la révélation complète de son corps. On la retrouve en croisade contre ses ennemis, prêtes à tout pour recouvrer pleinement son humanité. « Ces yeux… à travers eux, tout semble scintiller », affirme-t-elle au début du récit, émerveillée par un sens qu’elle vient d’acquérir. Doro, toujours lucide, lui répond : « Le monde, mieux vaut le zieuter en diagonale pour en garder que le meilleur. »

Difficile de donner tort au petit voleur androgyne. Dans une société partagée entre Hu (pour humains) et Creech (des androïdes), il y a du Blade Runner dans l’atmosphère. Les Creech ont beau faire l’objet d’un arrêté de protection, ils sont envoyés dans des mines inhospitalières, là où aucun humain n’accepterait de passer ne serait-ce qu’une heure de son temps. Exploités sur fond de spéculation sur les matières premières, ils ne semblent tolérés que dans la mesure où ils contribuent à placer la ville d’Hachisuka sur la carte du monde. Les propos du conseiller Murakoshi au Conseil municipal sont édifiants quant à la manière dont une partie de la population les perçoit : « détritus sur pattes », promis à une « mise au rebut », « tas de ferraille »… Dans un argumentaire politique qu’on croirait sorti de la bouche d’un élu d’extrême droite au sujet de l’immigration sont évoqués tour à tour l’insécurité, le chômage, les impôts croissants, autant de choses dont seraient responsables les Creech.

Aussi haletant et spectaculaire que son prédécesseur, ce second tome de Search and Destroy installe la série d’Atsushi Kaneko au rang d’événement. La mise en scène se perpétue dans la radicalité et l’inventivité. Le lecteur est appelé à pénétrer dans un établissement érotique qui s’inspirerait de la série Westworld : aux accoutrements en latex et postures lascives se juxtaposent en effet des expériences en réalité augmentée où un futur évêque peut librement dépenser le denier du culte pour torturer des Creech. La mairie, corrompue et tentaculaire, est entourée d’un mystère qui ne cesse de s’épaissir. Et partout où posent les yeux Doro et Hyaku semblent régner le vice et la perdition.

« Si l’on en croit les Hu, les Creech sont dépourvus de cœur. Leurs émotions ne sont que le fruit de calculs, le résultat de simples algorithmes. » Comme une réponse lointaine, les androïdes organisent une révolte qui justifie le titre de la série. « Il faut traquer nos vrais ennemis, les débusquer, puis les détruire. » La valeur des uns et des autres apparaît de toute façon floue : Doro rêve de s’augmenter avec les prothèses mécaniques de Hyaku. Et cette dernière devient plus vulnérable à mesure qu’elle s’humanise. Ainsi, d’un point de vue purement utilitariste, Creech et Hu semblent s’équivaloir : un humain possède certes des émotions, mais il ressent en contrepartie la douleur, et surtout il ne peut compter sur des pièces de rechange pour rallonger artificiellement sa durée de vie.

Spectaculaire et violent, Search and Destroy n’en oublie pas pour autant de construire son propos : il dépeint un monde sépulcral, intéressé et ségrégationné. Un enfer terrestre dans lequel se fondent parfaitement deux protagonistes finement caractérisés : Doro et Hyaku, personnages-phares d’Osamu Tezuka à qui l’on découvre, avec grand plaisir, une seconde vie riche et passionnante.

Search and Destroy vol. 2, Atsushi Kaneko
Delcourt/Tonkam, juin 2021, 220 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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