Les Chemins de la haute ville, Simone Signoret au cœur d’un drame social et sentimental

Réalisé par Jack Clayton, Les Chemins de la haute ville reste dans les mémoires cinématographiques en France comme étant le film pour lequel une actrice française décrocha pour la première fois un Oscar. Il faut dire que le jeu extraordinaire de Simone Signoret donne au film une forte intensité dramatique.

Si on le regarde sous un certain angle, le protagoniste du film de Jack Clayton Les Chemins de la haute ville pourrait se décrire comme un Bel-Ami (plus ou moins) malgré lui.
Joe Lampton arrive à Warnley, ville industrielle britannique. Les pieds sur la banquette du train, il donne l’apparence d’un jeune homme décontracté. Mais derrière cette image se cache une colère inextinguible.
Cette colère est d’ordre social. Joe Lampton perçoit les injustices sociales comme une blessure personnelle. Issu d’un milieu ouvrier, ancien prisonnier de guerre, il arrive à Warnley dans l’optique de s’élever socialement. Comme si, dans son esprit, il s’agissait de laver un affront.
Or, Warnley est une ville où la hiérarchie sociale est très fortement marquée. Tout en haut de la pyramide sociale de la ville se trouve la famille Brown, qui associe la fortune à l’influence. Tout ce dont rêve Joe Lampton. Tout un idéal de réussite qui est symbolisé par un quartier, la Haute Ville, qui semble faire référence directement à la division urbaine dans le film de Fritz Lang Metropolis.
C’est là qu’intervient Susan Brown. La fille de la famille. L’héritière de la fortune. C’est là aussi que le comportement de Joe Lampton sera pour le moins ambigu. Qu’est-ce qui l’attire chez cette riche héritière ? Est-ce le joli minois ? Ou est-ce son statut d’héritière ? Avant même de la connaître, on voit que Joe est intéressé par elle lorsqu’elle monte dans une superbe et luxueuse voiture (les voitures joueront d’ailleurs un rôle important dans le film : symbole de réussite sociale, lieu de rencontre amoureuse, mais aussi instrument d’un final terrible). Du coup, la séduction que Lampton va entreprendre auprès de la jeune femme sera-t-elle sincère ou guidée par la volonté de s’élever socialement ?
Ce jeu de séduction prend une allure politique encore plus forte lorsque Lampton est confronté au prétendant officiel de Susan. Un prétendant “comme il faut”, c’est-à-dire riche. Un homme méprisant, qui ne cesse de rabaisser Lampton et d’exhiber des signes de réussite dont on ne sait pas trop s’il les a obtenus par sa valeur ou par son rang social.

Cette histoire de séduction liée à l’ambition sociale va encore se compliquer avec l’arrivée d’Alice Aisgill. Ancienne professeur française qui avait débarqué en ville dans le cadre d’un échange culturel, elle a épousé un homme riche. Depuis, Alice fait l’objet du mépris d’une bonne partie de la population de la petite ville, qui l’accuse de se jeter dans les bras du premier homme venu.
Si Joe se rapproche d’elle, c’est sans doute par le sentiment d’une communauté de destin. Comme lui, Alice n’est pas acceptée dans la bonne société de Warnley. D’un certain côté, elle représente même l’étape suivante : les illusions étant tombées, il ne lui reste plus que la résignation malheureuse. Or, Joe représente pour elle une sortie de cette vie d’ennui et de mépris. C’est la chance d’être aimée, véritablement aimée.

La principale qualité des Chemins de la haute ville, c’est son interprétation. Acteur (et réalisateur) trop oublié de nos jours, Laurence Harvey est ici formidable. Il sait développer toutes les nuances de son personnage, aussi bien le Rastignac cherchant à s’élever socialement, dévoré par une colère sociale ardente, que l’amoureux inconscient du drame qui se noue autour de lui. Car Lampton ne maîtrise strictement rien et se retrouve dépassé par les conséquences de ses actes. Un personnage qui se retrouve aussi confronté à ses propres ambiguïtés, à ses atermoiements. L’hésitation entre les deux femmes, c’est aussi le balancement entre ses ambitions sociales et ses sentiments, et son incapacité à choisir.
Face à lui, Simone Signoret nous rappelle qu’elle fut une des meilleures actrices de son époque. Elle intériorise entièrement le drame de son personnage, ce qui le rend d’autant plus intense. Elle joue à merveille un personnage de femme abandonnée qui se raccroche à cet amour comme à un dernier espoir. Pour ce rôle, Simone Signoret sera la première actrice française à décrocher un Oscar.

Les Chemins de la haute ville : bande annonce

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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