YouTube, téléréalité : l’envers du décor aux éditions Soleil

Les éditions Soleil publient simultanément deux albums aux parentés évidentes : « #Hashtagwar » et « Envers et contre tous ! » prennent le contrepied des images d’Épinal véhiculées par la télévision, les plateformes numériques et les réseaux sociaux.

Les séries Ioutubeurs et Le Monde à l’envers reposent sur des récits très courts (parfois un seul strip) et parodiques. Toutes deux cherchent à gratter le vernis dont se parent les émissions télévisées, les chaînes YouTube ou, plus largement, les réseaux sociaux. Les gags s’enchaînent, les masques tombent, mais des schèmes trop répétitifs et pas toujours des plus inspirés limitent l’intérêt des deux albums, et a fortiori de « #Hashtagwar ».

Ioutubeurs T01, #Hashtagwar

Sept Youtubeurs, une histoire par planche, découpée en sept ou huit cases, des rodomontades qui se retournent systématiquement contre ceux qui les expriment. C’est la formule immuable de Ioutubeurs, qui se penche sur une influenceuse mode, un apôtre du self-défense, un chef cuistot, une équipe prête à relever tous les défis ou encore une reine autoproclamée du yoga-fitness. Si l’on ne peut nier un plaisir contagieux à mettre à nu le revers des plateformes vidéo, l’album s’essouffle cependant vite, en s’appuyant sans cesse sur les mêmes ressorts comiques, à savoir les malheurs de Youtubeurs un peu trop sûrs d’eux. Sur le sujet, il y avait pourtant matière à aller plus loin, en offrant, pourquoi pas ?, un regard sociologique sur un phénomène de société qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Un autre problème réside dans le fait que tous les personnages d’« #Hashtagwar » demeurent parfaitement détestables. C’est un parti pris inhérent à l’exercice satirique, mais qui induit à terme une perte d’intérêt de la part du lecteur. Les péripéties se lisent alors avec un détachement complet envers les protagonistes, même si l’objectif consiste in fine à les tourner en dérision et à démontrer que leur popularité virtuelle repose le plus souvent… sur du vent. Le Yogikoa (le yoga pour monter des meubles Ikoa), les anglicismes insupportables, la vanité, la stupidité : tout cela contribue à caractériser des Youtubeurs déjà affublés de caractéristiques visant à les satiriser, telles des poitrines démesurées pour les influenceuses, une sœur prenant toujours le dessus sur lui pour Sean Norris (sic), une addiction aux réseaux sociaux pour la team défi ou encore une jalousie mal placée du chef Jean-Miche Muche envers son fils et commis.

Le Monde à l’envers T02 : Envers et contre tous !

À la base, il y a une chaîne YouTube affichant plus de 3,6 millions d’abonnés et intitulée Le Monde à l’envers. On s’y moque gentiment (ou pas, d’ailleurs) des émissions télévisées qui figurent à la programmation de TF1, M6 et consorts. Dans ce second tome du Monde à l’envers version BD, l’experte en relooking Cristina repeint des classiques de la peinture pour remettre leurs sujets au goût du jour. Elle lance du « Magnifaïk » à qui veut l’entendre et envoie même ses ouailles subir des opérations chirurgicales esthétiques pour mieux éblouir le monde environnant. Les rivalités puériles de Koko Lanta, les conseils d’éducation douteux de Super Taty, les notes cyniques d’Un dîner presque pas fait, les dérapages de C’est ton choix, les produits faussement miraculeux de TV Shopping, tout est passé au tamis critique et satirique.

On dépasse toutefois le stade purement télévisuel en se penchant également sur les vidéos YouTube, avec notamment ces petits films sur les chats censés apporter la gloire à ceux qui les publient. Les ratés de la chirurgie esthétique ou les tatouages (éternels) symbolisant un amour (éphémères) sont également évoqués dans l’album, toujours dans le même esprit caustique. Romain Pujol et Horne multiplient par ailleurs les clins d’œil : Shining, Hannibal Lecter, Charlie… Avec « Pawn Store », ils brodent autour des revendeurs : figurines sous blister, antiquités, arts… On y découvre les mauvais coups d’un père et ses deux fils, losers sacrés incapables de conclure une bonne affaire.

Plus variés, sur le fond comme sur la forme, et moins attendus que ceux d’« #Hashtagwar », les gags d’« Envers et contre tous ! » trouveront probablement plus facilement leur public. Les deux séries sont certes louables dans leur tentative de porter un regard critique sur des spectacles souvent affligeants, mais elles manquent malheureusement de profondeur et d’inventivité. À recommander essentiellement à un jeune public.

Ioutubeurs T01 : #Hashtagwar, Stéphane Louis et Ivan Bigarella
Soleil, mai 2021, 48 pages
Le Monde à l’envers T02 : Envers et contre tous !, Romain Pujol et Horne
Soleil, mai 2021, 48 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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