« Atlas historique de Rome » : ville, capitale, État, mythe

Rome est une ville en mouvement perpétuel. Pour en prendre la pleine mesure, cet atlas emploie une centaine de cartes, de plans ou d’infographies et retrace son évolution géohistorique.

Elle serait éternelle. C’est probablement par ses sédiments historiques, son aura culturel, son statut pontifical, son histoire rayonnante ou sa position de capitale italienne que Rome a acquis son immortalité. Centre névralgique d’un empire conquérant et vigoureux, objet de fascination pour des touristes ébahis devant tant de richesses architecturales, la ville fondée selon la légende par Romulus en 753 av. J.-C. méritait bien les attentions que lui portent aujourd’hui Aurélien Delpirou, Eleonora Canepari, Sylvain Parent et Emmanuelle Rosso.

Cet Atlas historique de Rome ne manque certainement pas de sujets : la prédestination du site, le mausolée d’Auguste, les conceptions de l’espace urbain, l’empreinte du fascisme ou encore la Rome du XXIe siècle. Celle qui est aujourd’hui érigée en ville paradoxale partagée entre le Vatican et l’Italie, entre le centre et ses périphéries tentaculaires ou entre le Nord et le Sud possède une histoire riche, plurielle, tout entière condensée dans sa démographie fluctuante. Il faut ainsi attendre le milieu du XXe siècle pour atteindre le volume démographique du IIe siècle apr. J.-C. ! Et ce n’est pas tout : entre 1870 et 1971, la population romaine se voit multipliée par 13, tandis que la superficie de l’espace urbanisé apparaît 50 fois plus importante ! La modernisation de cette ville-État-capitale est cependant longtemps restée inachevée, notamment en raison des conflits qui ont opposé l’État central et l’aristocratie chrétienne restée fidèle au Pape après l’absorption de Rome par les institutions italiennes.

Coincée entre les âges d’or de l’Antiquité et la Renaissance, la Rome médiévale voit circuler à son sujet toutes sortes de raccourcis. L’atlas les met à mal en rappelant notamment que l’appareil institutionnel se modernise sous la Commune, que la ville pontificale continue de rayonner à travers le monde chrétien et que le tissu urbain se transforme graduellement, même si les preuves en attestant demeurent chiches. Des travaux urbains d’ampleur ont ensuite eu lieu sous le patronage des pontifes, confortant Rome en tant que centre de la catholicité, mais aussi que capitale mondiale de la culture et du baroque (un langage artistique alors révolutionnaire). Le Rome moderne est par ailleurs une ville cosmopolite, où fourmillent les étrangers et les visiteurs, une capitale vivante et ouverte – rattachée au Royaume d’Italie au XIXe siècle.

Durant leurs pérégrinations géohistoriques, les auteurs se penchent sur le développement de l’arrière-pays romain, sur le Forum plurifonctionnel, sur l’ancrage des Dieux dans l’Urbs ou encore sur la dimension urbaine enrichie par les magistrats et les empereurs. Ils rappellent que des travaux d’assainissement ont été exigés par les rois au VIe siècle av. J.-C., que le Colisée, amphithéâtre en pierre, a symbolisé l’avant-garde et la puissance de la ville, un peu à l’instar du théâtre de Pompée.

Rome n’a en fait jamais cessé d’évoluer et de grandir, sans jamais annihiler les traces de son passé, qu’il soit royal, impérial ou républicain. Si 96 pages ne suffisent pas à résumer l’épopée romaine (l’ouvrage n’en a pas la prétention), elles font néanmoins la démonstration d’un espace changeant, aux statuts cumulatifs, durablement associé aux arts et à la culture, incarnant à la fois une religion et un État. Rome est tout cela à la fois, et bien davantage encore.

Atlas historique de Rome, Aurélien Delpirou, Eleonora Canepari, Sylvain Parent et Emmanuelle Rosso
Autrement, mai 2021, 96 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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