Neuf anecdotes sur Claude Chabrol

Sur Claude Chabrol, on sait déjà presque tout : ses années aux Cahiers du cinéma, son admiration pour Alfred Hitchcock, Fritz Lang ou Jean Renoir, son humour grinçant, son côté bon vivant, sa position en vue au sein de la Nouvelle vague, ses polars célèbres, son amour des livres… Plutôt que retracer une énième fois son parcours, on a décidé d’aborder ce grand nom du cinéma français à la marge, à travers quelques anecdotes rapportées lors de ses apparitions télévisées.

1/ Il sélectionne ses lieux de tournage en fonction de leurs ressources gastronomiques. En février 1973, interrogé lors du tournage du film Les Noces rouges, Claude Chabrol explique ce qui motive le choix de ses lieux de tournage. « On est une équipe, quand même, d’une trentaine de personnes qui travaillent beaucoup, et si on leur donne des saloperies à bouffer, il est bien certain qu’ils ne seront pas contents. » Ainsi, quand plusieurs villes sont candidates pour accueillir son staff, le metteur en scène avoue sélectionner celle qui affiche les meilleurs atouts gastronomiques.

2/ Il se moque des bourgeois, mais admet en faire partie. En 1987, dans l’émission Mardi Cinéma, sur Antenne 2, Claude Chabrol est interrogé par Ghislaine Ottenheimer et Daniel Ceccaldi. Il décrit les bourgeois, qu’il a souvent esquintés dans ses films, comme des individus ennuyeux et vaguement pathétiques. Il ne cherche toutefois aucunement à nier son appartenance à ce groupe social, dont il admet d’ailleurs endosser le look de notable de province. Un peu d’autodérision ?

3/ Selon Claude Chabrol, le film policier place le spectateur dans la position d’un enfant. « Le grand plaisir que les adultes éprouvent à l’histoire policière, c’est que, comme les enfants, ils n’en connaissent pas la fin. » En avril 1986, à Cognac, dans le cadre du festival du film policier, Claude Chabrol explique que le polar n’est autre qu’un conte pour adultes. C’est selon lui le meilleur genre pour ne pas ennuyer les spectateurs et les surprendre. L’émerveillement ressenti devant le dénouement d’une intrigue policière aurait dès lors quelque chose de profondément enfantin.

4/ Il regrette certaines dérives liées aux effets spéciaux. Dans un entretien diffusé en mai 2010 dans l’émission Gilles Jacob, l’arpenteur de la croisette, Claude Chabrol livre son opinion sur les effets spéciaux : « Pendant très longtemps, les effets spéciaux ont consisté (…) à la déliquescence des corps. (…) On avait tendance à faire disparaître la matière. » S’il se garde de les juger inutiles, le réalisateur français leur reproche cependant d’être trop souvent employés de manière à empêcher toute réflexion, le spectacle prenant le pas sur le propos. « C’est sensation sur sensation pour empêcher de réfléchir. »

5/ Il met l’incapacité à faire des films engagés sur le compte d’une censure à la française. En octobre 1966, Claude Chabrol rencontre le polémiste Jean-François Revel, qui reproche aux cinéastes de la Nouvelle vague de ne pas traiter à l’écran les grands enjeux sociétaux de leur époque. Claude Chabrol l’explique par une forme de censure, arguant qu’il est plus aisé en France de montrer des scènes de violence ou de nudité que d’évoquer la bombe atomique ou de faire un long métrage comme Citizen Kane. Le jeune cinéma français serait ainsi, selon lui, poussé à « des sujets plus intemporels et plus privés ».

6/ Il décrit la Nouvelle vague dans l’émission Matin bonheur, en octobre 1987. « L’intrigue était moins importante que les personnages », il y avait « des pellicules plus rapides » et « des caméras plus légères », mais aussi « un ton un peu particulier ». On le comprend en écoutant Claude Chabrol, les cinéastes de la Nouvelle vague ont employé les nouveaux dispositifs techniques avant tout pour des raisons économiques. « On n’avait pas beaucoup d’argent », admet-il. Mais ce qu’il retient surtout de cette époque, c’est la fin du corporatisme, puisqu’un « grand élan » a vu des dizaines de néo-réalisateurs émerger en quelques années.

7/ Dans la même émission, Claude Chabrol revient sur son enfance… Il la décrit comme stricte, mais précise toutefois avoir vécu quatre années avec sa grand-mère, entre 1940 et 1944, durant lesquelles il jouissait d’une latitude inespérée et suivait, en dilettante, des études par correspondance. Son père, pharmacien à Paris, aurait souhaité qu’il marche dans ses pas, mais le jeune Chabrol, qui a tenté la pharmacologie, n’excellait apparemment que dans la préparation… des suppositoires.

8/ … et sur Jean-Marie Le Pen. Il a côtoyé l’ancien président du Front national durant ses études de droit. « Je suis assez fier d’avoir connu pendant ce temps-là Jean-Marie Le Pen », annonce-t-il sans sourciller. Avant d’ajouter, avec une pointe d’ironie : « Je l’ai connu comme un fout-la-merde absolument terrible, alors ça m’amuse maintenant de le voir gardien de l’ordre. »

9/ Pour Chabrol, « le nanar est un genre en soi ». D’ailleurs, il explique à Philippe Lefait, dans l’émission Des mots de minuit, en mai 2001, que certains de ses films, comme les Tigres, « sont conçus comme nanars au moment de la conception ». Il différencie d’ailleurs le nanar assumé et le navet inopportun. À ses yeux, sa seule véritable erreur est La Décade prodigieuse, qu’il aurait aimé de meilleure facture.

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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