John Tanner de retour chez Glénat

John Tanner est un Américain kidnappé par deux Indiens Ojibwé et élevé dans une tribu de la région des Grands Lacs. Après un premier album prometteur, Christian Perrissin et Boro Pavlovic se réunissent à nouveau pour raconter la suite de ses (més)aventures.

John Tanner avait à peine neuf ans quand des Indiens l’ont kidnappé près de la rivière Ohio. Ses ravisseurs l’emmènent loin du taudis familial au cours d’un long périple où il sera humilié, mis à mal et affamé. C’est en arrivant dans un village Ojibwé qu’il va comprendre le sens de ce rapt : il doit remplacer un fils indigène disparu. Bientôt renommé Shawshaw-a-Benase, il va vivre trente années chez les Indiens, deviendra un chasseur, un soldat, puis un médiateur culturel. C’est le docteur Edwin James, qui a rencontré John Tanner tandis qu’il servait dans un avant-poste de la frontière nord, qui nous a fait parvenir son incroyable et douloureuse histoire. Le jeune chirurgien militaire s’est passionné pour ce Blanc déraciné ayant épousé les coutumes et le mode de vie des Indiens.

Le premier tome de John Tanner posait les jalons de ce récit. Boro Pavlovic y faisait déjà montre de ses talents de dessinateur en magnifiant les paysages de l’Amérique du XVIIIe siècle. Cette suite s’inscrit dans la même veine, puisque dès les premières planches, le lecteur peut admirer les contrées enneigées que traversent Shawshaw-a-Benase, son frère Wamegonabiew ou encore leur mère Netnokwa, à la recherche de Peshauba. Ils ont faim et sont à cran. Les éléments, parfaitement restitués, exigent d’eux qu’ils redoublent d’efforts pour parvenir à leurs fins. Ils vont arpenter pendant des mois le territoire américain avant d’arriver à bon port. Cette première partie d’album s’appuie sur plusieurs éléments : la rivalité entre Shawshaw-a-Benase et Wamegonabiew sur fond de dissonance culturelle ; l’initiation à la chasse ; l’adoption de Skwashish, une enfant Atsina qui était entre les mains des Crees (et obtenue après un échange de faveurs sexuelles).

Il n’existe pas vraiment de fil conducteur dans Le chasseur des hautes plaines de la Saskatchewan. John Tanner poursuit son périple parmi les Indiens, se lie d’amitié avec Skwashish (qui deviendra sa femme après qu’il a couché avec elle et qu’ils ont été démasqués par la tribu) et fait la guerre aux Sioux avec les Ottawa et les Crees. Ce conflit est d’ailleurs l’occasion pour Boro Pavlovic de livrer quelques planches moins dialoguées, où l’émotion et le spectacle passent essentiellement par le dessin. Le point de vue de John Tanner – rappelons que c’est lui le narrateur de l’histoire – permet aux concepteurs de la bande dessinée de lever le voile sur le monde indien : le commerce d’alcool et de peaux, les croyances (le Roi des vents, le tonnerre qui serait la voix des esprits, etc.), le racisme envers les Peaux-rouges (vus comme des sauvages et/ou des voleurs), la valeur des bijoux…

Le chasseur des hautes plaines de la Saskatchewan se distingue par une double immersion : dans la vie de John Tanner mais aussi à travers les différentes tribus indiennes qu’il croise et côtoie. Graphiquement superbe, l’album accorde une large place aux décors naturels, souvent majestueux, et n’oublie jamais d’explorer la psychologie des différents personnages ni leur mode de vie.

John Tanner – Le chasseur des hautes plaines de la Saskatchewan, Christian Perrissin et Boro Pavlovic
Glénat, février 2021, 88 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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