Le capital au XXIème siècle : les clés pour comprendre le modèle capitaliste

Réalisé par Justin Pemberton et Thomas Piketty, d’après le best-seller éponyme de Thomas Piketty, Le Capital au XXIème siècle est un documentaire très prenant qui répond aux questions qu’on n’avait pas osé se poser… A savoir, ce que rapportent respectivement les valeurs travail et capital, qui gagne le match et surtout, les perdants sont-ils les générations futures ? Sortie DVD en octobre 2020.

Un cours d’économie en mode divertissement 

La première force du Capital au XXIème siècle est son accessibilité à tous. Un documentaire d’économie peut rapidement tomber dans l’écueil de n’être réservé qu’aux spécialistes du propos, or le montage dynamique permet ici à n’importe qui de se sentir immergé dans le film. La clarté des explications, la simplicité parlante des faits choisis, qui demeurent pointus, jouent aussi dans l’addition. Les morceaux musicaux, souvent dénoncés, répondent parfaitement aux idées défendues par l’économiste Thomas Piketty et accentuent la véracité du contexte socio-économique actuel. A défaut de se reconnaitre dans les paroles traduites, le spectateur se reconnaîtra dans tel ou tel fait énoncé, tout simplement parce que le travail d’étude de Thomas Piketty est très complet. Au final, le découpage et la progression du film de Justin Pemberton font que les deux heures passent rapidement, sans donner au spectateur l’impression d’être noyé sous les informations, distillées avec pertinence.

Des informations qui s’assemblent 

En plus de nous fournir des données pertinentes qu’on ignorait (historiques, sociologiques, psychologiques, financières, économiques, etc.), l’un des points forts du Capital au XXIème siècle est de nous rappeler bien des choses qu’on a oubliées – ou serait-ce du refoulement ? – et de les remettre dans leur contexte, de les assembler dans un ordre qui éclaire l’équation.
Le film devrait être à voir par tous : pour comprendre notre société, son évolution et son histoire. Mais aussi pour comprendre comment fonctionne le modèle socioéconomique actuel, à savoir le capitalisme, pourquoi il s’est imposé, d’où il est parti et quelles évolutions il est en train de connaître aujourd’hui. Pour comprendre aussi que le capitalisme se fonde sur le capital, allié à l’utilisation du travail, et que si le nom de ce modèle n’est pas « travaillisme », il y a une raison. Thomas Piketty, épaulé d’autres spécialistes, donne de précieuses informations sur la valeur du capital, sa passation, ses potentialités, mais aussi sur le rôle qu’il joue dans notre société en déclin…
A l’heure où le capitalisme est sans cesse remis en question au profit de l’écologie, d’une volonté de retour en arrière et de décroissance, l’économiste interroge l’avenir de notre société si nous ne changeons pas et que ce modèle perdure.

Une volonté de changer les choses ? 

Le Capital au XXIème siècle dénonce autant qu’il informe, et ce qu’il est pertinent de constater est que, si nombre des dérives montrées à l’écran sont le fait d’entreprises et de multinationales contre lesquelles le travailleur lambda ne peut a priori rien – et c’est à nuancer -, un grand nombre de comportements capitalistes sont aussi le seul fait du consommateur, perdu dans un modèle consumériste qu’il ne remet pas suffisamment en question. L’économiste nous apprend aussi que lorsque la situation économique se dégrade, l’Histoire se répète : la montée actuelle du racisme serait due aux difficultés économiques, car à défaut d’accuser les multinationales responsables, le travailleur accuse l’étranger. C’est alors à nous qu’il incombe de changer les choses en commençant par se changer soi-même, pour qui sait, également faire changer les entreprises et la société ?
Dans les salles obscures dès le mois de juin, le documentaire vient de sortir en DVD, à un moment qui semble opportun, en ces temps troublés par la Covid-19, avec confinement, restrictions, couvre-feu. Alors qu’on a loué les bienfaits écologiques du confinement, qu’on a exhorté aux plaisirs simples, qu’on s’est indigné contre le tourisme de masse, pourquoi ne pas profiter de cette occasion donnée par la nature de remettre en question un modèle qui a fait son temps et qui – comme le démontre brillamment Thomas Piketty – court à sa perte ?

Après un best-seller, l’œuvre de Thomas Piketty poursuit sa course effrénée et bien utile en passant cette fois sur l’écran. Ce documentaire prenant devrait être vu par le plus grand nombre, et l’on se félicite de son succès, en particulier au vu du contexte actuel. Reste à espérer que les informations précieuses de l’économiste passent la frontière du divertissement et induisent une évolution comportementale positive. En tous cas, ce film ne sera gâché pour personne : tout le monde gagne à en apprendre plus sur le capital-isme. 

Le Capital au XXIème siècle : bande-annonce

Fiche technique :

Réalisateur : Justin Pemberton
Scénaristes : Justin Pemberton, Matthew Metcalfe, Thomas Piketty
D’après le livre : Le Capital au XXIème siècle, Thomas Piketty, éditions du Seuil, paru en 2013
Montage : Sandie Bompar
Sortie : 2020
Pays : France, Nouvelle-Zélande
Version originale : anglais, français
Genre : documentaire, économie
Durée : 103 minutes

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

Le Cuirassé Potemkine (1925), de Sergueï Eisenstein : de la propagande au firmament du septième art

Le talent d’Eisenstein fut initialement mis au service de la machine propagandiste soviétique. Un siècle plus tard, le temps a débarrassé ce film de toute la dimension polémique attachée au régime criminel. Ne reste aujourd’hui plus que la substantifique moelle du génie de son metteur en scène.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.