Que valent les séries I May Destroy you, Perry Mason (2020) ?

Qu’est-il arrivé à Arabella, protagoniste de I may destroy you ? Et que faisait Perry Mason avant d’être l’avocat le plus célèbre du petit écran ? Si ce mois de juin nous a proposé relativement peu de nouvelles séries, ces deux pilotes nous entraînent dans des univers de qualité.

I May Destroy You : Rape, Drugs and more

Michaela Coel, l’actrice et showrunneuse de Chewing-gum, revient sur HBO (et OCS en France) avec I May Destroy You. Une série dramatique qui n’est pas à juger par son pilote car même le trailer vous en dévoilera plus. Arabella, interprétée par Michaela, est une jeune auteure londonienne nouvellement connue, qui revient d’un voyage en Italie, et censée rendre un travail le lendemain à ses éditeurs. En manque d’inspiration, elle se tente plutôt à faire la tournée des bars avec ses amis, avant d’écrire. Le lendemain, blackout total. Seule une cicatrice et des hématomes lui rappellent qu’elle s’est fait droguer et violer la veille.

Un premier épisode très troublant, qui passe l’événement dramatique principal, en se concentrant exclusivement sur le point de vue de l’héroïne. A la place, l’épisode est focalisé sur ce personnage féminin marginal et libre, mais aussi totalement désarmé face à une telle agression.

Et la maîtrise de la série dans cette mise en scène toujours subjective. A coup de flashbacks très rapides, les souvenirs imprécis d’Arabella font réaliser au spectateur la complexité d’être “victime” d’un trauma dont on n’a aucun souvenirs. Un ton très naturel, parfois ironique, sur ce processus de réalisation de l’agression, qui passe au début par le déni, la sous-estimation du drame, avant d’entrer dans l’acceptation et la prise de parole.

I May Destroy You n’est pas qu’une dramédie. Elle est d’autant plus puissante qu’elle s’inspire du vécu réel de sa réalisatrice. La série agit comme catharsis pour sa réalisatrice mais aussi de témoignage plus fidèle qui résonnera, malheureusement, aussi pour d’autres femmes ayant vécu la même situation.

Céline Lacroix

5

Perry Mason

Pour les connaisseurs de séries américaines, Perry Mason est un nom légendaire, le plus célèbre avocat du petit écran. Pendant des années, d’abord dans les années 50-60, puis dans les années 80, il a dirigé des enquêtes pour innocenter ses clients lors d’épisodes qui étaient autant de suspenses judiciaires.

L’idée de faire un prequel à ces séries, racontant l’origine de Perry Mason, pouvait laisser sceptique. Et pourtant, ce pilote est très convaincant, puisqu’il ne tente pas d’imiter la série originale, mais s’en éloigne fortement, déjouant ainsi les pièges habituels des prequels.

D’abord par le genre. Nous ne sommes pas ici dans un suspense judiciaire, mais dans un film noir. Nous voici plongés dans l’Amérique de la Grande Crise du début des années 30, un monde violent et volontiers immoral. Or, il va être vite question de moralité dans cet épisode.

Et c’est là l’autre différence majeure avec la série. L’avocat vertueux est ici un détective privé, surtout privé de scrupules. Un de ces fouille-poubelles qui n’hésitent pas à traquer les adultères. Au début de l’épisode, il suit un acteur célèbre de l’ère muette, alors que le studio avec lequel il a un contrat ne cherche qu’une petite excuse pour faire jouer la clause d’immoralité et rompre leur collaboration.

La question de la moralité des personnages va avoir de l’importance, et visiblement, Perry Mason n’est pas un exemple de bonne tenue morale. Le personnage a tout du loser : solitaire, ruiné, volontiers violent, apparemment viré de l’armée après avoir fait la Première Guerre mondiale…

Mais voilà que se présente une enquête qui sort de l’ordinaire. Un kidnapping qui tourne mal, le couple Dodson qui perd et son argent, et son enfant, retrouvé mort avec les paupières cousues…

On pourrait reprocher à ce pilote d’insister un peu trop sur le glauque, et ce serait bien le seul reproche à lui faire. Pour le reste, la reconstitution est passionnante, l’ambiance est très sombre, le casting est excellent, avec quelques seconds rôles prestigieux : John Lithgow, Robert Patrick…

Un pilote qui donne fortement envie de voir la suite.

https://www.youtube.com/watch?v=CHGgmL0g0O0

3.5

Hervé Aubert

 

Festival

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