L’Étrange Festival 2019 : Une ouverture prestigieuse pour ce 25e anniversaire

Pour son 25e anniversaire l’Étrange Festival, qui se déroule du 4 au 15 septembre au Forum des Images, s’entoure d’une de ses programmations les plus riches et ambitieuses offrant moult premières françaises ainsi que pas moins de 25 cartes blanches laissées à des invités de renom. Ici le focus sera mis sur une compétition internationale alléchante qui démarre avec Nekrotonic, une invasion démoniaque totalement barrée et Bliss, une œuvre sur l’errance psycho-trash d’une artiste en quête d’inspiration.

Cette année L’Étrange Festival s’ouvre de la plus belle des manières en rendant un touchant hommage à Rosto, un artiste visionnaire qui nous a malheureusement quittés en mars dernier, et en s’offrant même la présence d’une Monica Bellucci radieuse qui vient présenter son nouveau film en ouverture. Elle qui sera encore là le vendredi 6 septembre pour présenter avec Gaspar Noé un nouveau montage du culte Irréversible. De quoi se lancer dans la programmation du festival de la meilleure manière qui soit.

Reruns, Rosto, 2018 :

Tout commence avec Reruns, le dernier film de Rosto. Un saisissant court métrage qui conclut la Thee Wreckers Tetralogy, une série de court métrages basés sur le groupe musical de l’artiste, et prend l’allure d’un rêve aussi fascinant que morbide où se mêle une étonnante réflexion sur la mort. Rosto ne se sachant pas malade lors de sa création, l’ensemble prend étrangement la forme d’une œuvre testamentaire où l’artiste confronte ses peurs dans un ensemble où s’entremêlent ses souvenirs comme un témoin impuissant de sa vie qui se déroule devant ses yeux. Le tout est surtout mis en scène de manière formidable par des explorations techniques proches de ce que l’on voit habituellement dans les clips, qui imposent une forme éclatée et virtuose qui transpire d’idées plus originales les unes que les autres. Un voyage de l’esprit poétique, somptueux et sombre.

Nekrotonic, Kiah Roache-Turner, 2019 :

Premier film de la compétition internationale, Nekrotonic est un délire XXL à base de démons et d’applications de téléphones qui servent de moyens de possessions. Se retrouve mêlé à tout ça un chasseur de démons amateur et un peu crétin qui pourrait bien être l’Élu capable d’empêcher les démons d’anéantir le monde. Tout un programme pour film qui jongle entre la dérision volontaire et la stupidité imprévue, ce qui en fait un spectacle étonnamment divertissant.

Avec son ton volontairement décalé, Nekrotonic arrive à offrir quelques jolies tranches d’humour, surtout quand cela est emmené par une Monica Bellucci en roue libre et qui régale de par sa dérision. On ne peut finalement rien prendre au sérieux avec ce scénario qui n’arrive jamais à expliquer ou poser correctement son univers et aligne les séquences les plus invraisemblables les unes que les autres. Aucune règle ne semble animer le film de Kiah Roache-Turner qui part donc un peu trop dans un chaos excessif et vite éreintant. Certaines longueurs s’accumulent et on se retrouve face à un récit très classique qui ne surprendra guère les amateurs du cinéma bis et plus précisément des séries Z qui tâchent. C’est ce qu’est totalement Nekrotonic, qui ne dépassera jamais cela surtout avec sa production plutôt cheap et une réalisation tout ce qu’il y a de plus sommaire. De quoi rire un bon coup entre potes devant ce gentil nanar mais ce ne sera pas non plus le ténor en son genre.

Bliss, Joe Begos, 2019 :

Alors qu’elle est en pleine impasse créative, Dezzy va s’enfoncer dans les méandres de la nuit et du Bliss, une nouvelle drogue, pour retrouver son inspiration, et elle se précipitera dans une descente aux enfers destructrice. Très inspiré des films psychédéliques des années 70, Bliss est une expérience sensorielle audacieuse mais aussi un film qui ne parvient pas à s’extirper de ses codes.

Combien de films ont utilisé l’acte de création comme moyen de destruction de l’artiste ? Beaucoup trop, et ici Bliss ne parvient jamais à sortir des sentiers battus même s’il tente désespérément un virage plus fantastique dans sa deuxième partie. Le film perd finalement peu à peu en intérêt alors qu’il plonge dans la virée sanguinolente à la lisière du film de vampires, là où sa première demi-heure plus épurée et onirique offraient pourtant des explorations visuelles plus intéressantes notamment dans ses atours d’un érotisme électrisant. Malheureusement Joe Begos ne tient pas vraiment sa barque et son film glisse doucement vers l’inconséquence avant de s’y engouffrer totalement dans un final attendu. Reste que Bliss est superbement shooté avec sa photographie granuleuse permise par le sublime 16mm transporté par une mise en scène ingénieuse dans ses trouvailles esthétiques. Une somptueuse coquille qui sonne malheureusement un peu vide.

Nekrotonic et Bliss seront respectivement rediffusés le 11 septembre à 22h et le 14 septembre à 22h15 au Forum des Images et tandis que ce premier article touche à sa fin, l’Étrange Festival ne fait que commencer et nous continuerons à vous fournir nos avis sur le plus de films possibles présents dans cette sélection.

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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