Cannes 2019 : Les Siffleurs, de Corneliu Porumboiu, film noir moderne mais sans saveur

Face aux mastodontes présents cette année dans une Compétition tout bonnement exceptionnelle, certains films plus mineurs peinent à trouver leur place. Pire, souffrant de la comparaison avec la concurrence, ils font même pâle figure. C’est le cas de Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu, film noir moderne venu de Roumanie qui s’avère être un divertissement référencé correct, mais jamais à la hauteur de sa sélection.

Les Siffleurs est une proposition frustrante car dotée d’un énorme potentiel, mais qui l’exploite malheureusement sans inspiration. Premièrement, le film a du mal à démarrer, souffrant d’une exposition laborieuse malgré une séquence d’espionnage de scène d’amour assez drôle. Les enjeux manquent de clarté, les personnages sont un peu vite introduits. Heureusement, passé le premier tiers, le divertissement prend le dessus et l’on peut réellement prendre plaisir à suivre ce film noir aux multiples retournements scénaristiques.

Car comme tout film noir et d’espionnage qui se respecte, l’intérêt de l’écriture est de perdre le spectateur parmi les mensonges et les trahisons qui s’enchaînent. On ne sait jamais vraiment qui est avec qui, qui est une taupe, qui veut quoi et pourquoi. Le suspense fonctionne assez correctement, même si l’on a du mal in fine à s’impliquer dans les motivations du moindre personnage, étant tous plus ou moins antipathiques, et le protagoniste franchement apathique pour le coup.

Vlad Ivanov, sorte de croisement entre Michael Keaton et Laurent Baffie, sans le charisme du premier ni la vivacité d’esprit du second (indéniablement) est assez irritant. Sans émotion, monotone dans son jeu, l’acteur se contente de froncer les sourcils pour signifier qu’il ne comprend pas les situations et paraît toujours subir les scènes (sans que ce soit justifié par l’intrigue). La réalisation ne l’aide pas franchement non plus à donner de la personnalité à l’ensemble, tant celle-ci est plate et convenue. Le final, certes assez réussi esthétiquement, demeure lui aussi anecdotique.

Il y a tout de même des choses à sauver dans Les Siffleurs, notamment le malin plaisir que le réalisateur prend à insérer des références cinématographiques volontairement lourdingues pour mieux les détourner (un remake de la scène de la douche de Psychose, très drôle ; un extrait de La Prisonnière du Désert, où les sifflements des Indiens font écho à ceux du gang du film ; la femme fatale appelée Gilda, en référence au film éponyme de Charles Vidor ; etc.). On sent que le cinéaste roumain est un cinéphile averti mais conscient des risques de la citation gratuite. Sur ce point, c’est intelligent. Ceci dit tout le film dans son ensemble procède avec intelligence pour faire surgir des purs moments de comédie au milieu d’une intrigue violente et grave.

Réinventant à sa manière le film noir en lui apportant une chaleur latine bienvenue (des Roumains, des Espagnols, des Italiens, un bonheur pour les oreilles), Les Siffleurs ne parvient jamais à décoller et reste coincé dans les starting blocs du divertissement satisfaisant sur le moment, mais oublié aussitôt la projection terminée. Un film pas mauvais, mais pris au piège d’une Compétition acharnée cette année. À voir un dimanche soir sur son canapé, pour un moment agréable.

Synopsis : Cristi, un policier roumain, arrive sur l’île de La Gomera dans les Canaries. Ici l’attend Gilda, la femme dont il est amoureux. Il doit aider Zsolt à s’évader de prison, qui est le seul à savoir où sont cachés les 42 millions d’euros qui appartiennent à Paco, un mafieux mexicain S’ils ne trouvent pas cet argent, Paco les tuera tous.

Le film La Gomera (Les Siffleurs), de Corneliu Porumboiu est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Titre original The Whistlers
Scénariste : Corneliu Porumboiu
Avec Vlad Ivanov, Catrinel Marlon, Rodica Lazar…
Genre(s) : Fiction, Comédie, Policier
Date de sortie Prochainement (1h 37min)
Distributeur Diaphana Distribution
Nationalité : Minoritaire français (Roumanie, France, Allemagne)

Note des lecteurs0 Note
2.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Jules Chambry
Jules Chambry
Cinéphile compulsif enfermé dans le cinéma d'antan, passionné de mélos des années 30, de comédies italiennes et de westerns de l'âge d'or. Mes influences vont de John Ford à Fellini, en passant par Ozu, Tati, Pasolini ou encore Capra. J'écris des articles trop longs.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.