Colère sur pellicule : Steve, la petite tornade de Mommy

Mommy est un film de sensations, d’émotions à l’état brut. Xavier Dolan parvient à détruire puis reconstruire sans arrêt la vie de ses personnages, notamment en faisant de Steve une tornade qui déteint par sa colère sur la mise en scène, la musique et le cadre.

Au bord de la crise de nerfs

Avec Mommy, Xavier Dolan parvient à mettre en scène des états émotionnels, bercés par le son des cris(es) et de la musique. En effet, à elle seule la musique vient traduire l’état de Steve. Au-delà de cet aspect musical, le travail sur le langage est dès le début présent, comme un choc pour les oreilles de ce film qui se déroule comme un cri. Dès que l’on rencontre Steve, ou plutôt l’entend-t-on, il accroche nos oreilles par un vocabulaire fleuri. Et c’est sa mère qui le défend.  La voix de Steve débarque, dans le talkie-walkie de la directrice du centre où il était jusqu’ici pensionnaire. Il gueule, il insulte. Die ( sa mère, au prénom prémonitoire ?) conclut « je suis ravie de voir que vous avez enrichi son vocabulaire ». Dès lors, le ton est donné, ici on s’affronte au corps à corps, aux mots, aux gros mots même, dans un seul souffle, sans temps mort. Pourtant, Dolan sait aussi observer ses personnages, les laisser respirer et nous laisser entrevoir le calme avant la tempête. Ainsi, pour tempérer le couple mère-fils explosif, Dolan ajoute le personnage de Kyla, douce en apparence, apaisante, cependant tout aussi en colère, mais une colère rentrée, non dévoilée. Le trio déploie en quelque sorte toutes les nuances possibles de la colère telle qu’elle s’incarne à l’écran. Mais Steve s’engage plus avant dans cette colère car elle l’envahit, quitte à prendre toute la place, à l’étouffer. Pour autant, chez lui la colère est aussi une révolte. Il ne laisse ainsi pas passer les hypocrisies du quotidien ou ses humiliations, elles lui font plus de mal à lui qu’à n’importe qui d’autre.

Je suis heureux que ma mère soit vivante

Le montage du film épouse les crises dont est victime Steve. Ce dernier va, dans un moment ambigu entre colère et apaisement, jusqu’à élargir le cadre de l’image proposée au spectateur. Comme si ses émotions interagissaient directement avec la caméra. Souvent, la révolte d’un personnage est suivie, caméra à l’épaule, au plus près du corps, mais ici c’est Steve qui prend le contrôle du film.  La caméra de Dolan prend le temps de décortiquer le soleil, les routes, ses personnages, en douceur, de ralentir parfois avant de s’élancer dans des scènes-crises. Véritables moments paroxystiques, ces scènes sont un nirvana émotionnel pour le spectateur. Que Steve soit épris de liberté ou de violence, il laisse les terres et les êtres en jachères. L’instant d’après, il réclame l’amour, offre sa protection. Nous ne sommes donc pas face à un personnage unicolore, mais devant un arc-en-ciel d’émotions qui virent souvent à l’orage. Ainsi, alors qu’il nous bouleverse en interprétant « Vivo per lei » de sa voix frêle, avec son visage d’ange, Steve nous glace l’instant d’après en détruisant à nouveau un champ de ruines.

Avec Mommy, Xavier Dolan signe un de ses films les plus bluffants de maîtrise, laissant un peu de côté ses problèmes de rythme et de narcissisme, pour donner à voir une déclaration d’amour déchirante. Bien sûr, cette déclaration est très bancale, instable. Mais elle sait montrer que la colère n’est pas un état permanent, qu’elle est aussi, et surtout, une barrière contre le conformisme. La colère au cinéma peut donc être un acte de résistance, une volonté, même avortée, de construire son propre univers, loin des attentes de la société. Le film devient alors une poésie, un manifeste, celui des révoltés, des enfants qui aiment leurs mères, mais peinent à savoir comment c’est possible d’aimer autant, de partir, de revenir et d’être au final tous les deux pris dans « le tourbillon de la vie ».

Mommy : Bande annonce

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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