Still the Water, un film de Naomi Kawase : Critique

Dès les premiers plans du film Still the Water, on est submergé par la beauté des paysages japonais : les hautes montagnes embrassant des cieux azurés, des vagues déferlants sur les récifs…

 L’île d’Anami, la Nature nippone sublimée 

On est frappé par tous ses détails, et même tous ses bruits. Tous les bruissements de feuilles, les sifflements de vents imperceptibles à l’oreille sont passés au zoom de la caméra de Kawase. Elle sait faire également ressortir le pire de la Nature, jusqu’à la personnifier en monstre dévastateur avec ses immenses et violentes bourrasques de vent. Un film totalement en harmonie avec son milieu atypique, l’île d’Anami dont des parents de la réalisatrice, sont originaires.

Fenêtre de l’âme et de l’homme 

Alors qu’un corps est découvert dès les premières minutes, accident ou meurtre, on se détache rapidement de cette intrigue pour se plonger de manière subtile et naturelle dans le cœur de l’histoire : le quotidien de deux jeunes amis, Kaito et Kyoko. Le premier souffre de la totale absence de sa mère, lui reprochant d’être avec d’autres hommes que son père et n’acceptant pas leur séparation. Kyoto, elle, doit faire face à sa mère mourante du cancer.

Ces deux jeunes acteurs, Nijirô Murakami et Jun Yoshinaga, interprètent en symbiose les premiers émois amoureux. Chacun jouent de manière juste, l’acceptation de leurs sentiments respectifs, encore trop timides. Ils finiront par faire la découverte du désir sensuelle au milieu de cette nature inviolable.

S’accepter, pour mieux aimer 

Plus en profondeur, le film aborde le deuil à travers un parcours lent et paisible vers la mort de la mère. Sous l’imposant banian (figuier d’Asie) de 500 ans, on partage la douleur de Kyoko face au passage dans l’au-delà de sa mère, montré de manière si douce, que la mort en serait presque heureuse. Des rites, des danses et des chants initiatiques nous bercent dans cette latente agonie.

Alors que Kaito, jusque-là très renfermé et mystérieux, devient impulsif en même temps que le typhon. Il s’expose et fait face aux non-dits avec sa mère, pour enfin démêler ses problèmes et accepter ses sentiments refoulés. De manière authentique, on apprend beaucoup de la sagesse de ce peuple à travers le personnage du « Papi Tortue » qui sert de guide dans ce conte de la vie. Puis, on est dépaysés avec des scènes de rites chamanes (sacrifices de chèvres) à couper le souffle.

La musique est présente, mais presque imperceptible. Elle ne sert qu’à souligner la Nature sereine. Les chants et danses servent d’accompagnements pour les moments les plus durs, et le silence sert à la douleur. Même si parfois la caméra est tremblante, et l’action un peu longue, la lumière naturelle sublime et intensifie jusqu’à donner une réelle âme au film.

Saisir la vie

Sachant que la réalisatrice a elle-même perdue sa mère adoptive avant le film, on retrouve alors le discours d’une ode à la vie : comme dans «Le vent se lève» de Miyazaki. Et ce, tout en étant sublimé par la beauté et l’inimaginable splendeur de la faune et la flore nippone. Still the Water est un drame touchant et une romance pudique qui rend ce film plus qu’humain, et même inclassable.

Synopsis : Sur l’île d’Amami, les habitants vivent en harmonie avec la nature, ils pensent qu’un dieu habite chaque arbre, chaque pierre et chaque plante. Un soir d’été, Kaito découvre le corps d’un homme flottant dans la mer. Sa jeune amie Kyoko va l’aider à percer ce mystère. Ensemble, ils apprennent à devenir adulte et découvrent les cycles de la vie, de la mort et de l’amour…

Fiche Technique : Still the Water (Futatsume no Mado)

France, Japon, Espagne – 2014
Réalisation: Naomi Kawase
Scénario: Naomi Kawase
Interprétation: Nijirô Murakami (Kaito), Jun Yoshinaga (Kyoko), Miyuki Matsuda (Isa), Tetta Sugimoto (Tetsu), Makiko Watanabe (Misaki), Jun Murakami (Atsushi)…
Date de sortie: 1er octobre 2014
Durée: 1h59
Genre: Romance, Drame
Image: Yutaka Yamazaki
Son: Shigeatsu Ao, Roman Dymmy, Olivier Goinard
Montage: Tina Baz
Musique: Hasiken
Producteur: Masa Sawada, Takehiko Aoki, Naomi Kawase
Production: Comme des Cinémas, Wowow
Distributeur: Haut et Court

Still the Water a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2014

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