« The Amusement Park » : use âge

Commandé par une société luthérienne afin de sensibiliser le public aux enjeux du troisième âge, le moyen métrage d’éducation The Amusement Park (1973) s’ajoute au catalogue des éditions Potemkine, dans une restauration 4K. Derrière la caméra : un George A. Romero qui, en quelques jours de tournage (de un à trois selon les sources), parvient à faire d’un parc d’attractions lambda un véritable enfer pour nos aînés.

The Amusement Park (1973) est un document hybride, à mi-chemin entre le geste cinématographique et l’outil d’éducation. Son introduction en indique les principaux tenants : les personnes âgées constituent « une ressource naturelle mal employée », dont l’épanouissement est mis à mal par un déficit de compassion et la marginalité à laquelle la société tend à les cantonner. Parce qu’ils ne peuvent plus se prévaloir d’en être des membres productifs (tels que l’entend en tout cas le libéralisme occidental), les aînés subiraient un flot ininterrompu d’ostracisme et de discriminations. Venant de la publicité, George A. Romero n’en est pas à son coup d’essai lorsqu’il décide, pour témoigner de cet état de fait, de transformer un parc de loisirs en enfer sartrien. Sa société The Latent Image s’est en effet déjà distinguée pour ses spots publicitaires imaginatifs.

L’âgisme mis en images dans The Amusement Park prend différentes formes. Victime d’un accident dans les auto-tamponneuses, un couple de vieillards fait l’objet des récriminations injustifiées du conducteur « en tort ». Le héros de l’histoire, témoin, se verra quant à lui disqualifié… parce qu’il ne portait pas ses lunettes au moment des faits. Ailleurs apparaît la scène anodine mais toujours édifiante des sacs de courses trop nombreux et volumineux pour être manipulés par un vieil homme : bien qu’en difficulté, le personnage campé par Lincoln Maazel suscite tout au plus une indifférence polie autour de lui. De quoi objectiver ces « Reject » tamponnés sans délicatesse ou ces écriteaux de prévention aboutissant à des formes d’exclusion.

Techniquement, The Amusement Park se caractérise par plusieurs fulgurances très « romeriennes ». Une séquence de manège découpée au cordeau, une mise en scène normative de la foule à des fins d’oppression et de tension, des vues subjectives vertigineuses sur les attractions, une série de raccords dans l’axe avant l’agression du malheureux protagoniste par une bande de voyous… Quand ils ne se soumettent pas à des tests oculaires ou ne font pas l’objet de prémonitions catastrophées (incluant des médecins démissionnaires et des immeubles délabrés), les personnes âgées souffrent de malaise, se voient adressées un baratin commercial proche de l’escroquerie ou finissent dans une sorte de pensionnat visant à prévenir l’atrophie musculaire. Cyniquement, l’une des rares attractions où les aînés demeurent les bienvenus n’est autre qu’un cimetière militaire.

« Pourquoi personne ne m’aide ? » Cette interrogation résignée pourrait résumer à elle seule le propos de The Amusement Park. Mais George A. Romero déploie une grande inventivité pour l’illustrer de manière métaphorique. Le point de vue adopté, tragique, est conçu de telle sorte à ne laisser personne indifférent. Que ressentir, en effet, lorsqu’une foire aux monstres se contente de présenter sur scène des individus qui vous ressemblent en tout point ? Ignorés, volés, brutalisés, les personnages de ce moyen métrage n’ont plus qu’à se retirer, seuls, dans une pièce aseptisée, d’un blanc immaculé, rappelant par analogies les salles d’attente de nos hôpitaux.

BONUS

On soulignera la présence d’un document dans lequel Julien Sévéon mentionne le travail de George A. Romero à la télévision et les conditions dans lesquelles The Amusement Park lui fut commandé. Le scénario rudimentaire, le tournage à la hâte, les touches personnelles du cinéaste, les Grey Panthers, les expérimentations sonores du film y figurent également en bonne place.

Un livret de très bonne facture accompagne cette édition. Il permet aux lecteurs de revenir sur la passion précoce de Romero pour le cinéma et sur l’aventure The Latent Image, après que le metteur en scène de Zombie a fait ses classes dans les chaînes de télévision de Pittsburgh. Le succès de La Nuit des morts-vivants, les désillusions financières qui s’ensuivent, ainsi que le travail sur les campagnes politiques de la firme de Romero complètent le propos, avant l’évocation de circonstance de The Amusement Park.

Fiche technique : https://store.potemkine.fr/dvd/3545020074619-the-amusement-park-george-a-romero/

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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