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Jersey Boys de Clint Eastwood : Critique du film

Tommy DeVito (Vincent Piazza) rêve de devenir célèbre et pour lui, il n’y a que trois moyens : devenir militaire, au risque de mourir ; devenir mafieux, aussi au risque de mourir ; ou devenir une star. Il a choisi le second moyen en travaillant pour le mafieux local Angelo DeCarlo (Christopher Walken), tout en chantant dans les bars du coin. Il est conscient de son manque de talent vocal, mais il a pris sous sa protection, le jeune Frankie Valli (John Lloyd Young) et sa voix d’ange.

Synopsis : L’histoire de The Four Seasons, un groupe de pop rock américain des années 60. De leurs débuts dans le New Jersey, leurs liens avec la mafia, leurs nombreux succès, jusqu’à la séparation du groupe.

De Newark à New York

Il va le mettre sur le devant de la scène et monter un groupe avec son frère Nick DeVito (Johnny Cannizzaro) et son ami Nick Massi (Michael Lomenda). Après le départ de son frère, Tommy DeVito veut absolument un quatuor, la mode des trios ayant pris fin ; il se met en quête d’un nouveau membre, avec l’aide de Joe Pesci (Joey Russo). Ils vont faire la connaissance de Bob Gaudio (Erich Bergen), un auteur/compositeur, qui va écrire tout les tubes du groupe. Après divers noms de scènes, ils vont enfin trouver celui qui sera définitif, après un échec dans un bowling, l’enseigne affichant : « The Four Seasons ».

Adaptation de la comédie musicale du même nom par Clint Eastwood, ce dernier surprend dans sa manière d’aborder l’histoire du groupe, en brisant le quatrième mur. En effet, Vincent Piazza s’adresse directement à la caméra, rendant le film particulièrement agréable dès le début.

Jersey Boys a un ton comique au début. Le cambriolage foireux, tout comme la rencontre de John Lloyd Young avec sa future femme Jacqueline Mazarella et des répliques cinglantes, font sourire. Mais à l’image du climat hostile qui s’installe entre les différents membres du groupe, le film glisse vers le drame. Si le côté comédie est réussi, celui du drame, moins. Le film est léger, il ne va jamais au fond des choses, même si un flash-back permet de mieux comprendre les événements qui se déroulent.

Le côté mafieux, même s’il se fait plutôt discret, a son importance; est aussi intéressant, encore plus quand le caïd a les traits de l’immense Christopher Walken, capable en un mouvement de sourcil, de rendre son personnage sombre, puis chaleureux.

Clint Eastwood a fait le choix de ne pas prendre de stars, en dehors de Christopher Walken, cela va de soi. John Lloyd Young interprétant déjà Frankie Valli sur scène, s’en sort surtout grâce à sa voix, son jeu étant quelconque. Vincent Piazza a déjà une carrière à la télévision, il interprète Lucky Luciano dans l’excellente série Boardwalk Empire. Son personnage est le plus intéressant de tous, un enfant de la rue, un mafieux sans envergure, un chanteur banal, un manager désastreux, détesté par tout le monde, mais au charisme indéniable. Erich Bergen se contente d’apparition dans des séries télévisées, sa performance va sûrement lui offrir des rôles plus conséquents. Il va mettre du temps à s’imposer, mais son évolution est la plus intéressante, sa scène de dépucelage est savoureuse et surtout, jamais vulgaire. Michael Lomenda est l’inconnu des quatre, il débarque de nulle part et s’en sort bien, rien de transcendant, mais il faut bien avouer que Vincent Piazza et Erich Bergen bouffent tellement l’écran, qu’il est difficile pour les deux autres d’exister.

La réalisation de Clint Eastwood est sobre : il suit ses personnages, se met au service de l’histoire. Il est un peu à la peine, quand cela s’accélère, mais se rattrape lors des concerts et surtout dans un final, rendant hommage à tout le casting et à la pièce musicale. Sûrement la fin la plus jouissive de l’année.

Les dialogues sont savoureux, surtout dans la comédie. Malgré tout, le scénario de Marshall Brickman (ancien scénariste de Woody Allen dans les années 70/80) et Rick Elice, est le point faible du film. Comme dit précédemment, l’histoire manque de profondeur. Les liens avec la mafia sont effleurés, tout comme la vie de famille de chacun. Même si celle de Frankie Valli, se fait plus présente dans la seconde partie. C’est surtout pour offrir de nouveaux éléments dramatiques, dont le décès de sa fille, qui est aussi traité en surface. Il y a de nombreuses zones d’ombres, cela frustre un peu ; on sent que le film avait tout pour être un nouveau grand Clint Eastwood.

C’est un bon film, on rit souvent, on a parfois la gorge nouée et même la larme à l’œil, avec un final étincelant. On n’est pas loin de sa dernière réussite Gran Torino. Un biopic léger, mais passionnant, un beau moment de cinéma.

Fiche Technique – Jersey Boys

Jersey Boys – 2014 – USA

Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Marshall Brickman et Rick Elice
Casting : John Lloyd Young, Erich Bergen, Vincent Piazza, Michael Lomenda, Christopher Walken, Kathrine Narducci, Freya Tingley, Steve Schirripa, James Madio, Mike Doyle, Jeremy Luke, Joey Russo
Durée : 134 minutes
Genre : Biopic musical
Date de sortie française : 18 juin 2014
Photographie : Tom Stern
Montage : Joel Cox et Gary D. Roach
Costumes : Deborah Hopper
Musique : Bob Gaudio
Production : Tim Headington et Graham King
Sociétés de production : GK Films et Warner Bros
Distribution : Warner Bros

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

Larmes de Joie de Monicelli : Critique du film

Larmes de Joie : De salauds ordinaires en héros magnifiques

Farce satirique sur L’Italie d’après-guerre, cette comédie est une digne représentante d’un genre qui à fait la gloire du cinéma transalpin des années 60. Dans la lignée des Vittorio De Sica, Luigi Comencini et autre Dino Risi, Mario Monicelli s’empare alors avec brio de ce nouveau courant pour dénoncer avec un humour corrosif la situation sociale et politique d’un pays empêtré dans ses travers. Corruption, Mafia, Histoire passé et récente ainsi que bien d’autres sont les thèmes privilégiés par ces nouveaux maîtres qui entendent bien contester à leur manière les discours officiels.

Ravagée économiquement et moralement par une Seconde Guerre Mondiale particulièrement dévastatrice pour les troupes italiennes, l’Italie est exsangue. La duperie et les faux semblants sont alors érigés en valeurs nécessaires pour la survie du peuple. Les uns se rêvent stars de Cinecitta quand ils ne sont que simples figurants ou vedettes en déclins, tandis que les autres s’idéalisent gentleman cambrioleurs quand leur réalité est beaucoup plus pragmatique. Et ces tous puissants barons de la Haute Société, accueillants et prévenants, s’ils se bercent avec allégresse de joies lisses et convenues, n’en restent pas moins des descendants indirects de l’envahisseur nazi. Signe qu’on ne se débarrasse pas aussi facilement de ses démons intérieurs. Cet ensemble pour le moins hétéroclite se mélange et se croise dans une sorte de condensé révélateur d’une fuite en avant impossible. C’est aussi une belle mise en abîme d’une cinématographie en plein balbutiement qui cherche à se renouveler tout en conservant sa spécificité. Si le 7ème art n’est qu’illusion, il est aussi vital à toute démocratie qui se respecte. La force du cinéma sublime le mensonge et triomphe toujours sur la triste réalité. Le prisme de l’écran détourne les mauvaises intentions et les enjolive, avec le risque que notre lucidité de spectateur s’envole, et transforme les salauds ordinaires en héros magnifiques. La fin en est une parfaite illustration, les tricheurs et les arrivistes n’agissant ainsi que par obligation vitale. Le mépris se transforme petit à petit en empathie totale pour ces cabossés de la vie.

Enchaînant les péripéties et les gags hasardeux avec grand talent, Larmes de Joie de Monicelli orchestre un savoureux bal ou quiproquos et désillusions se construisent dans une logique implacable. Tout est pensé avec fluidité et le début « cartoonesque » de l’intrigue laisse peu à peu place à une sourde mélancolie prenante. La finesse d’esprit dont fait ici preuve le réalisateur est fort à propos dans cette étude de mœurs tragi-comique. Il faut dire qu’il est grandement aidé dans sa tâche par des acteurs au diapason. Toto, plus connu pour ses farces survoltées, fait ici preuve de retenue mais n’en perd pas pour autant son efficacité dans une succession de maladresses hilarantes. Sa force de conviction efface sans peine quelques répliques forcées et la relative fadeur originelle de son personnage. Ben Gazzara, en pickpocket charmeur gracieux et agile nous montre une belle élégance et nous enchante sans peine, élégance qu’il peaufinera plus tard en homme fragile chez Cassavetes. Et que dire de LA Magnani, sublime créature survoltée en blonde peroxydée, femme fatale mais fragile sous ses faux airs de meneuse de troupe, bien décidée à réussir à tout prix. Rôle sans doute déterminant et prémonitoire avant son interprétation la plus célèbre de mère maquerelle au grand cœur dans le non moins fameux Mamma Roma de Pasolini. Classique méconnu de l’autre coté des Alpes, il mérite amplement une plus large reconnaissance et s’inscrit pleinement dans cet âge d’or italien.

Synopsis :  Gioia Fabbricotti surnommée Tortorella, une figurante de Cinecittà qui, pour gagner sa vie, s’échine dans de petits rôles en rêvant de devenir une diva, refuse pour le réveillon de fin d’année la compagnie d’Umberto Pennazuto, un ancien acteur surnommé Infortunio pour sa capacité à provoquer de faux accidents et à escroquer les assurances. Infortunio a promis à son ami Lello, un pickpocket, de l’aider pendant la nuit de la Saint Sylvestre pour tenter quelques coups. Les trois personnages se rencontrent par hasard et Tortorella – qui a été abandonnée par les amis avec qui elle devait réveillonner – oblige les deux hommes à l’accompagner à un bal masqué. 

Fiche Technique: Larmes de Joie

Titre original : Risate di Gioia
Réalisateur : Monicelli Mario
Acteurs : Ben Gazzara, Anna Magnani, Carlo Pisacane, Totò, Edy Vessel
Genre : Comédie dramatique
Nationalité : Italien
Date de sortie : 17 juillet 1962
Durée : 1h46mn

Auteur de la critique: Le Cinéphile Dijonnais

 

Sans Retour de Walter Hill : Critique du film

Sur une sublime musique de Ry Cooder, on va suivre huit hommes de la garde nationale, sous le commandement d’un vétéran décoré du Vietnam, Crawford Poole (Peter Coyote), dans les bayous de Louisiane.

Mais la nature a changé, la carte ne correspond plus aux reliefs. Ils vont emprunter des pirogues aux cajuns, qui ne vont pas apprécier l’intrusion de ces étrangers sur leurs terres hostiles comme eux. Une cause minime, qui va avoir des conséquences majeures, en commençant par la perte de leur chef, laissant huit hommes inexpérimentés, tentant de sortir de l’enfer du bayou. Déjà aux prises avec les cajuns et la nature humide, boueuse et pluvieuse, les huit hommes vont aussi se déchirer entre eux. La vraie nature de chacun va se révéler et scinder le groupe en deux, pour le pire et plus encore.

L’histoire reprend de nombreux éléments du chef d’œuvre de John Boorman Délivrance de 1972. L’homme face à la nature et ses habitants, qui vivent selon leurs règles. Mais on peut aussi faire le lien avec l’un des films précédents de Walter Hill, Les Guerriers de la nuit, ou l’on suit un groupe traversant un lieu hostile, tentant de rejoindre leur base, pour leur survie, tout comme Alien,dont Walter Hill est le scénariste, avec ces ennemis invisibles, et ces proies dont les cris sont vains, rappelant le fameux : «Dans l’espace, on ne vous entendra pas crier».

Dès le début de Sans Retour (titre orginal Southern Comfort), ou l’on découvre les membres de l’équipe, les défauts de chacun se font jour, mais dans le feu de l’action, ils vont se révéler insurmontables et meurtriers. Le casting est particulièrement réussi, avec un acteur confirmé, Keith Carradine, déjà remarquable dans Les duellistes de Ridley Scott. Powers Boothe qui en est à ici ses débuts, trouvera un rôle qui le fera connaître à l’international dans La forêt d’émeraude de John Boorman. Keith Carradine est le leader charismatique, mais en retrait. Powers Boothe, le nouveau venu du Texas, l’étranger au fort tempérament, va pousser son camarade a prendre les commandes pour les sauver. Leur complicité naissante, va donner sa pleine mesure dans un long final angoissant, au son de « Parlez-nous à boire » interprété par Marc Savoy, Frank Savoy, Dewey Balfa et John Stelly, des musiciens cajuns. Fred Ward est un habitué des films d’action, une sorte de Charles Bronson, qui ne percera jamais vraiment, mais dont la présence physique impressionne face à Power Boothes, qui n’est pas en reste. T.K. Carter, le « quota noir » du film, ne meurt pas dès le début, au risque de surprendre. Peter Coyote, dans un de ses premiers films, affiche déjà une maturité dans son jeu d’acteur, qu’il mettra souvent au service de Roman Polanski. Brion James, un nom que l’on ne retient pas, mais une gueule que l’on n’oublie pas ; déjà fascinant ici, il le sera tout autant dans ses rôles suivants, même si celui dans Blade Runner, reste le plus marquant.

Walter Hill maîtrise l’espace, dans ce bayou qui peut aussi être considéré comme un huis clos. Ce qui démontre que le film a de multiples références, interprétations et surtout, n’est pas juste un film de genre. Un thriller étouffant, mais aussi un drame qui flirte avec le fantastique, qui vous prendra aux tripes, du début à la fin, au sens propre, comme au figuré. Sans Retour, une œuvre majeure, sublimée par la photographie d’Andrew Laszlo et la musique de Ry Cooder.

Une séance de rattrapage s’impose pour découvrir, ou redécouvrir ce classique de Walter Hill. Il aura marqué les années 80 avec son film le plus connu 48 heures, réalisé juste après Sans Retour, puis Double Détente, confirmant son statut de réalisateur de film d’action majeur durant cette période d’euphorie, avant de se faire plus discret par la suite.

Synopsis : En Louisiane, un petit groupe d’hommes de la Garde Nationale se déplace pour une marche de reconnaissance dans les bayous. Ils empruntent des pirogues abandonnées afin de traverser un lac. Pour plaisanter, l’un de ces soldats de fortune pointe son arme chargée à blanc vers la rive et tire. Les propriétaires des embarcations, des chasseurs cajuns, répliquent et tuent le chef de l’escouade. Commence alors une impitoyable chasse à l’homme.

Fiche technique – Sans Retour

Titre original: Southern Comfort – 1983 – USA

Sortie en France : 9 mars 1983
Réalisateur : Walter Hill
Scénario : Walter Hill, David Giler et Michael Kane
Casting : Keith Carradine, Powers Boothe, Fred Ward, Franklyn Seales, T.K. Carter, Lewis Smith, Peter Coyote, Brion James
Musique : Ry Cooder
Photographie : Andrew Laszlo
Producteur : David Giler
Genre : Thriller
Durée : 99 minutes
Auteur de la critique : Laurent Wu

Blue Velvet de David Lynch : Critique du film

Lorsque David Lynch s’attaque à Blue Velvet, son aura a considérablement baissée auprès des majors, suite à l’échec fracassant de Dune, le seul film que le maître ait choisi de renier. Son retour au premier plan avec Blue Velvet, peut-être le meilleur de sa filmographie, n’en est que plus admirable.

Lynch s’y affirme définitivement comme un cinéaste de l’étrange, implantant fermement son univers schizophrène dans l’inconscient collectif. Deux ans avant de se lancer dans l’aventure Twin Peaks, il s’attache déjà à dépeindre l’aspect sombre qui sommeille derrière l’apparente normalité du quotidien.

Blue Velvet, c’est avant tout deux prestations qui ont marqué la filmographie de leurs interprètes. Isabelle Rossellini, tout d’abord, alors compagne du réalisateur. Sa fragilité irradie l’écran ; la folie perce dans chacun de ses gestes ; elle incarne à merveille la dualité femme fatale/victime dans un rôle à fleur de peau. Dennis Hopper, ensuite, impressionnant de brutalité et de rage contenue. Il offre à son personnage de Frank, pervers régressif et clown dangereux, tout son talent d’acteur, dans une partition où la démence se mêle au cynisme le plus sombre.

Blue Velvet : Une Amérique coincée entre anges et démons

Blue Velvet, c’est aussi la quintessence du film lynchien, la toile sur laquelle se projettent ses obsessions de cinéaste, sans parvenir encore à la maturation qui tendront ses futurs films. Le film pourrait presque se voir comme un brouillon de Twin Peaks, un ancêtre de Mulholland Drive, une ébauche de Lost Highway. Dans son opposition radicale entre des journées baignant la banlieue américaine dans la normalité la plus banale et la nuit la plus sombre d’où émergent les folies destructrices et la perversité. Dans sa façon de diviser le monde entre la pureté et l’innocence presque naïve d’un côté, et les plus noirs fantasmes d’un esprit malade de l’autre. Dans sa manière de faire s’entrechoquer ces deux univers, de les imbriquer l’un dans l’autre pour leur donner plus de substance.

On retrouve aussi dans le scénario les pulsions d’une Amérique coincée entre anges et démons. Laura Dern représente la vision idéale de la Girl next door, la jeune fille propre sur elle et candide. Sa blondeur tranche avec la brune Rossellini, qui complète la dichotomie madone/putain que Lynch se plaît à entretenir dans ses portraits de femme. Une dualité que l’on retrouvera dans le diptyque Lost Highway/Mulholland Drive. Dennis Hopper est, lui, le reflet d’une société malade et violente, le rejeton de cette face cachée de l’Amérique, rendue malade par les drogues et le vice. Le choix de l’acteur qui restera associé à Billy, d’Easy Rider, est sans doute tout sauf innocent.

Et, bien sûr, il y a Kyle MacLachlan. Celui que le réalisateur considère comme son double à l’écran, et à qui il donnera également le rôle principal dans Twin Peaks. L’interprétation du jeune homme, qui joue à merveille sur la corde raide entre ces deux univers, est pour beaucoup dans le succès du film. Il parvient à merveille à incarner les deux facettes de cet American Dream, de ce rêve lynchien qui tourne au cauchemar. Le duo échappe ainsi aux fantômes de Dune, qui a failli ruiner leur carrière réciproque.

Plus accessible que ses futures œuvres, tout en restant fidèle à l’univers torturé de son auteur, Blue Velvet est la parfaite porte d’entrée dans la filmographie de David Lynch. Un cauchemar d’une beauté subjuguante et envoûtante.

Synopsis : Épaulée par son amie Sandy, Jeffrey, un jeune homme, mène son enquête concernant une oreille humaine trouvée dans un terrain vague. Il croise sur son chemin Dorothy Vallens, une mystérieuse chanteuse de cabaret. 

Fiche Technique: Blue Velvet

États-Unis – 1986
Réalisation: David Lynch
Scénario: David Lynch
Interprétation: Isabella Rossellini (Dorothy Vallens), Kyle MacLachlan (Jeffrey Beaumont), Dennis Hopper (Frank Booth), Laura Dern (Sandy Williams), Hope Lange (Mrs Williams), Dean Stockwell (Ben), George Dickerson (le détective John D. Williams), Priscilla Pointer (Mrs Beaumont)…
Genre: Thriler
Distributeur: Action Cinémas / Théâtre du Temple
Date de sortie: 12 février 2014
Durée: 2h
Scénario: David Lynch
Image: Frederick Elmes
Décor: Patricia Norris
Costume: Gloria Laughride
Son: Jeffrey A. Williams, Tony Stephens
Montage: Duwayne Dunham
Musique: Angelo Badalamenti
Production: Dino De Laurentiis Productions

Auteur de la critique : M.Y

 

Party Girl : Critique du film

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Tout le monde attendait Deux Jours, Une Nuit, Sils Maria ou Saint Laurent au palmarès des films français de Cannes. Contre-toute attente, de ces films oubliés du jury, il ne restait que Party Girl pour redorer le blason français (et l’inclassable Adieu au Langage de Jean-Luc Godard).

Un film « sauvage, généreux et mal élevé » selon les mots de Nicole Garcia qui a honoré le film du prix de la Caméra d’Or, la récompense des meilleurs premiers films à Cannes. En soi, l’annonce de l’ouverture de la sélection Un Certain Regard par Party Girl avait déjà été une audace et une surprise certaine quand on sait qu’habituellement, ce sont des cinéastes bien confirmés comme Sofia Coppola, Gus Van Sant ou Steve McQueen qui ouvrent les festivités.  Issus tous les trois de la prestigieuse école de la FEMIS à Paris, Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis incarnent pourtant dès leurs premiers faits d’arme l’espoir et l’avenir du cinéma français.

Avant de se lancer dans la réalisation de ce premier long métrage, Marie Amachoukeli et Claire Burger réalisèrent d’abord trois courts métrages dont deux furent salués par la profession : Forbach, interprété par Samuel Theis, récompensé à Cannes par le Prix d’Ensemble de la Cinéfondation en 2008 et le Grand Prix du Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand ; C’est Gratuit pour les Filles est lui honoré du César du meilleur court-métrage en 2009, et les deux filles réalisèrent également Demolition Party en 2013, avant de se lancer dans la production de Party Girl inspiré de la vie d’Angélique Litzenburger, la mère de Samuel Theis.

Une femme sans influences

Tourné intégralement dans l’Est de la Moselle, à la frontière allemande, Party Girl raconte le portrait d’une vieille fille qui a toujours vécu dans le milieu de la nuit et qui s’interroge sur l’absence de clients. Elle va directement frapper à la porte de son ancien habitué, Michel, pour lui demander des réponses. Il ne peut plus supporter de payer pour pouvoir l’aimer. A cet instant, les regards s’émeuvent, les yeux se baissent par gêne, les lèvres frétillent, les visages rougissent, et ils décident presque naturellement de passer un petit bout de temps ensemble. Jusqu’à ce qu’il la demande en mariage. Party Girl est un portrait formidable d’une femme épicurienne, ne pensant qu’à boire et jouer des hommes dans un milieu des plus fêtards et des plus impossibles à normer, le cabaret. C’est aussi un film à l’image d’une région oubliée par la France, cette Lorraine très ancrée dans sa culture germanophone et dont les dialogues voient s’alterner le charme de la langue française et la brutalité de la langue de Goetze, ce patois frontalier qui voit l’allemand et le français se confondre dans les repas de famille. Les trois réalisateurs du film ont su capter la vie, le folklore et les petits instants de cette région avec une telle justesse qu’il est impossible de ressortir de la salle sans ressentir une vive émotion, une sorte de frisson qui vous parcourt et vous renvoie loin dans le passé où les grands-parents vous appellent « Mein Schatzie » (mon petit chéri) et vous emmènent sur la route, voyant défiler les immenses paysages de l’ancienne cité minière qu’est le Bassin Houiller. Il y a une force, une sensibilité et une conviction implacable dans ce film. A l’instar de Forbach, Party Girl est le récit de toute une région, qui incarne malheureusement aujourd’hui le déclin économique, la vulgarité d’une région profonde et la colère de ses habitants, trahis par l’abandon des usines.

Mais si la Lorraine est un personnage à part, ce n’en est pas pour autant le cœur du film et ce dernier ne sert qu’à mettre en valeur ce personnage incroyable et atypique qu’est Angélique, un sacré brin de femme. Ce qui passionne littéralement avec ce film, c’est qu’il a été entièrement tourné avec des non-acteurs locaux qui jouent leurs propres rôles. Seul Michel, l’amoureux transi est interprété par Joseph Bour. Ce dernier a été déniché dans un café du commerce des environs de Forbach alors que l’équipe du film désespérait de trouver un acteur principal. Les réalisateurs avaient déclaré être charmés par l’authenticité du jeu d’acteurs, ne donnant de fait que très peu de consignes, aussi bien en français qu’en patois. Cette manière de travailler se ressent dans les scènes de fureur où les dialogues se muent brusquement en allemand, comme pour appuyer davantage les propos violents à travers ce langage brut.  Ces trois-là ont su retranscrire avec brio la justesse et l’émotion de ces situations peu normales où les liens familiaux n’ont jamais été sur une corde aussi sensible. Angélique est une fêtarde, mère de quatre enfants qui n’a jamais vraiment pris le temps de s’en occuper, tout juste de quoi garder contact et rejeter tout reproche qu’on pourrait lui faire sur ses actes. Pour avoir discuté avec le frère de Samuel Theis et donc fils d’Angélique, celui-ci m’a confié que le tournage avait été très dur pour lui, ressassant un passé difficile à base de conflits familiaux et d’abandons maternels. C’est assez touchant de recueillir un tel témoignage. Et le film transpire ces problèmes familiaux, ces interrogations, ces non-réponses et ces déceptions de la vie. Party Girl va dans le sens de cette idée de la famille qu’on se coltine tout sa vie, d’une famille qu’on n’a pas choisie tout en nuançant cela  à travers le prisme d’un lien familial indestructible, aussi indispensable qu’inexplicable. Tous les (non) acteurs sont venus présenter le film avec un vrai naturel, sans prétention et sans ambition aucune. Même les filles du cabaret étaient présentes pour soutenir la star Angélique, sous le feu des projecteurs. Car c’est bien Angélique la force de ce film. Un vrai portrait de femme à la française dont on pourrait aisément comparer la force et la conviction avec la Gena Rowlands de Une Femme sous Influence de John Cassavetes.

Pour capter l’ambiance de cette région avec un vrai souci du détail et de la vérité, les réalisateurs ont opté pour une mise en scène brute, au plus près des corps, et très proche du documentaire. Il y a une vraie immersion au sein de cette famille hors-norme, au sein de ces quelques instants de vies captés par l’œil discret et virevoltant de la caméra. On n’est jamais très loin de l’émission Strip Tease de France 3, la gratuité en moins et l’esthétique en plus. Au sein de cette région industrielle, Party Girl permet d’en découvrir les travers avec deux univers bien distincts. Le film débute sur un plan large d’Angélique, assise à un comptoir, sirotant quelques verres. L’obscurité l’entoure mais elle apparaît comme dans son élément. Quelques lumières colorées viennent animer la soirée, symbolisant cette frénésie du milieu de la nuit.  Une séquence très électrique à l’inverse des plans de jour, au plus près des couleurs, qu’elles soient fades ou saturées. Et c’est cette authenticité qui fait tout le charme de Party Girl, œuvre de fiction sur le thème de l’amour, de la normalité et de l’engagement mais qui s’inspire de faits bien réels. Au-delà de cet aspect volontairement réaliste, les réalisateurs se laissent aller à quelques métaphores esthétiques lors de certains plans, comme celui où l’on voit Angélique emballer une poupée de papier journal et la ranger dans un carton. Elle range au placard toute une vie à aguicher les hommes. Elleregarde les montgolfières s’envoler, comme les rêves d’une vie qu’elle a voulue mais qu’elle n’aura jamais eue. Elle regarde son fils Samuel Theis avec une telle soutenance, avec une telle pitié. Mais ce dernier lui répond avec cette part de rationalité qu’Angélique a fui toute sa vie. L’existence ne se limite pas qu’à la frénésie des cabarets, à l’excitation d’une liberté relative et l’égoïsme d’une femme moralement condamnable.  Samuel Theis joue avec conviction cet enfant qui a suivi sa route, loin de sa famille sans pour autant oublier ses origines. Etant le plus intelligent de la famille, les réalisateurs n’ont à aucun moment insister pour montrer cette distance entre classe sociale.

Party Girl peut se ranger aisément dans la catégorie « cinéma social » mais jamais il n’est caricatural dans sa description des classes, au contraire seuls les liens familiaux importent au-delà des origines et des catégories socio-professionnels des membres. En ce qui concerne la bande-son de Party Girl, les réalisateurs ont opté pour une discographie d’artistes français interprétant certains tubes en allemand, apportant à nouveau une pièce à l’édifice de ce folklore lorrain, comme ce fameux morceau de Mike Brant que je vous laisse le plaisir de découvrir. Une des plus belles scènes du film. Les locaux reconnaîtront également quelques morceaux bien germanophones que l’on retrouve fréquemment dans les carnavals de la région.

Pas étonnant que le film ait un temps seulement été titré Angélique car cette Angélique-là est une vraie héroïne de cinéma. Ce même festival de Cannes où était présenté le film, voyait Marion Cotillard être une autre Wonder Woman des temps modernes dans le film des frères Dardenne « Deux Jours, Une Nuit », dans un contexte tout aussi social. Woman take the power back, et ce n’est pas cette résistante Angélique qui dira le contraire. A l’aube du repos d’une vie de plaisir et de décadence, Party Girl montre une Angélique dont la gamine de 14 ans qui trotte dans sa tête  ne l’a jamais quitté et ne la quittera certainement jamais. C’est ça Party Girl, le récit d’une femme qu’on pourrait juger indigne mais dont la fierté est telle qu’elle provoque la sensation, et dont on ne peut qu’admirer sa liberté volatile, sa naïveté et son insouciance des choses de la vie.  Une telle vérité dans le jeu des émotions de ces (non) acteurs forge forcément le respect. Sans prétention et sans artifice, le romanesque de cette histoire croise et s’entremêle habilement avec le documentaire donnant lieu à un film d’une authenticité, d’une justesse et d’une sensibilité épatante. Une véritable prouesse et une consécration pour le premier long-métrage de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Party Girl sera à n’en pas douter l’un des événements cinématographiques français de l’année.

Synopsis: Angélique a soixante ans. Elle aime encore la fête, elle aime encore les hommes. La nuit, pour gagner sa vie, elle les fait boire dans un cabaret à la frontière allemande. Avec le temps, les clients se font plus rares. Mais Michel, son habitué, est toujours amoureux d’elle. Un jour, il lui propose de l’épouser.

Party Girl : Bande-annonce

Party Girl : Fiche technique

Réalisateurs: Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis

Scénario: Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis
Interprétation: Samuel Theis, Sonia Theis, Joseph Bour, Séverine Litzenburger, Cynthia Litzenburger, Mario Theis
Bande originale: Sylvain Ohrel, Nicolas Weil, Alexandre Lier
Durée: 97 minutes
Genre: Drame
Date de sortie: 27 Août 2014

France – 2014

Bad Boys de Rick Rosenthal : Critique du film

Bad Boys de Rick Rosenthal : Une jeunesse sans repères

Mick O’Brien (Sean Penn) est un adolescent violent, abandonné par son père et vivant avec une mère alcoolique aux mœurs légères. Dans son univers obscur, il y a sa lueur d’espoir, JC Walenski (Ally Sheedy), une jeune femme de bonne famille, dont le père désapprouve cette fréquentation. Mais la violence, amène la violence et il va perdre son meilleur ami lors d’un braquage qui tourne mal, ce qui va le conduire dans un centre d’éducation surveillé pour mineurs. Il va se lier d’amitié avec Barry Horowitz (Eric Gurry), qui va l’initier à ce nouveau monde, où les règles sont plus impitoyables que dans la rue. Deux caïds y font leurs lois, « Viking » Lofgren (Clancy Brown) et Warren « Tweety » Jerome (Robert L. Rush), semant la terreur dans ce lieu clos, sans échappatoire.

Après Halloween 2, Bad Boys, ce second film de Rick Rosenthal démontre que ce dernier est un faiseur. Il est d’ailleurs devenu un réalisateur pour la télévision, ce qui est logique, vu le manque d’ambition visuelle de ce film. Il ne brille pas par sa finesse, mais par la violence qui y règne et l’interprétation de Sean Penn, en jeune chien fou. C’est assez crû et sans concessions, malgré une réalisation plate, l’histoire possède assez de moments forts pour maintenir l’attention.

Le climat de violence est étouffant, à tout moment, cela peut déraper. Sean Penn est bluffant dans un de ses premiers rôles, il avait déjà marqué les esprits dans Taps, il confirme ici tout son talent, même si on va le cantonner à ce genre de rôle dans les années 80, avant qu’il ne devienne plus exigeant dans ses choix au début des années 90, et devienne l’immense acteur que nous connaissons tous.

La jeunesse du casting, permet de découvrir des talents en devenir. Ally Sheedy va devenir une actrice en vogue dans les 80’s avec Wargames, The Breakfast Club et Short Circuit. Avant de disparaître du grand écran et de se faire plus présente sur le petit écran, dans des rôles plus anonymes. Clancy Brown est celui qui a la carrière la plus riche, après Sean Penn. Il est souvent cantonné dans des rôles de méchants, dû à un physique imposant et marquant. Esai Morales restera le latino de service au cinéma et à la télévision. Il fait partie de ses acteurs que l’on reconnaît aussitôt, mais dont on ne se rappelle jamais le nom.

L’univers carcéral est une mine d’or pour le cinéma, le récent Coldwater se rapproche de celui-ci (même si le lieu est différent, puis surtout ce dernier est bien mieux réussi). Cela permet aussi de voir que rien n’a changé, malgré les 30 années qui séparent les deux histoires. Il n’y a toujours pas de solution face aux jeunes délinquants, la répression étant la seule réponse, accentuant leur mal-être et leur haine d’un système déficient.

Dans le film Bad Boys, les protagonistes sont tous issus de familles monoparentales et vivant dans des quartiers défavorisés (sauf l’amie de Sean Penn). Leurs destins semblent scellés, ils vivent de trafics, de magouilles, loin de leurs foyers, grandissant dans la rue et n’ayant aucun modèle masculin. C’est un peu caricatural, mais le manque d’éducation et l’échec scolaire, prédispose plus à la délinquance. Mais ni le système scolaire, ni l’état, ni même le ou les parents, n’ont la clé pour rendre leur avenir moins difficile. L’argent facile et donc la délinquance, devient un mode de vie logique, pour subvenir à leurs besoins et leur donner un sentiment d’importance, et non de rejet.

Un film de genre, plutôt mineur malgré un jeune casting, qui soufre de sa réalisation et d’un scénario simpliste, mais qui permet d’éclairer un monde souvent inconnu pour le spectateur, ce qui lui confère un côté documentaire, plutôt intéressant.

Synopsis : Chicago, Mick O’Brien est un adolescent de 16 ans qui passe son temps à commettre des larcins. Un jour, avec un ami, il entreprend de voler la drogue du gang de Paco Moreno. Mais l’entreprise tourne mal se soldant par une fusillade et la fuite de Mick en voiture, entraînant une course-poursuite avec la police. Mais durant sa fuite, il renverse accidentellement un jeune garçon, qui s’avère être le frère cadet de Paco. Malheureusement pour Mick, arrêté par les forces de l’ordre, le jeune enfant est décédé. Envoyé dans un centre d’éducation surveillé à Rainford, sorte de prison pour adolescents, où règne une discipline de fer.

Fiche technique – Bad Boys 

Bad Boys – 1983 – USA
Réalisateur : Rick Rosenthal
Scénario : Richard Di Lello
Casting : Sean Penn, Esai Morales, Ally Sheedy, Clancy Brown, Robert Lee Rush, Reni Santoni, Jim Moody, Eric Gurry, John Zenda, Alan Ruck
Genre : Drame
Durée : 123 minutes (version originale), 104 minutes en salle
Date de sortie française : 7 Mars 1984
Musique : Bill Conti
Montage : Antony Gibbs
Photographie : Bruce Surtess et Donald E. Thorin
Sociétés de production : EMI Films et Solofilm Company
Société de distribution : Universal Pictures

Auteur : Laurent Wu

 

 

 

Kick Ass de Matthew Vaughn : Critique du film

Véritable déluge de couleurs et d’images, Kick-Ass s’ouvre sur une séquence hautement décalée. Celle-ci donnera le ton sur la suite des événements. « So, you wanna play? »

U GOT THE LOOK

Pour autant, le comics animé de Matthew Vaughn n’est pas une simple comédie pour adolescents attardés en mal de blagues pipi-caca. D’ailleurs, l’humour est savamment distillé (voir l’excellente scène d’introduction des personnages de Mindy et son père), et la récréation peut redevenir sérieuse d’un instant à l’autre par l’arrivée d’une scène violente et/ou triste. Vaughn maîtrise les changements de ton, voire les mélanges de genres, et nous offre une véritable bouffée d’air frais au milieu de la production habituelle d’œuvres de type « vigilante ».

Sur le plan technique, le réalisateur de X-Men First Class fait fort. A quelques effets près (une paire d’incrustations numériques douteuses ici et là), c’est le sans-faute. Pour un film dont le budget est estimé à 30 millions de dollars (pour vous situer en ces temps footballistiques, cela représente 10 millions de dollars de moins que le salaire annuel d’un Lionel Messi par exemple !), le résultat est visuellement marquant. Afin de s’en convaincre, il suffit de décortiquer une paire de séquences, comme celle de l’entrepôt avec Big Daddy, à base de cut ultra précis, ou encore l’incroyable jeu de lumières lors de l’une des interventions musclées de Hit Girl (sans parler du final, tout en excès). Ces scènes d’action sont d’autant plus réussies qu’elles sont accompagnées de musiques de circonstance. Prodigy, Joan Jett, Gnarls Barkley (moment drôle !) et même le grand Ennio, tout y passe !

THE RAINBOW CHILDREN

Kick-Ass ne serait pas ce divertissement à la fois si léger et si violent sans ses personnages hauts en couleurs. Savoir que les créateurs du comics – à savoir Mark Millar et John Romita Jr – sont de la partie est plutôt rassurant, ils sont garants d’une certaine cohérence, à défaut de respecter le comics à la lettre, quand bien même ils ne sont que producteurs exécutifs. Le choix des acteurs, des costumes (petit hommage à Phantom of the Paradise au passage), les dialogues (beaucoup de punchlines, de références), le déroulement de l’intrigue, la variété des situations et l’évolution du personnage de Dave (à la fin, qu’il semble loin le « Fuck you, Mr Bitey ! »), et même la morale « un petit pouvoir implique quand même de grandes responsabilités », tout ou presque apparaît comme judicieux.

Aaron Taylor-Johnson est impeccable dans la peau de ce loser magnifique, déterminé à combattre le crime et pourtant si mal préparé. Son costume de plongée/justicier est impayable, on ne peut mieux assorti à ses Timberland. Ou pas. Vu sa dégaine, pas étonnant qu’il ne prenne pas l’eau. Chloë Grace Moretz est toute choupi en Hit Girl, c’est LE personnage de l’histoire. Les séquences d’action où elle apparaît sont totalement jubilatoires et chorégraphiées avec talent. On pourra toujours critiquer son jeu parfois approximatif, mais après tout, se lance-t-on dans le visionnage d’un tel film pour assister à une performance d’acteur/actrice (de 12 ans à peine, « pedobear approved ») inoubliable ? J’en doute. Nicolas Cage est impeccable en papa poule/justicier « àlaBatman », quant à Mark Strong et Christopher Mintz-Plasse, ils font le job, et même un peu plus.

Kick Ass est un divertissement débridé, à la fois (un cheveu) moins caricatural et (un poil) plus malin qu’il n’y parait. On est alors en droit de se demander si sa suite se montre à la hauteur de nos attentes. But for now… :

« Show’s over, motherfuckers. »

Synopsis: Dave Lizewski est un adolescent gavé de comics qui ne vit que pour ce monde de super-héros et d’incroyables aventures. Décidé à vivre son obsession jusque dans la réalité, il se choisit un nom – Kick-Ass – et se lance dans une bataille effrénée contre le crime. Sans pouvoir, le voilà très vite pourchassé par toutes les brutes de la ville. Mais Kick-Ass s’associe bientôt à d’autres délirants justiciers décidés eux aussi à faire régner l’ordre. Parmi eux, une enfant et son père. Le parrain de la mafia locale, Frank D’Amico, va leur donner l’occasion de montrer ce dont ils sont capables…

Fiche technique – Kick Ass

Année de production: 2010
Réalisation: Matthew Vaughn
Scénario: Matthew Vaughn, Jane Goldman
Production: Adam Bohling, Tarquin Pack, Brad Pitt, David Reed, Kris Thykier, Matthew Vaughn
D’après l’oeuvre de: Mark Millar, John Romita Jr
Directeur de la photographie: Ben Davis
Compositeur: Ilan Eshkeri, John Murphy, Henry Jackman, Marius De Vries
Montage: Jon Harris (II), Pietro Scalia, Eddie Hamilton
Supervision des effets spéciaux: David Harris
Société de Production: Marv Films, Plan B Entertainment
Distribution: Metropolitan FilmExport

Auteur de la critique: Sébastien

 

 

 

La Quatrième Dimension : Critique de la série

La Quatrième Dimension : Vers l’infini et au-delà

Une série mythologique

La Quatrième Dimension est un mythe d’aujourd’hui, une série fantastique de référence perchée tout en haut de l’Olympe télévisuel, une œuvre jamais égalée depuis, qui ne souffre pas de l’usure du temps. Encore maintenant, elle fascine par la qualité de ses scénarios à l’imagination infinie, par son culot politique, inscrit dans le contexte de la Guerre Froide qui se traduit à l’écran comme une évidence. Rod Serling apparaît comme le principal (voir le seul) artisan d’une série, dont il peut seul revendiquer la paternité. Créateur, scénariste et acteur, il est de tous les métiers, de toutes les aventures et grâce à lui, le monde à découvert à quel point l’univers des séries U.S. pouvait être créatif.

Où le quotidien devient terreur

Chacun des 138 épisodes raconte une histoire singulière, sans personnages récurrents si ce n’est Rod Serling lui-même, chargé d’introduire chaque épisode. Résumer chacune d’elles est impossible, disons qu’un épisode part d’une situation plus ou moins banale et se passant dans un espace-temps parfois indéfinissable. À la manière d’une uchronie, la réalité de chaque épisode digresse tout à coup, prenant un violent virage, une tournure qui nous plonge dans le surnaturel, l’anticipation et parfois la terreur. En plus de qualité dramatiques évidentes, les scénarios n’oublient jamais d’êtres intelligents, maniant la philosophie, l’ironie ou le cynisme comme autant d’armes artistiques au service d’une vision nuancée de la condition humaine.

Grâce à des scénarios brillants

Si La Quatrième Dimension vieillit si bien, cela vient certainement du peu d’effets spéciaux et visuels employés, délaissés au profit de la suggestivité, Rod Serling ayant compris qu’on n’est jamais aussi efficace que lorsqu’on laisse divaguer l’imagination du téléspectateur vers des mondes étranges. Cela vient aussi de l’universalité des thèmes abordés, de questions philosophiques capitales qui nous tendent souvent un miroir souvent peu flatteur, d’histoires qui touchent parfois au plus profond de la noirceur de l’âme humaine. Bref, malgré une mode vestimentaire qui a bien changé, Rod Serling touche aussi bien l’Homme du XXIème siècle que celui du XXème et sans parler d’anticipation, on peut dire que sa série a su transcender le temps qui passe.

Et qui reste inoubliable

Car d’un point de vue formel, on constate à quel point certains épisodes se sont gravés dans l’inconscient collectif, soit parce qu’ils sont plus angoissants que la moyenne, soit parce qu’ils font preuve d’une intelligence rare. Personne n’a en effet oublié ce banquier, fou de livres, qui pense avoir trouvé le paradis grâce à une explosion atomique. Dès l’introduction de chacun d’eux, le ton est donné : « Nous sommes transportés dans une autre dimension, une dimension faite de sons, mais aussi d’esprit. Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : la Quatrième Dimension ». Chaque épisode suivant ces quelques mots comme un précepte qui impose mystère, de obscur et même parfois humour. Le générique, décortiqué et analysé par les fans pendant des décennies, s’appuie lui sur une « musique », une succession de notes scandées plus qu’interprétées, qui imposent l’ambiance de la série en moins d’une minute.

Grâce à de talentueux acteurs

Comme on l’a dit, il n’y a pas de personnages récurrents, ce qui n’empêche pas de bons, voir de très bons acteurs d’avoir tourné dans certains épisodes, certains ayant connu par la suite un succès mondial au cinéma. On peut en fait parler de Who’s Who de l’époque puisqu’on y croise pêle-mêle : Patrick Mcnee, Martin Landau, Peter Falk, Telly Savalas, Charles Bronson, Ron Howard, Lee Van Cleef, Robert Redford ou encore Dennis Hopper. Le succès fulgurant de la série à l’époque explique certainement qu’elle était devenue celle dans laquelle il fallait être vu, celle que tout acteur devait avoir dans son C.V. Mais il faut l’admettre, peu importe les bons acteurs et leur talent (quand ils en avaient), ils s’effacent presque systématiquement devant la richesse et parfois le génie des scénarios de Rod Serling parce qu’au fond, c’est pour ses histoires qu’on regarde cette série.

Et des instants inoubliables

Ce qu’il reste aujourd’hui de La Quatrième Dimension c’est Rod Serling, créateur au sens noble du terme, un homme qui a su s’affranchir de son temps, oublier les normes en vigueur pour faire du neuf sans le vieux et influencer ainsi toute une génération de séries, jusqu’à la récente X-Files. Ce sont des moments de frayeur qui sont venus hanter les nuits de générations d’enfants qui ont cauchemardé sur des créatures, qu’ils imaginaient en train de dévorer les moteurs d’un avion en vol. C’est une série qui a duré cinq ans car elle a su, à chaque épisode, proposer de l’inattendu, du mystère et de l’intelligence car à cette époque, on se souvenait que le téléspectateur avait un cerveau, que les médias audiovisuels pouvaient donner du contenu à leurs programmes, sans nous transformer en animal qu’on engraisse. Mais autre temps, autres mœurs…

Synopsis : Série d’anthologie transportant le téléspectateur dans une contrée sans fin dont les frontières ne sont que notre imagination…

Fiche Technique: La Quatrième Dimension

Titre original: The Twilight Zone Pays d’origine: États-Unis Création: Rod Serling Genre: Série d’anthologie,fantastique, Science-fiction Musique: Marius Constant, Bernard Herrmann Chaîne d’origine: CBS Nb. de saisons: 5 Nb. d’épisodes:156

Auteur de la critique : Freddy M.

 

Salem : saison 1 : Critique de la série

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Salem une série à l’ambiance gothique envoûtante

Le bûcher pour Salem ?

Pour sa toute première série, WGN America, une petite chaîne de Chicago, mise beaucoup sur cette création fantastique d’Adam Simon et de Brannon Braga (scénariste de Star Trek : Générations et Star Trek : Premier Contact), qui nous plonge au cœur de la jeune Amérique puritaine du XVIIème siècle. Dans la petite ville mythique du Massachussetts, des femmes sont accusées d’avoir pactisé avec le diable, et sont condamnées pour sorcellerie puis pendues ou brûlées au bûcher. Tout un programme !…

Si la sorcellerie est l’un des thèmes favoris des séries adolescentes, comme en témoigne Witches of The East End qui lorgne mollement du côté de Charmed, Salem est destinée quant à elle, à un public adulte. Son ambiance fantastique, provocante et oppressante, mêlant sang, sexe, et surnaturel, en fait de ce point de vue, une série mâture et sans concessions, l’éloignant néanmoins de la véracité historique. Malgré un pilote un peu lent et flou, le show parvient au fil des épisodes à créer du mystère autour du rassemblement des sorcières et des ambitions qui les animent. De même, la bataille biblique entre les Puritains qui défendent les lois du Dieu tout puissant, et ces sorcières avides de pouvoir, apportent leur lot d’injustices, de violences, et d’exécutions sommaires. Certaines scènes malmènent la rétine, comme cette jeune femme possédée qui désigne, tel un chien renifleur, la sorcière de son doigt vengeur en vociférant : « The Witch !».

On est bien loin de l’humour ou de la fantaisie des Grimm ! Dès l’affiche façon Hannibal et son trailer, Salem annonce clairement son ambition de se rapprocher davantage de « Coven » d’American Horror Story. Cette ambiance gothique envoûtante est indéniablement le point fort de la série; pour le reste, la réalisation assez noire, la photographie sublime et glauque à souhaits, les costumes, l’époque et le générique d’ouverture à la Marilyn Manson, (Cupid carries a gun composée avec Tyler Bates) suffisent à créer un univers délicieusement macabre.

Toutefois, Salem n’est pas exempte de défauts, à commencer par un casting inégal. Si Janet Montgomery (Entourage) parvient à camper une magnifique Mary Sibley, sorcière à la fois ténébreuse et amoureuse, Shane West (Urgences, Nikita à ses débuts) est plutôt inexpressif en bellâtre grincheux revenant de guerre. Heureusement les personnages secondaires apportent une certaine cohérence à l’ensemble : Seth Gabel (Fringe, Arrow), est crédible dans le rôle du pasteur Cotton Mather, personnage complexe, dénonçant le Mal qui ronge Salem, bible à la main, mais tiraillé entre ses aspirations et ses faiblesses, souvent de chair. Xander Berkeley (Nikita, Mentalist) campe son père tyrannique, le Magistrat Hale, personnage redoutable, assez mystérieux lui aussi ; sa fille Anne Hale, digne de l’aura de son paternel, incarnée par Tanzim Merchant (Les Tudors), jouera très vraisemblablement un rôle important dans la suite du récit.

Avec une montée des enjeux dans la seconde partie, essentiellement à partir de l’épisode 5, Salem prend la mesure du combat entre le bien et les forces su mal, avec toutes ses contradictions inhérentes : amour, haine, trahison, injustice…. On devine aisément que les sorcières ne vont pas se laisser consumer aussi facilement. Encore faudrait-il qu’elles résolvent en premier lieu leurs querelles internes, avant de se livrer entièrement à l’apogée du Grand Soir. On devine également que la romance a priori basique entre Johan Alden, le héros prétendu victorieux et Mary Sibley, la sorcière énigmatique, pourrait bien sceller le sort de cette dernière. Les ressorts de l’intrigue se tendent peu à peu, renforcés par des dialogues au langage soutenu.

Salem pourrait donc être une réussite si elle remplissait plusieurs conditions, afin que la magie perdure. Tout d’abord, il faudrait que la force du scénario soit suffisante lors de la seconde saison pour faire oublier le contexte bouseux de ce microcosme urbain minuscule ; il faudrait que la force des dialogues perdure ; il faudrait également sortir de cette dichotomie trop facile entre méchantes sorcières et puritains inquisiteurs, en complexifiant les enjeux et les trames secondaires. Il faudrait enfin peut-être, renouer avec l’Histoire et ne pas tomber dans la facilité de la surenchère fantastique. C’est là où les scénaristes vont véritablement sceller le sort de Salem, le devenir d’une série culte, ou un feu éphémère de la Saint-Jean…

Synopsis : En 1685, John Alden fuit le puritanisme de Salem et part en guerre contre les Indiens, espérant retrouver rapidement sa bien-aimée, Mary Sibley. Sept ans plus tard, il revient à Salem et découvre une ville dominée par la peur des sorcières.

Bande-annonce : Salem Saison 1

Fiche technique : Salem 

Créée par : Brannon Braga (24, Star Trek: The Next Generation, Voyager, Enterprise), Adam Simon (The Haunting In Connecticut)
Année de création : 2014
Production : Américain(e)
Format : 60 min.
Chaîne(s) : ABC, WGN America
Genre : Drame, Fantastique, Thriller
Casting: Shane West (Nikita), Seth Gabel (Fringe, Arrow), Janet Montgomery (Entourage, Human Target) et Xander Berkeley (Nikita, 24 Heures Chrono)
Statut : Saison 2 en préparation
Nombre d’épisode(s) : 13
Date de première diffusion : 20/04/2014
Episode 1 : The Vow, diffusé le 20/04/14
Episode 2 : The Stone Child, diffusé le 27/04/14
Episode 3 : In Vain, diffusé le 04/05/14
Episode 4 : Survivors, diffusé le 11/05/14
Episode 5 : Lies, diffusé le 18/05/14
Episode 6 : The Red Rose And The Briar, diffuse le 25/05/14
Episode 7 : Our Own Private America, diffusé le 01/06/14
Episode 8 : Departures, diffusé le 08/06/14
Episode 9 : Children Be Afraid, diffusé le 15/06/14
Episode 10 : The House Of Pain, diffusé le 22/06/14
Episode 11 : Cat And Mouse, diffusé le 29/06/14
Episode 12 : Ashes, Ashes, diffusé le 06/07/14
Episode 13 : All Fall Down, diffusion prévue le 13/07/14

 

 

 

Dune de David Lynch : Critique du film

Dune de David Lynch : Chronique d’un échec annoncé

Lynch contre la production

Dune semble né d’un malentendu entre David Lynch et ses producteurs. D’un côté un réalisateur qui voulait que son film lui corresponde : de l’autre une production qui ne l’entendait pas ainsi. Savoir que le réalisateur a fini par renier son œuvre n’est pas une surprise : son univers n’apparaît que peu dans un film qui a très mal vieilli, trop marqué par les années 80 pendant lesquelles il a été tourné. Aujourd’hui, cet échec artistique conforte la série de romans Dune comme une saga littéraire inadaptable à l’écran, à laquelle aucun cinéaste n’est revenu se frotter depuis.

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Un scénario amputé

Tout à peu près sent l’échec dans Dune, comme si Lynch n’avait pas maîtrisé grand-chose de son projet et n’avait jamais pu aller au bout de ses idées. A commencer par le scénario, piètre transcription à l’écran d’une œuvre complète et complexe, pleine d’enjeux philosophiques et théologiques. Lynch n’en reprend que la surface de ces luttes de pouvoir, du mystère de l’Epice, de cette révélation que la voix peut être une arme redoutable.

Une narration aléatoire

Ses choix narratifs déçoivent, à commencer par ces voix off simplement inutiles et sensées traduire les pensées des personnages, le jeu des acteurs aurait largement suffit à les refléter. On sent par là que Lynch n’est pas à l’aise, qu’il n’est pas dans son univers et bafouille son cinéma. Les séquences s’enchaînent sans lien ni logique véritable, traduisant peut-être un montage hasardeux. C’est flagrant pendant les scènes romantiques ; on y sent qu’il ne s’agit pas là de son sujet de prédilection ; elles sont souvent niaises et seraient touchantes de naïveté, s’il n’y avait derrière la caméra le réalisateur d’Eraserhead. Pourtant, même ce que Lynch devrait maîtriser, comme le coté géopolitique de son scénario, se transforme en épreuve pour le spectateur.

Un film vieux avant d’être jeune

Venant de lui, on attendait une mise en scène pleine de créativité et surtout de culot, mais il n’offre finalement que peu de choses à part peut-être de magnifiques costumes, en tout cas dans ce qu’ils ont de baroque. Car Dune joue des contrastes entre modernité et temps passé. Si Lynch propose des costumes traditionnels magnifiques, ceux qui traduisent une ère plus moderne sont déjà complètement dépassés et parfois ridicules. C’est là que le film pêche le plus, il n’est pas beau la plupart du temps : ces yeux bleus phosphorescents sont un échec ; le côté psychédélique est épuisant et les effets spéciaux, faits de maquettes très voyantes et d’un style trop marqué, ne traversent pas le temps comme Star Wars. On frise parfois le mauvais goût avec cet intérieur cuir en nid d’abeille d’une des navettes ; on frôle aussi le génie avec la chevauchée du ver qui retombe vite à plat, faute de panache. L’impression donnée est que David Lynch n’aurait pas eu le budget de ses ambitions.

L’esprit Lynch en filigrane

En revanche, certains thèmes de prédilections, que Lynch partage avec Cronenberg, sont toujours bien présents. Les corps, leur aspect organique et leur intégrité traversent le film en trame de fond, laissant parfois ce léger goût de malaise, face à des créatures hideuses sorties d’un cerveau délicieusement dérangé. Lynch a toujours pris un malin plaisir à réveiller nos angoisses et nos cauchemars, nous mettant face à nous-mêmes, face à nos tabous, face à nos mensonges.

Mais les acteurs s’ennuient

Visiblement il n’a pas réussi la même chose avec ses acteurs, qui constituaient pourtant une très belle distribution, qu’il s’agisse de Dean Stockwell (Paris, Texas), Patrick Stewart (X-Men) ou même de Sting, qu’on voit très peu et c’est tant mieux, puisqu’il démontre ici qu’il est bien meilleur chanteur qu’acteur. S’il y a par contre d’excellents seconds rôles, cela n’empêche pas les méchants d’être très médiocres, sans vices et tout en retenue, alors qu’on les voulait flamboyants et hors de contrôle.

Et la musique nous ennuie

La bande-originale n’oublie pas de l’être, flamboyante. Rien d’étonnant puisque le groupe Toto s’en est chargé, au détriment des oreilles du spectateur. Dès le générique, lorsqu’on voit apparaître le nom du groupe, on sent que le pire est à venir. En effet, cette musique est un cuisant échec, complètement aromatisée à la sauce 80 et devenue assourdissante tant elle est omniprésente du début à la fin. Seule échappatoire, les parties dont s’est chargé Brian Eno, où l’on sent l’artiste au travail, le génie à la création. On sait que beaucoup de films gagnent à avoir un thème musical identifiable, mais Dune n’a que ça : une musique thématique. Le film aurait gagné à inclure plus souvent une musique circonstancielle, reflet de l’action en cours.

Ceci n’est pas un film

Dune reste encore aujourd’hui une déception, un film qui ne semble pas à la hauteur de la folie de son géniteur, tout en manquant parfois de sobriété lors de la scène du test de douleur, beaucoup trop explicite. Soit David Lynch n’a pas fait les bons choix, soit on ne l’a pas laissé faire. On en vient presque à penser que, pour être réussi, Dune aurait dû être un blockbuster qui aurait encore plus penché vers l’heroïc fantasy que la science-fiction. Ce qu’on emporte avec soi après l’avoir vu, c’est l’impression de n’avoir vu qu’un story-board, un simple brouillon de l’immense film qu’aurait dû être Dune et qu’il ne sera jamais.

Synopsis : L’empereur Shaddam IV règne sur l’univers. Se sentant menacé par le pouvoir mystérieux des Atréides, il extermine sur la planète Dune ce peuple fier et valeureux. Paul, héritier des Atréides, échappe au massacre. 

Fiche Technique: Dune de David Lynch

Première sortie: 14 décembre 1984 (États-Unis)
Réalisateur: David Lynch
Scénariste(s): Christopher de Vore, Eric Bergren, David Lynch D’après l’oeuvre de J. Herbert Frank
Durée: 190 minutes
Compositeur(s): Brian Eno, Toto
Casting: Le chef des Atréides est le duc Leto (Jürgen Prochnow), il gouverne avec l’aide de sa concubine Jessica (Francesca Annis) et de son fils Paul (Kyle MacLachlan). Les Harkonnens sont dirigées par le Baron Vladimir Harkonnen (Kenneth McMillan et ses deux neveux Rabban (Paul L. Smith) et Feyd-Rautha (Sting)
Dean Stockwell:  Dr Wellington Yueh
Patrick Stewart: Gurney Halleck
Sean Young: Chani
Virginia Madsen: La princesse Irulan
José Ferrer: Padishah Emperor Shaddam IV
Linda Hunt: Shadout Mapes
Freddie Jones: Thufir Hawat
Richard Jordan: Duncan Idaho

Auteur de la critique Freddy M.

 

Elephant Man de David Lynch : Critique du film

Par son sujet (la différence et la tolérance), par son registre (pathétique et humaniste) et par son traitement (un classieux noir et blanc de 1980), Elephant Man a tout du grand film prestigieux destiné à conquérir les cœurs de la foule et la rétine de la critique. Et à raison. Faire un film sur la laideur et la cruauté, qui s’avère finalement si beau, est l’apanage d’un grand réalisateur.

Lynch est-il capable de classicisme ?

Le récit suit une progression savamment étudiée : celle, tout d’abord de la découverte de l’homme difforme, de plus en plus exposé à la lumière, dans l’obscurité d’une cave, puis en ombre chinoise, puis sous une cagoule. Celle ensuite de son humanisation : alors qu’on le croit attardé (« Praise Go is an idiot », dit Frederick Treves), il s’éveille au langage, à la mémoire et à la lecture : là encore, entre la Bible et Roméo & Juliette, Lynch se plie à l’Angleterre victorienne et assume le cadre conventionnel de son film. La dialectique conventionnelle, déjà largement exploitée chez Browning, de la monstruosité morale des êtres valides face à l’humanité des monstres est menée avec épure et sans trop d’excès de pathos, même si la démonstration peut s’avérer redondante par instants : la maquette de la cathédrale piétinée, l’enfermement dans la cage à côté des singes et la solidarité des autres difformes vire un peu au didactique.

Le plus intéressant est la touche que l’auteur ajoute à son sujet, car il s’agit bien d’un film de Lynch, même s’il honore ici une commande. L’obsession pour les sous-sols et la machinerie de l’ère industrielle traverse tout le film, écho à bien des visions du précédent Eraserhead. Eruptions de fumée, mouvances de celles que la peau boursoufflée de Merrick offre aux regards. Corps asservis à une machinerie brutale et déshumanisante, dans une ville toujours plus grande et saturée d’une foule en mal de sensations fortes.

L’autre thématique est bien évidemment celle du regard et du spectacle. Où qu’il se trouve, John Merrick est le centre d’attention. De la foire populaire à la faculté de médecine, des salons mondains à la l’opéra, il est celui qu’on exhibe avec plus ou moins de violence, en assumant plus ou moins son désir voyeur. Deux points d’orgues viennent achever son apprentissage : le spectacle improvisé dans les toilettes de la gare où l’on arrache sa cagoule et où, pour la première fois, Merrick hurle face à la foule en niant son apparence par un cri qui revendique son humanité, resté célèbre : « I am not an animal ! I am a human being ! I… am… a man ! «  Enfin assumé, il peut devenir spectateur, lors du spectacle final, hommage poétique et virtuose de Lynch aux machineries du théâtre, de l’illusionnisme, et, partant, aux origines du cinéma, notamment à Méliès.

Mais les scènes les plus belles sont celles des contrechamps proposant le regard posé sur Merrick : la compassion effarée de Treves, l’intérêt aveugle de Bytes, l’effroi de l’infirmière ou la fascination de l’actrice Marge Kendal. Lynch dépasse, dans cette progression, la dichotomie simpliste et manichéenne du propriétaire cupide et du médecin humaniste. Durant tout le film, le spectateur peut se demander quelles sont les motivations réelles de tous ceux qui s’acharnent à aider Merrick : Treves se pose lui-même la question, et remerciera son patient de ce qu’il lui a apporté et appris. Mais le directeur qui fait appel à la Reine Victoria ou l’actrice qui fait se lever toute la haute société lors du spectacle final soulève de lourdes ambiguïtés : l’ambition personnelle de l’un, la récupération d’une mode par l’autre qui vole à Merrick son statut de spectateur pour le remettre au centre des regards. Qu’applaudit réellement la foule ? L’extraordinaire de la présence de Merrick ? Sa différence ? Mérite-t-il des applaudissements ? Une piste, peut-être, qui permettrait à cet acmé de dépasser les pensums hollywoodiens : la foule s’auto congratule, débordante de suffisance et complaisante quant à sa propre charité chrétienne. Lorsqu’il construit la maquette de la cathédrale dont il ne voit que le sommet de sa fenêtre, Merrick explique à l’infirmière : « I have to rely on my imagination for what I can’t actually see ».

Finalement, c’est par le classicisme le plus strict que Lynch repose une question qui traverse tous ses films : celle de son rapport au regard, au monstrueux et à ce qui, justement, est montré ; et enfin, du statut bien ambigu lui aussi, de ceux qui regardent.

Synopsis : Londres, 1884. Le chirurgien Frederick Treves découvre un homme complètement défiguré et difforme, devenu une attraction de foire. John Merrick,  » le monstre « , doit son nom de Elephant Man au terrible accident que subit sa mère. Alors enceinte de quelques mois, elle est renversée par un éléphant. Impressionné par de telles difformités, le Dr. Treves achète Merrick, l’arrachant ainsi à la violence de son propriétaire, et à l’humiliation quotidienne d’être mis en spectacle. Le chirurgien pense alors que  » le monstre  » est un idiot congénital. Il découvre rapidement en Merrick un homme meurtri, intelligent et doté d’une grande sensibilité. 

Fiche Technique: Elephant Man

Réalisateur: Lynch, David
Acteurs: Anthony Hopkins, Anne Bancroft, John Hurt, John Gielguld, Wendy Hiller
Genre: Drame
Editeur: Studio Canal
Nationalité: Américain
Date de sortie: 1980

Auteur de la critique: Sergent Pepper

 

Orphan Black, saison 2 : Critique de la série

Critique Orphan Black – saison 2 : Nos craintes dévoilées face au progrès du clonage

Cette série canadienne fut une révélation, d’une part par son originalité scénaristique, en abordant l’une de nos pires craintes sur le progrès du clonage; puis par la performance exceptionnelle de l’actrice principale Tatiana Malsany, qui cette saison encore, nous dresse le portrait de 11 personnages à elle seule.

Cette seconde saison d’Orphan Black dénote par rapport à la première, qui jouait beaucoup sur le côté complot/société secrète et mise en relation des divers clones. Cette fois ci, on sait qui tire les ficelles de l’expérience : Le DYAD. Alors, il n’y a plus autant de mystères, mais plus de profondeur : on rentre dans le vif du sujet dès le départ. On découvre les tenants et les aboutissants de l’organisation, son but initial et ses ambitions quant à l’avenir du clonage.

Rachel, une des clones en tête de l’organisation, dévoile d’autres aspects de sa personnalité.Malgré sa tension et ses rebondissements, Orphan Black s’est un peu ramollie par rapport à la première saison. Un épisode sur deux mérite les soubresauts des spectateurs. Les twists sont moins surprenants et toute l’intrigue est encore une fois trop centrée sur Sarah et Kira, qui dans cette incessante chasse à l’homme (ou au clone), tentent  d’échapper aux griffes de DYAD.

Avec son générique psychédélique, et ses musiques doucement angoissantes, parfois particulièrement stridentes, on s’installe dans un univers envoutant et énigmatique. Empruntant le coté sombre et inquiétant de Millenium, l’image est très contrastée et peu saturée.

On survole l’immoralité du clonage, quand une secte religieuse liée à l’organisation veut aussi s’essayer à des expériences inhumaines sur Helena. La série revient sur le lien étroit de la religion et la science, ce besoin de jouer à Dieu en manipulant les cellules.Toute la série se maintient grâce à l’actrice principale, surprenante, dans sa variation des costumes, des accents et des émotions. On est bluffé par le kaléidoscope des personnages qu’elle interprète. Particulièrement avec un nouveau clone pas comme les autres pour cette saison, un transgenre du nom de Tony.Fidèlement, on reste attaché aux autres doubles : Cosima, la scientifique lesbienne, dont la santé fragile devient la voute dramatique de cette saison. Allison, la mère au foyer, d’apparence coincée et propre sur elle, mais au caractère bien trempé, nous surprendra encore tout en nous amusant.

Helena enfin, psychopathe énigmatique et sincère, sera d’autant plus au cœur du récit, créant de nouveaux lien avec Sarah. Le personnage de Félix, toujours aussi pimpant et caractéristique dans son cliché du gay gothique, ne cesse de nous faire rire, au risque parfois de faire de l’ombre à l’actrice principale. Seul bémol dans les personnages, c’est celui de Delphine, la petite copine scientifique de Cosima, qui n’a toujours pas choisi dans quel camp se ranger et en devient très agaçante. De nouveaux personnages inattendus, dont le père biologique de Kira (interprété par le ténébreux Michiel Huisman, le nouveau Daario Naharis de Game of Thrones), vont faire leur apparition et les protéger au péril de leur vie.

Même si la seconde saison d‘Orphan Black semble moins passionnante, un peu embrouillée dans ces différentes couches d’intrigues, la qualité de la série reste inchangée. Une scène ou les clones dansent au son reggae (Water Prayer Rasta mix by Matt The Alien), et sont tous dans le même cadre, prouve l’effort de la production à prodiguer un divertissement de qualité.Grâce à un mélange mesuré de science-fiction et de thriller, on s’accroche à la suite, au rythme maintenu par les cliffhangers cruels, à chaque fin d’épisode. Une fin surprenante, inattendue, qui promet une saison 3, on l’espère, plus passionnante et plus approfondie. En escomptant surtout que la série de soit pas victime de son succès montant.

Fiche Technique: Orphan Black

Pays D’origine: Canada
Genre: Anticipation
Chaine De Diffusion: BBC America, Space
Crée Par: Graeme Manson, John Fawcett
Acteurs Principaux: Dylan Bruce, Jordan Gavaris, Kevin Hanchard, Maria Doyle Kennedy, Matt Frewer, Michiel Huisman, Peter Outerbridge, Tatiana MaslanyNombre et format des épisodes: 10*43 min1ère diffusion: 19 Avril 2014
Statut de la série: Renouvelée