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Requiem pour un massacre d’Elem Klinov : Critique du film

Les horreurs perpétrées par les nazis dans nos contrées sont bien connues, relatées dans un bon nombre d’œuvres. Mais ce que l’on sait moins, c’est que la Russie –ou plutôt la Biélorussie- a également payé un lourd tribut. C’est ce que raconte Requiem pour un massacre, film russe de 1985, soit après le choc d’Apocalypse Now et Voyage au bout de l’enfer, du côté américain. Bien que ce film soit surtout connu dans les sphères cinéphiles, Requiem pour un massacre est devenu un classique du genre.

En 1943, les armées allemandes avancent dans les terres russes. Un jeune garçon, Fiora, est déterminé à se battre. Il est le témoin d’atrocités sans nom qu’il est bien trop jeune pour pouvoir supporter. Des atrocités que personne d’ailleurs ne pourrait endurer. Pas d’explosions spectaculaires, de nobles résistants, ou de charges héroïques. Juste la menace d’une mort violente venue du ciel, des tirs d’artillerie arrachant la vie dans une gerbe de débris, exacerbée par une musique lancinante et monotone, horriblement discrète, et une atmosphère pesante. Le « héros », un adolescent, l’âme à jamais marquée par la cruauté humaine lors de la période la plus sombre de l’histoire de l’humanité. Une cruauté humaine montrée sans fard, brute, dans toute son absurde stupidité. Persuadés d’être une race supérieure, les soldats allemands se permettent toutes les dérives envers ceux qu’ils considèrent comme des inférieurs. Le pire étant qu’ils ne ressemblent même pas à des monstres, ils n’ont même pas conscience de leurs actes. Impossible dès lors de ne pas se demander comment des hommes peuvent commettre de telles horreurs ; comment des soldats peuvent massacrer des civils, femmes et enfants compris, en rigolant et en s’esclaffant.

Au-delà de l’horreur sans concession qui constitue la principale qualité du film, et à l’origine de sa renommée, bien que discrète, Requiem pour un massacre n’est cependant pas parfait. Il a tendance à insister un peu trop sur les réactions du personnage, son visage déformé, ses moments de folie. Certes après avoir vu ce qu’il a vu, personne ne peut savoir comment réagir, mais le film s’appuie un peu trop lourdement là-dessus. Quelques lourdeurs donc, et aussi quelques longueurs.

Comment attribuer une bonne note à ce film ? Il fait passer un moment très désagréable. Requiem pour un massacre est un film horrible. Mais au-delà de son côté pénible, cet aspect de l’humanité ne doit pas être ignoré. C’est pourquoi Requiem pour un massacre est également un grand film.

Synopsis : 1943, dans un village de Biélorussie occupé, Fliora s’engage, bien que trop jeune, chez les partisans. Il va découvrir l’horreur de la guerre et de la cruauté humaine.

Fiche technique – Requiem pour un massacre

Titre français : « Requiem pour un massacre » ou « Viens et vois »
Titre original : « Сволочи » en cyrillique (« Svolochi » en latin)
Titre international : « Bastards »
Réalisation : Aleksandr Atanesyan
Scénario : Aleksandr Atanesyan et Vladimir Kunin
Directeur de la Photographie : Dmitriy Yashonkov
Musique : Arkadiy Ukupnik
Son : Victor Morse
Montage : Valeria Belova
Direction artistique : Victor Petrov
Costumes : Eleonora Semionova
Pays d’origine : URSS
Date de sortie : juillet 1985 en URSS
Langues : biélorusse, russe, allemand
Genre : Drame, guerre
Durée : 140 minutes
Production : S. Terechtchenko
Sociétés de production : Mosfilm et Belarusfilm

Auteur de la critique : William

Boyhood, un film de Richard Linklater : Critique

Boyhood : L’enfance, le temps d’une vie

Unique en son genre, le film n’a compté que 39 jours de tournage, mais répartis sur une durée de 12 ans. Un projet expérimental assez osé pour le réalisateur Richard Linklater, connu plutôt pour sa trilogie romantique Before Sunrise, Before Sunset et Before Midnight. Applaudi par la critique lors du Sundance 2014 , le film s’installe déjà comme un bijou unique et incomparable.

Avec au casting Ethan Hawke (le père) déjà familier avec le réalisateur, Patricia Arquette (la mère) et Lorelei Linklater (la sœur) sa propre fille. Enfin, la révélation d’Ellar Coltrane, qui aura investi douze ans de sa vie au seul personnage de Mason. Une aventure hors du commun pour ses acteurs, comparable à celle d’une franchise, un défilé de séquences, de moments de leur propre vie.

Témoignage touchant et réel de notre époque

Ce film c’est l’expérience d’une vie à laquelle chacun risque de s’identifier. De ces histoires de familles, parfois drôles et sincères, d’autres fois plus dramatiques et poignantes, ressortent une profonde franchise. Le spectateur est plongé au cœur des difficultés affrontées par cette famille, toujours relatées sans exagération et de manière optimiste pour l’avenir.

Boyhood retrace également tous les moments clés de la dernière décennie à travers l’univers de Mason. Son évolution graduelle et sans aucun trucage, est d’abord physique (cheveux courts, longs, rasés, et un look qui passe de skateur à indie rock) ; puis comportementale, dans sa manière de s’imposer et de réfléchir au monde qui l’entoure. Nous vivons son passage progressif et terrifiant à l’âge adulte, sa confrontation aux pressions sociales multiformes du lycée, les responsabilités professionnelles qui s’imposent à lui, et au milieu de tout cela, ses rêves un peu naïfs de devenir photographe.

Quand le documentaire rejoint la fiction

Malgré son origine fictionnelle, Boyhood se démarque par son côté documentaire dans sa vision factuelle et attachée au moment présent. Des événements importants de l’histoire sont alors capturés à l’instant présent, là ou d’autres films les auraient reconstitués. Par exemple, la sortie tant attendue du tome sept d’Harry Potter, des références à Star Wars, ou d’autres icones populaires comme Lady Gaga. Mais également des faits sociaux et économiques importants comme la guerre en Irak et les conséquences du 11 septembre 2011, l’arrivée à la présidentielle d’Obama contre McCain, ainsi que la réelle difficulté économique des familles modestes à subvenir à leurs besoins.

Richard Linklater se permet également de dresser un portrait des mentalités de notre époque, parfois des archétypes qui traversent les différents milieux familiaux et sociaux, du modeste au plus aisé, suite aux remariages. Comme en témoigne l’exemple probant du père : au début, rocker rebelle et irresponsable dans sa voiture de collection, puis père et mari modèle dans une famille très carrée et très croyante, du premier amendement surtout. Le réalisateur nous montre l’évolution de ces personnages, mais aussi celle des acteurs, considérés comme des membres de sa propre famille.

Une bande originale qui accompagne l’évolution de Mason

Tout comme le film, la bande originale nous replonge dans une nostalgie musicale : en commençant par « Yellow » de Coldplay; des classiques comme « She’s long Gone » de Black Keys, et des titres des Beatles; le bon vieux « Wilco – Hate it Here » et « Hero » de Family of the Year et plus récemment « Gotye – Somebody That I used To Know », « Atlas Genius – Trojans », « Could We – Cat Power », sans oublier « 1901 – Phoenix ». Une bande originale éclectique qui fera à coup sûr replonger le spectateur dans ses propres souvenirs.

Le temps, outil du cinéma

Le film permet d’avoir au final, un certain recul sur sa propre vie, et celle des acteurs en parallèle. Il permet de s’identifier, et de se questionner soi-même sur les choix faits et les erreurs que l’on aurait pu éviter. Nous sommes tous amenés à revoir sous forme de film nos dix dernières années. Et nous constatons que les douze années d’évolution pour cet enfant, qui paraissent longues en durée, filent de facto à une vitesse incontrôlable. C’est cela qui rend le film unique et intéressant : le temps qui passe modélise notre expérience de vie. Le temps est donc la notion clé du film : ce n’est pas à nous de saisir l’instant présent, c’est lui qui nous saisit sans que l’on s’en rende compte.

Synopsis : La vie du jeune Mason de ses 6 ans à ses 18 ans, en temps réel. Les séparations, les déménagements, les remariages, les naissances, tout ce qui bouleverse la vie de cette famille normale. Mais aussi tout ce qui peut troubler l’enfance d’un jeune américain qui a grandi dans les années 2000. Ses questionnements, ses espoirs, ses premières fois, ses peurs et ses rêves d’avenir au cœur d’une réalité sociale et économique.

Boyhood : Bande-annonce

Boyhood : Fiche Technique

Réalisation : Richard Linklater
Scénario : Richard Linklater
Interprétation : Ellar Coltrane (Mason), Patricia Arquette (Mère), Ethan Hawke (Père), Lorelei Linklater (Samantha)…
Montage : Sandra Adair
Musique : Meghan Currier
Producteurs : Cathleen Sutherland
Durée : 164 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 23 juillet 2014

Etats-Unis – 2014

Mourir comme un homme de Joa Pedro Rodrigues : Critique du film

Mourir comme un homme ou une Lisbonne fantasmée d’où surgit la vérité humaine  

Comment définir le plus justement possible cette expérience cinématographique? Plus proche dans sa forme d’une mise en scène théâtralisée, surtout dans sa seconde partie, que d’un pur film de cinéma ; emprunte d’une rigueur toute européenne qui prend son temps pour installer sa trame narrative ainsi que ses personnages.

Cet OFNI (objet filmique non identifié) reste difficilement accessible. Sur un sujet aussi délicat, la moindre faute de goût rendrait ce long métrage purement et simplement insupportable. Nous sommes beaucoup plus proches de la froideur et la noirceur d’un Pedro Almodovar période La Mauvaise Éducation ou Parle avec elle que de l’efficacité américaine d’un Transamerica. Non que ce dernier ne soit pas sensible et délicat, bien au contraire, mais il est conçu de telle manière que son émotion tend davantage à une certaine facilité.

Rien de tout ça ici, car le réalisateur construit une analyse, ou plutôt nous entraîne dans les méandres de ce transsexuel, Tonia, qui n’arrive pas à vivre pleinement sa nouvelle identité. Dans une Lisbonne fantasmée, où les ruelles et la nature désertes sont autant une représentation mentale de sa solitude qu’un miroir à peine déformé d’un monde violent qui rejette ses laissés pour compte, se joue toute la vérité humaine. Ses amours contrariées avec un jeune toxicomane qui le presse de s’affirmer en tant que femme et ses relations filiales et amicales sont des refuges qui se délitent peu à peu. S’y ressent toute la cruauté de ce monde interlope où les confidents, jadis rassurants, se muent en menaces ou en repoussoirs, signe d’une société perdue dans laquelle y vivre devient un chemin de croix. La religion, très présente, est révélatrice d’une foi perdue. Même les animaux, source de confiance, se révèlent être de malicieux petits usurpateurs. Le chien errant retrouvé est très symbolique de ce point de vue…

 

Rien ne nous est épargné de ces corps en souffrance. Tonia, qui vit douloureusement sa transformation physique et voit régulièrement sa transplantation mammaire se liquéfier, n’est plus sure de savoir quelle direction prendre. Les seins, symboles de la féminité par excellence, souffrent de ce corps androgyne. Image terrible de cette identité qui se cherche sans réussir à se trouver. La nudité exacerbée de ces hommes et femmes, cet appétit sexuel dévorant dans ce cinéma de quartier glauque, ce désir excitant tout autant que repoussant crée un trouble perturbant. Effet sans doute recherché par Joao Pedro Rorigues pour nous obliger à nous interroger sur notre construction d’Homme (au sens large).
Ce besoin et cette recherche esthétique sont passionnants pendant un temps, mais nous perd en route à force de radicalité trop exigeante et déroutante. La rencontre fortuite dans un champ éloigné de tout se transforme en une laborieuse pièce de théâtre. La déstructuration des couleurs et de l’espace temps semble amuser le metteur en scène. La vie n’est qu’un jeu, aussi malsain et dangereux soit-il. Ce mystérieux personnage, pour qui la solitude est la seule raison valable d’exister, et nous déclamant des poèmes en allemand sortant d’un autre temps, est une fantaisie assez rébarbative et guère touchante. La fin magnifique et bouleversante, vient rattraper cette digression longue et inutile dont on se serait volontiers passé.

A réserver à un certain public averti et à voir avec le cœur bien accroché. C’est un concept courageux qui a le mérite d’exister et qu’il faut soutenir face aux mastodontes de l’industrie commerciale qui étouffe ce genre.

https://www.youtube.com/watch?v=qLD9Nk8-E58

Synopsis: Tonia, une transsexuelle vétéran des spectacles de travestis à Lisbonne, voit s’effondrer le monde qui l’entoure : son statut de star est menacé par la concurrence des jeunes artistes. Pressée par son jeune copain Rosário d’assumer l’identité de femme et de se soumettre à l’opération qui la fera changer de sexe, Tonia lutte contre ses convictions religieuses les plus intimes. Pour s’éloigner de tous ses problèmes, elle part à la campagne avec Rosário. Après s’être égarés, ils se retrouvent dans une forêt enchantée, un monde magique où ils rencontrent l’énigmatique Maria Bakker et sa copine Paula. Cette rencontre va tout faire basculer… 

Fiche Technique: Mourir comme un homme

Mourir comme un homme (Morrer como um homem)
Portugal – 2009
Réalisation: João Pedro Rodrigues
Scénario: João Pedro Rodrigues, Rui Catalão
Interprétation: Fernando Santos (Tonia), Alexander David (Rosário), Gonçalo Ferreira De Almeida (Maria Bakker), Chandra Malatitch (Zé Maria), Jenny Larrue (Jenny), Cindy Scrash (Irene), Fernando Gomes (Teixeira), Miguel Loureiro (Paula), André Murraças (Dr Felgueiras)
Date de sortie: 28 avril 2010
Durée: 2h13
Genre: Drame, Biopic
Image: Rui Poças
Montage: Rui Mourão, João Pedro Rodrigues
Producteur: Maria João Sigalho
Production: Rosa Filmes

Auteur de la critique: Le Cinéphile Dijonnais

Twin Peaks de David Lynch : Critique de la série

Tout comme le Grunge, la guerre du Golfe ou les achats de matchs par Bernard Tapie, Twin Peaks est indissociable du début des années 90, une décennie qui verra l’explosion de la technologie bouleverser notre façon d’appréhender le monde.

Née alors que balbutie un réseau connecté que l’on n’appelle pas encore Internet, la série a fait l’objet d’un culte dont l’ampleur n’a guère diminué depuis. Le nom HBO n’est pas encore sur toutes les lèvres, Netflix n’est qu’un rêve pas encore caressé, et le petit écran souffre d’un manque d’originalité cruel, coincé qu’il est entre séries policières et soap opéra.

L’ancêtre de la série télé moderne

Et puis déboule Twin Peaks, une série à nulle autre pareille, qui dynamite les codes du genre et insuffle un vent de mystère et d’inquiétante étrangeté, tout droit sorti du cerveau torturé de David Lynch. Un réalisateur de renom qui s’attaque ainsi à la petite lucarne, ce n’est pas chose commune à l’époque. On peut penser à Michael Mann et sa série Deux flics à Miami, mais le metteur en scène de Heat n’a pas à l’époque l’aura qui allait l’entourer, et certainement pas celle du créateur de Blue Velvet.

Et les créateurs de l’époque s’inspirent de cette nouvelle recette, qui n’a plus peur de créer un univers fort et de faire des incursions dans le fantastique. On peut ainsi considérer Twin Peaks comme le père d’autres grands noms de séries télé des années 90, comme X-Files par exemple. Le plus bel exemple de descendant (plus ou moins) direct est Desperate Housewives, dont le décor et les intrigues mettant à nu le cœur pourri d’habitants à l’apparence trompeuse, est le pendant plus sage et réaliste de Twin Peaks.

Les apparences sont trompeuses

Au cœur de la série, comme pour son dernier film, se trouve une ville et ses habitants tous très propres sur eux. La découverte du cadavre emballé de plastique de Laura Palmer va faire voler en éclat cette illusion de normalité pour révéler un monde souterrain qui déborde sur la réalité. Ce meurtre (car c’en est un) sert à la fois de point de départ et d’excuse à une intrigue policière qui n’en est pas une. David Lynch a d’ailleurs ouvertement déclaré se moquer de l’identité de l’assassin, et ne comptait pas la révéler au public. La production fit pression sur lui, et il dût finalement donner un nom en pâture, avant de se désintéresser du destin de la ville.

Ce qui intéressait le réalisateur, ce sont les habitants, leurs histoires, leurs fêlures, leurs névroses. Mettre à nu l’âme humaine dans toute son imperfection. Et, comme dans Blue Velvet, utiliser son clone cinématographique, Kyle MacLachlan, comme témoin silencieux. Dale Cooper, l’agent du FBI trop propre sur lui pour être vrai, est ainsi le spectateur de cette tragédie qui se joue sous ses yeux et ceux du spectateur, assistant à la transformation progressive de la ville et de ses habitants.

Schizophrénie et clones maléfiques

Car ce qui sous-tend la série, c’est bien la part d’ombre qui réside en chaque être humain. Une dualité que Lynch exploite au maximum et au premier degré, chaque personnage de Twin Peaks ayant son jumeau, son double, comme un miroir déformant qui renverrait une image diamétralement opposée. Jusqu’à Laura Palmer, dont le fantôme hante la ville, et qui se réincarne sous les traits de sa cousine Maddy, dans une version plus pure et innocente. Le nom de la ville est en ce sens révélateur.

Cette dichotomie prend encore plus d’ampleur dans la seconde partie de la série, quand a enfin été révélé le nom du meurtrier. Car il a bien fallu poursuivre l’histoire, malgré le départ de son créateur. Il faudra quelques épisodes avant que ce second arc narratif ne se mette en place, durant lesquels le show bat un peu de l’aile. Mais lorsque apparaît enfin la Loge Noire, la série trouve un second souffle, retrouvant les sommets qu’elle a perdu après l’épisode 14, celui où se révèle enfin l’identité (forcément double) de l’assassin de Laura Palmer, et l’un des plus marquants de Twin Peaks. La thématique de la schizophrénie gagne encore en importance dans cette deuxième partie, toujours aussi brillamment menée. Malheureusement, la série ne se relèvera pas des baisses d’audience enregistrée une fois le mystère résolu, et se conclura à la fin de la saison 2 sur un cliffhanger qui laisse encore les fans de Twin Peaks dans un état proche de l’hystérie.

Testament et héritage

Malgré cette fin prématurée, Twin Peaks garde une place à part dans le cœur des amoureux de la série, mais aussi des cinéphiles. Pour la première fois, une aventure sur le petit écran possède la même qualité qu’un film. David Lynch, s’il ne réalise pas tous les épisodes, imprime une identité visuelle très particulière à la série, avec ses cadres travaillés et réfléchis, et exploite au maximum les possibilités laissées par le médium, notamment en terme d’ambiance, grâce au hors champ. La multiplication de personnages forts, loin des caricatures unidimensionnelles que l’on retrouve trop souvent à l’époque, permet au public de se projeter. Cela semble une évidence aujourd’hui, mais c’est bien Twin Peaks qui a créé cette tendance.

La série aura également généré autour d’elle une véritable communauté de fans dévoués, qui encore aujourd’hui peuple les forums pour proposer leurs interprétation du moindre détail, apporter des explications supplémentaires ou écrire leur fan-fiction dans l’univers Twin Peaks. À l’époque, autour de la machine à café, on ne discute pas de la mort de la veille dans Game of Thrones, mais bien de la petite ville de campagne, et des différentes explications possibles au sens de l’épisode.

Plus de vingt ans après la fin de sa diffusion, Twin Peaks n’a rien perdu de sa puissance envoûtante et de son mystère. L’engouement qui entoure la série a d’ailleurs connu un regain récemment à l’occasion de ses 25 ans, un petit clin d’œil que les connaisseurs apprécieront.

Synopsis : Dans la ville imaginaire de Twin Peaks, située dans le nord-ouest de l’État de Washington, le cadavre de Laura Palmer, une jolie lycéenne connue et aimée de tous, est retrouvé emballé dans un sac en plastique sur la berge d’une rivière. L’agent spécial du FBI Dale Cooper est désigné pour mener l’enquête. Il découvre alors que Laura Palmer n’était pas celle que l’on croyait et que de nombreux habitants de la ville ont quelque chose à cacher.

Fiche Technique – Twin Peaks

Twin Peaks-1990 à 1991
États-Unis
Réalisateur : David Lynch
Scénariste : David Lynch, Mark Frost
Créateur : David Lynch, Mark Frost
Distribution : Kyle Mac Lachlan (agent Dale Cooper), Sheryl Lee (Laura Palmer/Madeleine Ferguson), Ray Wise (Leland Palmer), Lara Flynn Boyle (Donna Hayward), Michael Ontkean (Shériff Harry S. Truman), Mädchen Amick (Shelly Johnson), Dana Ashbrook (Bobby Briggs)
Photographie : Frank Byers
Musique : Angelo Badalamenti
Chaîne d’origine : ABC
Producteur : Harley Peyton

Auteur de la critique: M.Y

 

 

Jersey Boys de Clint Eastwood : Critique du film

Tommy DeVito (Vincent Piazza) rêve de devenir célèbre et pour lui, il n’y a que trois moyens : devenir militaire, au risque de mourir ; devenir mafieux, aussi au risque de mourir ; ou devenir une star. Il a choisi le second moyen en travaillant pour le mafieux local Angelo DeCarlo (Christopher Walken), tout en chantant dans les bars du coin. Il est conscient de son manque de talent vocal, mais il a pris sous sa protection, le jeune Frankie Valli (John Lloyd Young) et sa voix d’ange.

Synopsis : L’histoire de The Four Seasons, un groupe de pop rock américain des années 60. De leurs débuts dans le New Jersey, leurs liens avec la mafia, leurs nombreux succès, jusqu’à la séparation du groupe.

De Newark à New York

Il va le mettre sur le devant de la scène et monter un groupe avec son frère Nick DeVito (Johnny Cannizzaro) et son ami Nick Massi (Michael Lomenda). Après le départ de son frère, Tommy DeVito veut absolument un quatuor, la mode des trios ayant pris fin ; il se met en quête d’un nouveau membre, avec l’aide de Joe Pesci (Joey Russo). Ils vont faire la connaissance de Bob Gaudio (Erich Bergen), un auteur/compositeur, qui va écrire tout les tubes du groupe. Après divers noms de scènes, ils vont enfin trouver celui qui sera définitif, après un échec dans un bowling, l’enseigne affichant : « The Four Seasons ».

Adaptation de la comédie musicale du même nom par Clint Eastwood, ce dernier surprend dans sa manière d’aborder l’histoire du groupe, en brisant le quatrième mur. En effet, Vincent Piazza s’adresse directement à la caméra, rendant le film particulièrement agréable dès le début.

Jersey Boys a un ton comique au début. Le cambriolage foireux, tout comme la rencontre de John Lloyd Young avec sa future femme Jacqueline Mazarella et des répliques cinglantes, font sourire. Mais à l’image du climat hostile qui s’installe entre les différents membres du groupe, le film glisse vers le drame. Si le côté comédie est réussi, celui du drame, moins. Le film est léger, il ne va jamais au fond des choses, même si un flash-back permet de mieux comprendre les événements qui se déroulent.

Le côté mafieux, même s’il se fait plutôt discret, a son importance; est aussi intéressant, encore plus quand le caïd a les traits de l’immense Christopher Walken, capable en un mouvement de sourcil, de rendre son personnage sombre, puis chaleureux.

Clint Eastwood a fait le choix de ne pas prendre de stars, en dehors de Christopher Walken, cela va de soi. John Lloyd Young interprétant déjà Frankie Valli sur scène, s’en sort surtout grâce à sa voix, son jeu étant quelconque. Vincent Piazza a déjà une carrière à la télévision, il interprète Lucky Luciano dans l’excellente série Boardwalk Empire. Son personnage est le plus intéressant de tous, un enfant de la rue, un mafieux sans envergure, un chanteur banal, un manager désastreux, détesté par tout le monde, mais au charisme indéniable. Erich Bergen se contente d’apparition dans des séries télévisées, sa performance va sûrement lui offrir des rôles plus conséquents. Il va mettre du temps à s’imposer, mais son évolution est la plus intéressante, sa scène de dépucelage est savoureuse et surtout, jamais vulgaire. Michael Lomenda est l’inconnu des quatre, il débarque de nulle part et s’en sort bien, rien de transcendant, mais il faut bien avouer que Vincent Piazza et Erich Bergen bouffent tellement l’écran, qu’il est difficile pour les deux autres d’exister.

La réalisation de Clint Eastwood est sobre : il suit ses personnages, se met au service de l’histoire. Il est un peu à la peine, quand cela s’accélère, mais se rattrape lors des concerts et surtout dans un final, rendant hommage à tout le casting et à la pièce musicale. Sûrement la fin la plus jouissive de l’année.

Les dialogues sont savoureux, surtout dans la comédie. Malgré tout, le scénario de Marshall Brickman (ancien scénariste de Woody Allen dans les années 70/80) et Rick Elice, est le point faible du film. Comme dit précédemment, l’histoire manque de profondeur. Les liens avec la mafia sont effleurés, tout comme la vie de famille de chacun. Même si celle de Frankie Valli, se fait plus présente dans la seconde partie. C’est surtout pour offrir de nouveaux éléments dramatiques, dont le décès de sa fille, qui est aussi traité en surface. Il y a de nombreuses zones d’ombres, cela frustre un peu ; on sent que le film avait tout pour être un nouveau grand Clint Eastwood.

C’est un bon film, on rit souvent, on a parfois la gorge nouée et même la larme à l’œil, avec un final étincelant. On n’est pas loin de sa dernière réussite Gran Torino. Un biopic léger, mais passionnant, un beau moment de cinéma.

Fiche Technique – Jersey Boys

Jersey Boys – 2014 – USA

Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Marshall Brickman et Rick Elice
Casting : John Lloyd Young, Erich Bergen, Vincent Piazza, Michael Lomenda, Christopher Walken, Kathrine Narducci, Freya Tingley, Steve Schirripa, James Madio, Mike Doyle, Jeremy Luke, Joey Russo
Durée : 134 minutes
Genre : Biopic musical
Date de sortie française : 18 juin 2014
Photographie : Tom Stern
Montage : Joel Cox et Gary D. Roach
Costumes : Deborah Hopper
Musique : Bob Gaudio
Production : Tim Headington et Graham King
Sociétés de production : GK Films et Warner Bros
Distribution : Warner Bros

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

Larmes de Joie de Monicelli : Critique du film

Larmes de Joie : De salauds ordinaires en héros magnifiques

Farce satirique sur L’Italie d’après-guerre, cette comédie est une digne représentante d’un genre qui à fait la gloire du cinéma transalpin des années 60. Dans la lignée des Vittorio De Sica, Luigi Comencini et autre Dino Risi, Mario Monicelli s’empare alors avec brio de ce nouveau courant pour dénoncer avec un humour corrosif la situation sociale et politique d’un pays empêtré dans ses travers. Corruption, Mafia, Histoire passé et récente ainsi que bien d’autres sont les thèmes privilégiés par ces nouveaux maîtres qui entendent bien contester à leur manière les discours officiels.

Ravagée économiquement et moralement par une Seconde Guerre Mondiale particulièrement dévastatrice pour les troupes italiennes, l’Italie est exsangue. La duperie et les faux semblants sont alors érigés en valeurs nécessaires pour la survie du peuple. Les uns se rêvent stars de Cinecitta quand ils ne sont que simples figurants ou vedettes en déclins, tandis que les autres s’idéalisent gentleman cambrioleurs quand leur réalité est beaucoup plus pragmatique. Et ces tous puissants barons de la Haute Société, accueillants et prévenants, s’ils se bercent avec allégresse de joies lisses et convenues, n’en restent pas moins des descendants indirects de l’envahisseur nazi. Signe qu’on ne se débarrasse pas aussi facilement de ses démons intérieurs. Cet ensemble pour le moins hétéroclite se mélange et se croise dans une sorte de condensé révélateur d’une fuite en avant impossible. C’est aussi une belle mise en abîme d’une cinématographie en plein balbutiement qui cherche à se renouveler tout en conservant sa spécificité. Si le 7ème art n’est qu’illusion, il est aussi vital à toute démocratie qui se respecte. La force du cinéma sublime le mensonge et triomphe toujours sur la triste réalité. Le prisme de l’écran détourne les mauvaises intentions et les enjolive, avec le risque que notre lucidité de spectateur s’envole, et transforme les salauds ordinaires en héros magnifiques. La fin en est une parfaite illustration, les tricheurs et les arrivistes n’agissant ainsi que par obligation vitale. Le mépris se transforme petit à petit en empathie totale pour ces cabossés de la vie.

Enchaînant les péripéties et les gags hasardeux avec grand talent, Larmes de Joie de Monicelli orchestre un savoureux bal ou quiproquos et désillusions se construisent dans une logique implacable. Tout est pensé avec fluidité et le début « cartoonesque » de l’intrigue laisse peu à peu place à une sourde mélancolie prenante. La finesse d’esprit dont fait ici preuve le réalisateur est fort à propos dans cette étude de mœurs tragi-comique. Il faut dire qu’il est grandement aidé dans sa tâche par des acteurs au diapason. Toto, plus connu pour ses farces survoltées, fait ici preuve de retenue mais n’en perd pas pour autant son efficacité dans une succession de maladresses hilarantes. Sa force de conviction efface sans peine quelques répliques forcées et la relative fadeur originelle de son personnage. Ben Gazzara, en pickpocket charmeur gracieux et agile nous montre une belle élégance et nous enchante sans peine, élégance qu’il peaufinera plus tard en homme fragile chez Cassavetes. Et que dire de LA Magnani, sublime créature survoltée en blonde peroxydée, femme fatale mais fragile sous ses faux airs de meneuse de troupe, bien décidée à réussir à tout prix. Rôle sans doute déterminant et prémonitoire avant son interprétation la plus célèbre de mère maquerelle au grand cœur dans le non moins fameux Mamma Roma de Pasolini. Classique méconnu de l’autre coté des Alpes, il mérite amplement une plus large reconnaissance et s’inscrit pleinement dans cet âge d’or italien.

Synopsis :  Gioia Fabbricotti surnommée Tortorella, une figurante de Cinecittà qui, pour gagner sa vie, s’échine dans de petits rôles en rêvant de devenir une diva, refuse pour le réveillon de fin d’année la compagnie d’Umberto Pennazuto, un ancien acteur surnommé Infortunio pour sa capacité à provoquer de faux accidents et à escroquer les assurances. Infortunio a promis à son ami Lello, un pickpocket, de l’aider pendant la nuit de la Saint Sylvestre pour tenter quelques coups. Les trois personnages se rencontrent par hasard et Tortorella – qui a été abandonnée par les amis avec qui elle devait réveillonner – oblige les deux hommes à l’accompagner à un bal masqué. 

Fiche Technique: Larmes de Joie

Titre original : Risate di Gioia
Réalisateur : Monicelli Mario
Acteurs : Ben Gazzara, Anna Magnani, Carlo Pisacane, Totò, Edy Vessel
Genre : Comédie dramatique
Nationalité : Italien
Date de sortie : 17 juillet 1962
Durée : 1h46mn

Auteur de la critique: Le Cinéphile Dijonnais

 

Sans Retour de Walter Hill : Critique du film

Sur une sublime musique de Ry Cooder, on va suivre huit hommes de la garde nationale, sous le commandement d’un vétéran décoré du Vietnam, Crawford Poole (Peter Coyote), dans les bayous de Louisiane.

Mais la nature a changé, la carte ne correspond plus aux reliefs. Ils vont emprunter des pirogues aux cajuns, qui ne vont pas apprécier l’intrusion de ces étrangers sur leurs terres hostiles comme eux. Une cause minime, qui va avoir des conséquences majeures, en commençant par la perte de leur chef, laissant huit hommes inexpérimentés, tentant de sortir de l’enfer du bayou. Déjà aux prises avec les cajuns et la nature humide, boueuse et pluvieuse, les huit hommes vont aussi se déchirer entre eux. La vraie nature de chacun va se révéler et scinder le groupe en deux, pour le pire et plus encore.

L’histoire reprend de nombreux éléments du chef d’œuvre de John Boorman Délivrance de 1972. L’homme face à la nature et ses habitants, qui vivent selon leurs règles. Mais on peut aussi faire le lien avec l’un des films précédents de Walter Hill, Les Guerriers de la nuit, ou l’on suit un groupe traversant un lieu hostile, tentant de rejoindre leur base, pour leur survie, tout comme Alien,dont Walter Hill est le scénariste, avec ces ennemis invisibles, et ces proies dont les cris sont vains, rappelant le fameux : «Dans l’espace, on ne vous entendra pas crier».

Dès le début de Sans Retour (titre orginal Southern Comfort), ou l’on découvre les membres de l’équipe, les défauts de chacun se font jour, mais dans le feu de l’action, ils vont se révéler insurmontables et meurtriers. Le casting est particulièrement réussi, avec un acteur confirmé, Keith Carradine, déjà remarquable dans Les duellistes de Ridley Scott. Powers Boothe qui en est à ici ses débuts, trouvera un rôle qui le fera connaître à l’international dans La forêt d’émeraude de John Boorman. Keith Carradine est le leader charismatique, mais en retrait. Powers Boothe, le nouveau venu du Texas, l’étranger au fort tempérament, va pousser son camarade a prendre les commandes pour les sauver. Leur complicité naissante, va donner sa pleine mesure dans un long final angoissant, au son de « Parlez-nous à boire » interprété par Marc Savoy, Frank Savoy, Dewey Balfa et John Stelly, des musiciens cajuns. Fred Ward est un habitué des films d’action, une sorte de Charles Bronson, qui ne percera jamais vraiment, mais dont la présence physique impressionne face à Power Boothes, qui n’est pas en reste. T.K. Carter, le « quota noir » du film, ne meurt pas dès le début, au risque de surprendre. Peter Coyote, dans un de ses premiers films, affiche déjà une maturité dans son jeu d’acteur, qu’il mettra souvent au service de Roman Polanski. Brion James, un nom que l’on ne retient pas, mais une gueule que l’on n’oublie pas ; déjà fascinant ici, il le sera tout autant dans ses rôles suivants, même si celui dans Blade Runner, reste le plus marquant.

Walter Hill maîtrise l’espace, dans ce bayou qui peut aussi être considéré comme un huis clos. Ce qui démontre que le film a de multiples références, interprétations et surtout, n’est pas juste un film de genre. Un thriller étouffant, mais aussi un drame qui flirte avec le fantastique, qui vous prendra aux tripes, du début à la fin, au sens propre, comme au figuré. Sans Retour, une œuvre majeure, sublimée par la photographie d’Andrew Laszlo et la musique de Ry Cooder.

Une séance de rattrapage s’impose pour découvrir, ou redécouvrir ce classique de Walter Hill. Il aura marqué les années 80 avec son film le plus connu 48 heures, réalisé juste après Sans Retour, puis Double Détente, confirmant son statut de réalisateur de film d’action majeur durant cette période d’euphorie, avant de se faire plus discret par la suite.

Synopsis : En Louisiane, un petit groupe d’hommes de la Garde Nationale se déplace pour une marche de reconnaissance dans les bayous. Ils empruntent des pirogues abandonnées afin de traverser un lac. Pour plaisanter, l’un de ces soldats de fortune pointe son arme chargée à blanc vers la rive et tire. Les propriétaires des embarcations, des chasseurs cajuns, répliquent et tuent le chef de l’escouade. Commence alors une impitoyable chasse à l’homme.

Fiche technique – Sans Retour

Titre original: Southern Comfort – 1983 – USA

Sortie en France : 9 mars 1983
Réalisateur : Walter Hill
Scénario : Walter Hill, David Giler et Michael Kane
Casting : Keith Carradine, Powers Boothe, Fred Ward, Franklyn Seales, T.K. Carter, Lewis Smith, Peter Coyote, Brion James
Musique : Ry Cooder
Photographie : Andrew Laszlo
Producteur : David Giler
Genre : Thriller
Durée : 99 minutes
Auteur de la critique : Laurent Wu

Blue Velvet de David Lynch : Critique du film

Lorsque David Lynch s’attaque à Blue Velvet, son aura a considérablement baissée auprès des majors, suite à l’échec fracassant de Dune, le seul film que le maître ait choisi de renier. Son retour au premier plan avec Blue Velvet, peut-être le meilleur de sa filmographie, n’en est que plus admirable.

Lynch s’y affirme définitivement comme un cinéaste de l’étrange, implantant fermement son univers schizophrène dans l’inconscient collectif. Deux ans avant de se lancer dans l’aventure Twin Peaks, il s’attache déjà à dépeindre l’aspect sombre qui sommeille derrière l’apparente normalité du quotidien.

Blue Velvet, c’est avant tout deux prestations qui ont marqué la filmographie de leurs interprètes. Isabelle Rossellini, tout d’abord, alors compagne du réalisateur. Sa fragilité irradie l’écran ; la folie perce dans chacun de ses gestes ; elle incarne à merveille la dualité femme fatale/victime dans un rôle à fleur de peau. Dennis Hopper, ensuite, impressionnant de brutalité et de rage contenue. Il offre à son personnage de Frank, pervers régressif et clown dangereux, tout son talent d’acteur, dans une partition où la démence se mêle au cynisme le plus sombre.

Blue Velvet : Une Amérique coincée entre anges et démons

Blue Velvet, c’est aussi la quintessence du film lynchien, la toile sur laquelle se projettent ses obsessions de cinéaste, sans parvenir encore à la maturation qui tendront ses futurs films. Le film pourrait presque se voir comme un brouillon de Twin Peaks, un ancêtre de Mulholland Drive, une ébauche de Lost Highway. Dans son opposition radicale entre des journées baignant la banlieue américaine dans la normalité la plus banale et la nuit la plus sombre d’où émergent les folies destructrices et la perversité. Dans sa façon de diviser le monde entre la pureté et l’innocence presque naïve d’un côté, et les plus noirs fantasmes d’un esprit malade de l’autre. Dans sa manière de faire s’entrechoquer ces deux univers, de les imbriquer l’un dans l’autre pour leur donner plus de substance.

On retrouve aussi dans le scénario les pulsions d’une Amérique coincée entre anges et démons. Laura Dern représente la vision idéale de la Girl next door, la jeune fille propre sur elle et candide. Sa blondeur tranche avec la brune Rossellini, qui complète la dichotomie madone/putain que Lynch se plaît à entretenir dans ses portraits de femme. Une dualité que l’on retrouvera dans le diptyque Lost Highway/Mulholland Drive. Dennis Hopper est, lui, le reflet d’une société malade et violente, le rejeton de cette face cachée de l’Amérique, rendue malade par les drogues et le vice. Le choix de l’acteur qui restera associé à Billy, d’Easy Rider, est sans doute tout sauf innocent.

Et, bien sûr, il y a Kyle MacLachlan. Celui que le réalisateur considère comme son double à l’écran, et à qui il donnera également le rôle principal dans Twin Peaks. L’interprétation du jeune homme, qui joue à merveille sur la corde raide entre ces deux univers, est pour beaucoup dans le succès du film. Il parvient à merveille à incarner les deux facettes de cet American Dream, de ce rêve lynchien qui tourne au cauchemar. Le duo échappe ainsi aux fantômes de Dune, qui a failli ruiner leur carrière réciproque.

Plus accessible que ses futures œuvres, tout en restant fidèle à l’univers torturé de son auteur, Blue Velvet est la parfaite porte d’entrée dans la filmographie de David Lynch. Un cauchemar d’une beauté subjuguante et envoûtante.

Synopsis : Épaulée par son amie Sandy, Jeffrey, un jeune homme, mène son enquête concernant une oreille humaine trouvée dans un terrain vague. Il croise sur son chemin Dorothy Vallens, une mystérieuse chanteuse de cabaret. 

Fiche Technique: Blue Velvet

États-Unis – 1986
Réalisation: David Lynch
Scénario: David Lynch
Interprétation: Isabella Rossellini (Dorothy Vallens), Kyle MacLachlan (Jeffrey Beaumont), Dennis Hopper (Frank Booth), Laura Dern (Sandy Williams), Hope Lange (Mrs Williams), Dean Stockwell (Ben), George Dickerson (le détective John D. Williams), Priscilla Pointer (Mrs Beaumont)…
Genre: Thriler
Distributeur: Action Cinémas / Théâtre du Temple
Date de sortie: 12 février 2014
Durée: 2h
Scénario: David Lynch
Image: Frederick Elmes
Décor: Patricia Norris
Costume: Gloria Laughride
Son: Jeffrey A. Williams, Tony Stephens
Montage: Duwayne Dunham
Musique: Angelo Badalamenti
Production: Dino De Laurentiis Productions

Auteur de la critique : M.Y

 

Party Girl : Critique du film

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Tout le monde attendait Deux Jours, Une Nuit, Sils Maria ou Saint Laurent au palmarès des films français de Cannes. Contre-toute attente, de ces films oubliés du jury, il ne restait que Party Girl pour redorer le blason français (et l’inclassable Adieu au Langage de Jean-Luc Godard).

Un film « sauvage, généreux et mal élevé » selon les mots de Nicole Garcia qui a honoré le film du prix de la Caméra d’Or, la récompense des meilleurs premiers films à Cannes. En soi, l’annonce de l’ouverture de la sélection Un Certain Regard par Party Girl avait déjà été une audace et une surprise certaine quand on sait qu’habituellement, ce sont des cinéastes bien confirmés comme Sofia Coppola, Gus Van Sant ou Steve McQueen qui ouvrent les festivités.  Issus tous les trois de la prestigieuse école de la FEMIS à Paris, Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis incarnent pourtant dès leurs premiers faits d’arme l’espoir et l’avenir du cinéma français.

Avant de se lancer dans la réalisation de ce premier long métrage, Marie Amachoukeli et Claire Burger réalisèrent d’abord trois courts métrages dont deux furent salués par la profession : Forbach, interprété par Samuel Theis, récompensé à Cannes par le Prix d’Ensemble de la Cinéfondation en 2008 et le Grand Prix du Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand ; C’est Gratuit pour les Filles est lui honoré du César du meilleur court-métrage en 2009, et les deux filles réalisèrent également Demolition Party en 2013, avant de se lancer dans la production de Party Girl inspiré de la vie d’Angélique Litzenburger, la mère de Samuel Theis.

Une femme sans influences

Tourné intégralement dans l’Est de la Moselle, à la frontière allemande, Party Girl raconte le portrait d’une vieille fille qui a toujours vécu dans le milieu de la nuit et qui s’interroge sur l’absence de clients. Elle va directement frapper à la porte de son ancien habitué, Michel, pour lui demander des réponses. Il ne peut plus supporter de payer pour pouvoir l’aimer. A cet instant, les regards s’émeuvent, les yeux se baissent par gêne, les lèvres frétillent, les visages rougissent, et ils décident presque naturellement de passer un petit bout de temps ensemble. Jusqu’à ce qu’il la demande en mariage. Party Girl est un portrait formidable d’une femme épicurienne, ne pensant qu’à boire et jouer des hommes dans un milieu des plus fêtards et des plus impossibles à normer, le cabaret. C’est aussi un film à l’image d’une région oubliée par la France, cette Lorraine très ancrée dans sa culture germanophone et dont les dialogues voient s’alterner le charme de la langue française et la brutalité de la langue de Goetze, ce patois frontalier qui voit l’allemand et le français se confondre dans les repas de famille. Les trois réalisateurs du film ont su capter la vie, le folklore et les petits instants de cette région avec une telle justesse qu’il est impossible de ressortir de la salle sans ressentir une vive émotion, une sorte de frisson qui vous parcourt et vous renvoie loin dans le passé où les grands-parents vous appellent « Mein Schatzie » (mon petit chéri) et vous emmènent sur la route, voyant défiler les immenses paysages de l’ancienne cité minière qu’est le Bassin Houiller. Il y a une force, une sensibilité et une conviction implacable dans ce film. A l’instar de Forbach, Party Girl est le récit de toute une région, qui incarne malheureusement aujourd’hui le déclin économique, la vulgarité d’une région profonde et la colère de ses habitants, trahis par l’abandon des usines.

Mais si la Lorraine est un personnage à part, ce n’en est pas pour autant le cœur du film et ce dernier ne sert qu’à mettre en valeur ce personnage incroyable et atypique qu’est Angélique, un sacré brin de femme. Ce qui passionne littéralement avec ce film, c’est qu’il a été entièrement tourné avec des non-acteurs locaux qui jouent leurs propres rôles. Seul Michel, l’amoureux transi est interprété par Joseph Bour. Ce dernier a été déniché dans un café du commerce des environs de Forbach alors que l’équipe du film désespérait de trouver un acteur principal. Les réalisateurs avaient déclaré être charmés par l’authenticité du jeu d’acteurs, ne donnant de fait que très peu de consignes, aussi bien en français qu’en patois. Cette manière de travailler se ressent dans les scènes de fureur où les dialogues se muent brusquement en allemand, comme pour appuyer davantage les propos violents à travers ce langage brut.  Ces trois-là ont su retranscrire avec brio la justesse et l’émotion de ces situations peu normales où les liens familiaux n’ont jamais été sur une corde aussi sensible. Angélique est une fêtarde, mère de quatre enfants qui n’a jamais vraiment pris le temps de s’en occuper, tout juste de quoi garder contact et rejeter tout reproche qu’on pourrait lui faire sur ses actes. Pour avoir discuté avec le frère de Samuel Theis et donc fils d’Angélique, celui-ci m’a confié que le tournage avait été très dur pour lui, ressassant un passé difficile à base de conflits familiaux et d’abandons maternels. C’est assez touchant de recueillir un tel témoignage. Et le film transpire ces problèmes familiaux, ces interrogations, ces non-réponses et ces déceptions de la vie. Party Girl va dans le sens de cette idée de la famille qu’on se coltine tout sa vie, d’une famille qu’on n’a pas choisie tout en nuançant cela  à travers le prisme d’un lien familial indestructible, aussi indispensable qu’inexplicable. Tous les (non) acteurs sont venus présenter le film avec un vrai naturel, sans prétention et sans ambition aucune. Même les filles du cabaret étaient présentes pour soutenir la star Angélique, sous le feu des projecteurs. Car c’est bien Angélique la force de ce film. Un vrai portrait de femme à la française dont on pourrait aisément comparer la force et la conviction avec la Gena Rowlands de Une Femme sous Influence de John Cassavetes.

Pour capter l’ambiance de cette région avec un vrai souci du détail et de la vérité, les réalisateurs ont opté pour une mise en scène brute, au plus près des corps, et très proche du documentaire. Il y a une vraie immersion au sein de cette famille hors-norme, au sein de ces quelques instants de vies captés par l’œil discret et virevoltant de la caméra. On n’est jamais très loin de l’émission Strip Tease de France 3, la gratuité en moins et l’esthétique en plus. Au sein de cette région industrielle, Party Girl permet d’en découvrir les travers avec deux univers bien distincts. Le film débute sur un plan large d’Angélique, assise à un comptoir, sirotant quelques verres. L’obscurité l’entoure mais elle apparaît comme dans son élément. Quelques lumières colorées viennent animer la soirée, symbolisant cette frénésie du milieu de la nuit.  Une séquence très électrique à l’inverse des plans de jour, au plus près des couleurs, qu’elles soient fades ou saturées. Et c’est cette authenticité qui fait tout le charme de Party Girl, œuvre de fiction sur le thème de l’amour, de la normalité et de l’engagement mais qui s’inspire de faits bien réels. Au-delà de cet aspect volontairement réaliste, les réalisateurs se laissent aller à quelques métaphores esthétiques lors de certains plans, comme celui où l’on voit Angélique emballer une poupée de papier journal et la ranger dans un carton. Elle range au placard toute une vie à aguicher les hommes. Elleregarde les montgolfières s’envoler, comme les rêves d’une vie qu’elle a voulue mais qu’elle n’aura jamais eue. Elle regarde son fils Samuel Theis avec une telle soutenance, avec une telle pitié. Mais ce dernier lui répond avec cette part de rationalité qu’Angélique a fui toute sa vie. L’existence ne se limite pas qu’à la frénésie des cabarets, à l’excitation d’une liberté relative et l’égoïsme d’une femme moralement condamnable.  Samuel Theis joue avec conviction cet enfant qui a suivi sa route, loin de sa famille sans pour autant oublier ses origines. Etant le plus intelligent de la famille, les réalisateurs n’ont à aucun moment insister pour montrer cette distance entre classe sociale.

Party Girl peut se ranger aisément dans la catégorie « cinéma social » mais jamais il n’est caricatural dans sa description des classes, au contraire seuls les liens familiaux importent au-delà des origines et des catégories socio-professionnels des membres. En ce qui concerne la bande-son de Party Girl, les réalisateurs ont opté pour une discographie d’artistes français interprétant certains tubes en allemand, apportant à nouveau une pièce à l’édifice de ce folklore lorrain, comme ce fameux morceau de Mike Brant que je vous laisse le plaisir de découvrir. Une des plus belles scènes du film. Les locaux reconnaîtront également quelques morceaux bien germanophones que l’on retrouve fréquemment dans les carnavals de la région.

Pas étonnant que le film ait un temps seulement été titré Angélique car cette Angélique-là est une vraie héroïne de cinéma. Ce même festival de Cannes où était présenté le film, voyait Marion Cotillard être une autre Wonder Woman des temps modernes dans le film des frères Dardenne « Deux Jours, Une Nuit », dans un contexte tout aussi social. Woman take the power back, et ce n’est pas cette résistante Angélique qui dira le contraire. A l’aube du repos d’une vie de plaisir et de décadence, Party Girl montre une Angélique dont la gamine de 14 ans qui trotte dans sa tête  ne l’a jamais quitté et ne la quittera certainement jamais. C’est ça Party Girl, le récit d’une femme qu’on pourrait juger indigne mais dont la fierté est telle qu’elle provoque la sensation, et dont on ne peut qu’admirer sa liberté volatile, sa naïveté et son insouciance des choses de la vie.  Une telle vérité dans le jeu des émotions de ces (non) acteurs forge forcément le respect. Sans prétention et sans artifice, le romanesque de cette histoire croise et s’entremêle habilement avec le documentaire donnant lieu à un film d’une authenticité, d’une justesse et d’une sensibilité épatante. Une véritable prouesse et une consécration pour le premier long-métrage de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Party Girl sera à n’en pas douter l’un des événements cinématographiques français de l’année.

Synopsis: Angélique a soixante ans. Elle aime encore la fête, elle aime encore les hommes. La nuit, pour gagner sa vie, elle les fait boire dans un cabaret à la frontière allemande. Avec le temps, les clients se font plus rares. Mais Michel, son habitué, est toujours amoureux d’elle. Un jour, il lui propose de l’épouser.

Party Girl : Bande-annonce

Party Girl : Fiche technique

Réalisateurs: Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis

Scénario: Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis
Interprétation: Samuel Theis, Sonia Theis, Joseph Bour, Séverine Litzenburger, Cynthia Litzenburger, Mario Theis
Bande originale: Sylvain Ohrel, Nicolas Weil, Alexandre Lier
Durée: 97 minutes
Genre: Drame
Date de sortie: 27 Août 2014

France – 2014

Bad Boys de Rick Rosenthal : Critique du film

Bad Boys de Rick Rosenthal : Une jeunesse sans repères

Mick O’Brien (Sean Penn) est un adolescent violent, abandonné par son père et vivant avec une mère alcoolique aux mœurs légères. Dans son univers obscur, il y a sa lueur d’espoir, JC Walenski (Ally Sheedy), une jeune femme de bonne famille, dont le père désapprouve cette fréquentation. Mais la violence, amène la violence et il va perdre son meilleur ami lors d’un braquage qui tourne mal, ce qui va le conduire dans un centre d’éducation surveillé pour mineurs. Il va se lier d’amitié avec Barry Horowitz (Eric Gurry), qui va l’initier à ce nouveau monde, où les règles sont plus impitoyables que dans la rue. Deux caïds y font leurs lois, « Viking » Lofgren (Clancy Brown) et Warren « Tweety » Jerome (Robert L. Rush), semant la terreur dans ce lieu clos, sans échappatoire.

Après Halloween 2, Bad Boys, ce second film de Rick Rosenthal démontre que ce dernier est un faiseur. Il est d’ailleurs devenu un réalisateur pour la télévision, ce qui est logique, vu le manque d’ambition visuelle de ce film. Il ne brille pas par sa finesse, mais par la violence qui y règne et l’interprétation de Sean Penn, en jeune chien fou. C’est assez crû et sans concessions, malgré une réalisation plate, l’histoire possède assez de moments forts pour maintenir l’attention.

Le climat de violence est étouffant, à tout moment, cela peut déraper. Sean Penn est bluffant dans un de ses premiers rôles, il avait déjà marqué les esprits dans Taps, il confirme ici tout son talent, même si on va le cantonner à ce genre de rôle dans les années 80, avant qu’il ne devienne plus exigeant dans ses choix au début des années 90, et devienne l’immense acteur que nous connaissons tous.

La jeunesse du casting, permet de découvrir des talents en devenir. Ally Sheedy va devenir une actrice en vogue dans les 80’s avec Wargames, The Breakfast Club et Short Circuit. Avant de disparaître du grand écran et de se faire plus présente sur le petit écran, dans des rôles plus anonymes. Clancy Brown est celui qui a la carrière la plus riche, après Sean Penn. Il est souvent cantonné dans des rôles de méchants, dû à un physique imposant et marquant. Esai Morales restera le latino de service au cinéma et à la télévision. Il fait partie de ses acteurs que l’on reconnaît aussitôt, mais dont on ne se rappelle jamais le nom.

L’univers carcéral est une mine d’or pour le cinéma, le récent Coldwater se rapproche de celui-ci (même si le lieu est différent, puis surtout ce dernier est bien mieux réussi). Cela permet aussi de voir que rien n’a changé, malgré les 30 années qui séparent les deux histoires. Il n’y a toujours pas de solution face aux jeunes délinquants, la répression étant la seule réponse, accentuant leur mal-être et leur haine d’un système déficient.

Dans le film Bad Boys, les protagonistes sont tous issus de familles monoparentales et vivant dans des quartiers défavorisés (sauf l’amie de Sean Penn). Leurs destins semblent scellés, ils vivent de trafics, de magouilles, loin de leurs foyers, grandissant dans la rue et n’ayant aucun modèle masculin. C’est un peu caricatural, mais le manque d’éducation et l’échec scolaire, prédispose plus à la délinquance. Mais ni le système scolaire, ni l’état, ni même le ou les parents, n’ont la clé pour rendre leur avenir moins difficile. L’argent facile et donc la délinquance, devient un mode de vie logique, pour subvenir à leurs besoins et leur donner un sentiment d’importance, et non de rejet.

Un film de genre, plutôt mineur malgré un jeune casting, qui soufre de sa réalisation et d’un scénario simpliste, mais qui permet d’éclairer un monde souvent inconnu pour le spectateur, ce qui lui confère un côté documentaire, plutôt intéressant.

Synopsis : Chicago, Mick O’Brien est un adolescent de 16 ans qui passe son temps à commettre des larcins. Un jour, avec un ami, il entreprend de voler la drogue du gang de Paco Moreno. Mais l’entreprise tourne mal se soldant par une fusillade et la fuite de Mick en voiture, entraînant une course-poursuite avec la police. Mais durant sa fuite, il renverse accidentellement un jeune garçon, qui s’avère être le frère cadet de Paco. Malheureusement pour Mick, arrêté par les forces de l’ordre, le jeune enfant est décédé. Envoyé dans un centre d’éducation surveillé à Rainford, sorte de prison pour adolescents, où règne une discipline de fer.

Fiche technique – Bad Boys 

Bad Boys – 1983 – USA
Réalisateur : Rick Rosenthal
Scénario : Richard Di Lello
Casting : Sean Penn, Esai Morales, Ally Sheedy, Clancy Brown, Robert Lee Rush, Reni Santoni, Jim Moody, Eric Gurry, John Zenda, Alan Ruck
Genre : Drame
Durée : 123 minutes (version originale), 104 minutes en salle
Date de sortie française : 7 Mars 1984
Musique : Bill Conti
Montage : Antony Gibbs
Photographie : Bruce Surtess et Donald E. Thorin
Sociétés de production : EMI Films et Solofilm Company
Société de distribution : Universal Pictures

Auteur : Laurent Wu

 

 

 

Kick Ass de Matthew Vaughn : Critique du film

Véritable déluge de couleurs et d’images, Kick-Ass s’ouvre sur une séquence hautement décalée. Celle-ci donnera le ton sur la suite des événements. « So, you wanna play? »

U GOT THE LOOK

Pour autant, le comics animé de Matthew Vaughn n’est pas une simple comédie pour adolescents attardés en mal de blagues pipi-caca. D’ailleurs, l’humour est savamment distillé (voir l’excellente scène d’introduction des personnages de Mindy et son père), et la récréation peut redevenir sérieuse d’un instant à l’autre par l’arrivée d’une scène violente et/ou triste. Vaughn maîtrise les changements de ton, voire les mélanges de genres, et nous offre une véritable bouffée d’air frais au milieu de la production habituelle d’œuvres de type « vigilante ».

Sur le plan technique, le réalisateur de X-Men First Class fait fort. A quelques effets près (une paire d’incrustations numériques douteuses ici et là), c’est le sans-faute. Pour un film dont le budget est estimé à 30 millions de dollars (pour vous situer en ces temps footballistiques, cela représente 10 millions de dollars de moins que le salaire annuel d’un Lionel Messi par exemple !), le résultat est visuellement marquant. Afin de s’en convaincre, il suffit de décortiquer une paire de séquences, comme celle de l’entrepôt avec Big Daddy, à base de cut ultra précis, ou encore l’incroyable jeu de lumières lors de l’une des interventions musclées de Hit Girl (sans parler du final, tout en excès). Ces scènes d’action sont d’autant plus réussies qu’elles sont accompagnées de musiques de circonstance. Prodigy, Joan Jett, Gnarls Barkley (moment drôle !) et même le grand Ennio, tout y passe !

THE RAINBOW CHILDREN

Kick-Ass ne serait pas ce divertissement à la fois si léger et si violent sans ses personnages hauts en couleurs. Savoir que les créateurs du comics – à savoir Mark Millar et John Romita Jr – sont de la partie est plutôt rassurant, ils sont garants d’une certaine cohérence, à défaut de respecter le comics à la lettre, quand bien même ils ne sont que producteurs exécutifs. Le choix des acteurs, des costumes (petit hommage à Phantom of the Paradise au passage), les dialogues (beaucoup de punchlines, de références), le déroulement de l’intrigue, la variété des situations et l’évolution du personnage de Dave (à la fin, qu’il semble loin le « Fuck you, Mr Bitey ! »), et même la morale « un petit pouvoir implique quand même de grandes responsabilités », tout ou presque apparaît comme judicieux.

Aaron Taylor-Johnson est impeccable dans la peau de ce loser magnifique, déterminé à combattre le crime et pourtant si mal préparé. Son costume de plongée/justicier est impayable, on ne peut mieux assorti à ses Timberland. Ou pas. Vu sa dégaine, pas étonnant qu’il ne prenne pas l’eau. Chloë Grace Moretz est toute choupi en Hit Girl, c’est LE personnage de l’histoire. Les séquences d’action où elle apparaît sont totalement jubilatoires et chorégraphiées avec talent. On pourra toujours critiquer son jeu parfois approximatif, mais après tout, se lance-t-on dans le visionnage d’un tel film pour assister à une performance d’acteur/actrice (de 12 ans à peine, « pedobear approved ») inoubliable ? J’en doute. Nicolas Cage est impeccable en papa poule/justicier « àlaBatman », quant à Mark Strong et Christopher Mintz-Plasse, ils font le job, et même un peu plus.

Kick Ass est un divertissement débridé, à la fois (un cheveu) moins caricatural et (un poil) plus malin qu’il n’y parait. On est alors en droit de se demander si sa suite se montre à la hauteur de nos attentes. But for now… :

« Show’s over, motherfuckers. »

Synopsis: Dave Lizewski est un adolescent gavé de comics qui ne vit que pour ce monde de super-héros et d’incroyables aventures. Décidé à vivre son obsession jusque dans la réalité, il se choisit un nom – Kick-Ass – et se lance dans une bataille effrénée contre le crime. Sans pouvoir, le voilà très vite pourchassé par toutes les brutes de la ville. Mais Kick-Ass s’associe bientôt à d’autres délirants justiciers décidés eux aussi à faire régner l’ordre. Parmi eux, une enfant et son père. Le parrain de la mafia locale, Frank D’Amico, va leur donner l’occasion de montrer ce dont ils sont capables…

Fiche technique – Kick Ass

Année de production: 2010
Réalisation: Matthew Vaughn
Scénario: Matthew Vaughn, Jane Goldman
Production: Adam Bohling, Tarquin Pack, Brad Pitt, David Reed, Kris Thykier, Matthew Vaughn
D’après l’oeuvre de: Mark Millar, John Romita Jr
Directeur de la photographie: Ben Davis
Compositeur: Ilan Eshkeri, John Murphy, Henry Jackman, Marius De Vries
Montage: Jon Harris (II), Pietro Scalia, Eddie Hamilton
Supervision des effets spéciaux: David Harris
Société de Production: Marv Films, Plan B Entertainment
Distribution: Metropolitan FilmExport

Auteur de la critique: Sébastien

 

 

 

La Quatrième Dimension : Critique de la série

La Quatrième Dimension : Vers l’infini et au-delà

Une série mythologique

La Quatrième Dimension est un mythe d’aujourd’hui, une série fantastique de référence perchée tout en haut de l’Olympe télévisuel, une œuvre jamais égalée depuis, qui ne souffre pas de l’usure du temps. Encore maintenant, elle fascine par la qualité de ses scénarios à l’imagination infinie, par son culot politique, inscrit dans le contexte de la Guerre Froide qui se traduit à l’écran comme une évidence. Rod Serling apparaît comme le principal (voir le seul) artisan d’une série, dont il peut seul revendiquer la paternité. Créateur, scénariste et acteur, il est de tous les métiers, de toutes les aventures et grâce à lui, le monde à découvert à quel point l’univers des séries U.S. pouvait être créatif.

Où le quotidien devient terreur

Chacun des 138 épisodes raconte une histoire singulière, sans personnages récurrents si ce n’est Rod Serling lui-même, chargé d’introduire chaque épisode. Résumer chacune d’elles est impossible, disons qu’un épisode part d’une situation plus ou moins banale et se passant dans un espace-temps parfois indéfinissable. À la manière d’une uchronie, la réalité de chaque épisode digresse tout à coup, prenant un violent virage, une tournure qui nous plonge dans le surnaturel, l’anticipation et parfois la terreur. En plus de qualité dramatiques évidentes, les scénarios n’oublient jamais d’êtres intelligents, maniant la philosophie, l’ironie ou le cynisme comme autant d’armes artistiques au service d’une vision nuancée de la condition humaine.

Grâce à des scénarios brillants

Si La Quatrième Dimension vieillit si bien, cela vient certainement du peu d’effets spéciaux et visuels employés, délaissés au profit de la suggestivité, Rod Serling ayant compris qu’on n’est jamais aussi efficace que lorsqu’on laisse divaguer l’imagination du téléspectateur vers des mondes étranges. Cela vient aussi de l’universalité des thèmes abordés, de questions philosophiques capitales qui nous tendent souvent un miroir souvent peu flatteur, d’histoires qui touchent parfois au plus profond de la noirceur de l’âme humaine. Bref, malgré une mode vestimentaire qui a bien changé, Rod Serling touche aussi bien l’Homme du XXIème siècle que celui du XXème et sans parler d’anticipation, on peut dire que sa série a su transcender le temps qui passe.

Et qui reste inoubliable

Car d’un point de vue formel, on constate à quel point certains épisodes se sont gravés dans l’inconscient collectif, soit parce qu’ils sont plus angoissants que la moyenne, soit parce qu’ils font preuve d’une intelligence rare. Personne n’a en effet oublié ce banquier, fou de livres, qui pense avoir trouvé le paradis grâce à une explosion atomique. Dès l’introduction de chacun d’eux, le ton est donné : « Nous sommes transportés dans une autre dimension, une dimension faite de sons, mais aussi d’esprit. Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : la Quatrième Dimension ». Chaque épisode suivant ces quelques mots comme un précepte qui impose mystère, de obscur et même parfois humour. Le générique, décortiqué et analysé par les fans pendant des décennies, s’appuie lui sur une « musique », une succession de notes scandées plus qu’interprétées, qui imposent l’ambiance de la série en moins d’une minute.

Grâce à de talentueux acteurs

Comme on l’a dit, il n’y a pas de personnages récurrents, ce qui n’empêche pas de bons, voir de très bons acteurs d’avoir tourné dans certains épisodes, certains ayant connu par la suite un succès mondial au cinéma. On peut en fait parler de Who’s Who de l’époque puisqu’on y croise pêle-mêle : Patrick Mcnee, Martin Landau, Peter Falk, Telly Savalas, Charles Bronson, Ron Howard, Lee Van Cleef, Robert Redford ou encore Dennis Hopper. Le succès fulgurant de la série à l’époque explique certainement qu’elle était devenue celle dans laquelle il fallait être vu, celle que tout acteur devait avoir dans son C.V. Mais il faut l’admettre, peu importe les bons acteurs et leur talent (quand ils en avaient), ils s’effacent presque systématiquement devant la richesse et parfois le génie des scénarios de Rod Serling parce qu’au fond, c’est pour ses histoires qu’on regarde cette série.

Et des instants inoubliables

Ce qu’il reste aujourd’hui de La Quatrième Dimension c’est Rod Serling, créateur au sens noble du terme, un homme qui a su s’affranchir de son temps, oublier les normes en vigueur pour faire du neuf sans le vieux et influencer ainsi toute une génération de séries, jusqu’à la récente X-Files. Ce sont des moments de frayeur qui sont venus hanter les nuits de générations d’enfants qui ont cauchemardé sur des créatures, qu’ils imaginaient en train de dévorer les moteurs d’un avion en vol. C’est une série qui a duré cinq ans car elle a su, à chaque épisode, proposer de l’inattendu, du mystère et de l’intelligence car à cette époque, on se souvenait que le téléspectateur avait un cerveau, que les médias audiovisuels pouvaient donner du contenu à leurs programmes, sans nous transformer en animal qu’on engraisse. Mais autre temps, autres mœurs…

Synopsis : Série d’anthologie transportant le téléspectateur dans une contrée sans fin dont les frontières ne sont que notre imagination…

Fiche Technique: La Quatrième Dimension

Titre original: The Twilight Zone Pays d’origine: États-Unis Création: Rod Serling Genre: Série d’anthologie,fantastique, Science-fiction Musique: Marius Constant, Bernard Herrmann Chaîne d’origine: CBS Nb. de saisons: 5 Nb. d’épisodes:156

Auteur de la critique : Freddy M.