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Penny Dreadful : saison 1 – Critique de la série

Les Penny Dreadful, c’était ces romans à petit prix en vogue au XIXème siècle, vaguement érotiques, mettant en scène des créatures surnaturelles (loup garou, vampires…). John Logan, scénariste de Skyfall, ne cache donc pas l’ambition première de sa nouvelle création : un savant jeu de références gothiques. Le Londres victorien est donc son plateau sur lequel il s’amuse à placer les pièces emblématiques du folklore de l’époque, les faisant interagir parfois de manières inattendue. 

La série était attendue au tournant pour diverses raisons : un pitch mystérieux qui rappelait tout de même la ligue des gentleman extraordinaires, l’arrivée de John Logan à la télévision, Sam Mendes à la réalisation (qui se désistera finalement faute d’agenda) et, surtout, une distribution de grande classe, Timothy Dalton, Eva Green et Josh Harnett en tête. Pourtant malgré toutes ses bonnes cartes en mains, cette première saison est une semi-déception.

Monstres et compagnie…

La reconstitution d’époque est plutôt réussie et l’interprétation est assez exceptionnelle. On n’en attendait pas moins d’acteurs de ce standing ; on est agréablement surpris de voir que les autres ne se laissent pas écraser. Billie Piper, Rory Kinnear et Harry Treadaway livrent des performances tout à fait honorables, l’alchimie entre tous étant évidente. La réalisation est efficace, jamais trop brutale, laissant le temps aux personnages d’occuper l’espace au lieu de le sur découper à outrance (gimmick parfois trop courant du cinéma d’horreur), le tout porté par une musique poétique d’Abel Korzeniowski.

Pour son premier essai à la télévision, John Logan s’est donc bien entouré, mais c’est sur son écriture que repose la réussite ou l’échec de Penny Dreadful, et le conteur semble avoir tendance à s’égarer. Rassembler les monstres sacrés du roman gothique n’est pas une idée nouvelle ; fort heureusement, la série se rapproche plutôt de la BD d’Alan Moore que de de son adaptation cinématographique ou du Van Helsing de Stephen Sommers. Logan n’utilise pas ses personnages comme des pièces de qualité qu’il suffirait de coudre ensemble pour obtenir un patchwork sympathique. Il travaille les relations entre ses personnages, prend le temps de les développer, peut être un peu trop. En 8 épisodes on en aura appris plus que de raison sur la vie et les secrets de Vanessa Ives, la voyante possédée par le démon ; on aura également cerné dans son entièreté la psychologie de Victor Frankenstein et la nature de sa relation avec sa créature. Mais les autres resteront beaucoup trop en retrait. L’américain Ethan Chandler demeurera trop opaque jusqu’au dernier épisode ; Sir Malcolm Murray révélera son passé d’explorateur au compte goutte ; Dorian Gray apparaît et disparaît comme un cheveu sur la soupe et on ne saura rien de Sembene, le garde du corps africain. Les crises d’hystéries multiples de Vanessa empêchent les autres personnages d’exister, de se faire une place, mais au moins leurs interactions restes crédibles.

Seulement qu’est ce que cela raconte ? Le premier épisode annonce un policier teinté de fantastique, avec un enquêteur, une brute, un médecin légiste, mais après on passe à autre chose. Le drame avec Frankenstein, la reconstitution historique lorsque l’on suit sa créature qui active les rouages d’un théâtre grand guignol, puis l’étude de mœurs au travers des personnages de Brona Croft et Dorian Gray qui traînent dans des bas fonds que n’auraient pas reniés Dickens, ou encore la sempiternelle description de la création d’une famille dysfonctionnelle, un format qui fait fureur à la télévision. Autour d’une figure paternelle (Timothy Dalton) gravite fils et filles prodigues… Chacun apprend de l’autre et tout le monde évolue ensemble face au danger… Penny Dreadful part dans toutes ces directions à la fois, oublie de se concentrer sur un axe précis, pour finalement ne rien raconter de tangible.

Il y avait pourtant du potentiel et il est triste de voir que l’hédoniste Dorian Gray ne semble être qu’un prétexte érotique, que celui que l’on suppose être Dracula n’est réduit qu’a sa portion congrue (un simple suceur de sang) et que Van Helsing n’apparaisse qu’en coup de vent. Puis on aurait espéré voir davantage de créatures fantastiques. Ou sont les Mr. Hyde, Homme invisible et compagnie ? Peut être que la prochaine saison lancera véritablement une intrigue digne des références brandies dans cette longue introduction. Peut être que la Momie Imhotep pointera enfin le bout de son nez, après nous avoir fait mariner avec le folklore égyptien.

Penny Dreadful reste tout de même une série agréable à suivre, de bonne facture, et honnête dans ses intentions. Elle semble seulement s’être stoppée en pleine course. Mais le genre gothique étant tombé en désuétude après avoir connu un certain âge d’or dans les années 90 avec les films de Burton (mais aussi The Crow et La Famille Adams), les amateurs auraient tort de bouder une série imparfaite mais pleine de promesses.

Synopsis : Dans le Londres de l’époque Victorienne, Vanessa Ives, une jeune femme puissante aux pouvoirs hypnotiques, allie ses forces à celles d’Ethan, un garçon rebelle et violent aux allures de cowboy, et de Sir Malcolm, un vieil homme riche aux ressources inépuisables. Ensemble, ils combattent un ennemi inconnu, presque invisible, qui ne semble pas humain et qui massacre la population…

Fiche technique – Penny Dreadful 

Titre original : Penny Dreadful
Genre : Drame, Fantastique, Horreur, Policier
Avec : Timoty Dalton, Eva Green, Josh Harnett, Rory Kinnear, Harry Treadaway, Billy Piper, Reeve Carney…
Créateur(s): John Logan
Production : Sam Mendes, Chris W. King
Pays d’origine : États-Unis, Royaume-Unis
Date : 2014
Chaîne d’origine : Showtime, Sky Atlantic
Épisodes : 8
Durée : 60 min
Statu : en cours (saison 2 annoncée)

Auteur de la critique : Vincent Baudart 

 

Le Labyrinthe de Pan de Del Toro, un film de Guillermo Del Toro : Critique

Béni soit Del Toro ! Coproduit par cet autre mexicain de Cuarón, Le Labyrinthe de Pan « El Laberinto del Fauno » constitue un spectacle de tous les instants. Une histoire à la fois pessimiste et pleine d’espoir selon ce que vous voudrez bien y trouver, le tout servi par de solides acteurs et une photographie d’exception.

Synopsis: Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l’a préparé à affronter… 

Pour qui sonne le gala

La véritable prouesse n’est pas à chercher du côté de cette reconstitution d’une Espagne fragile et de son opposition entre franquistes et républicains. Si les scènes « réelles » sont bien faites et globalement crédibles, on sent qu’elles sont souvent là afin d’équilibrer le réel et l’imaginaire. Ancrer l’histoire, et ainsi donner plus d’impact aux délires de Del Toro. Pan! La force du film, c’est l’alchimie parfaite créée par son géniteur. Un mélange savamment dosé entre la féerie d’un conte pour enfants, berceuse incluse, et la dure réalité de la guerre. A grands renforts d’effets globalement maîtrisés et d’idées en pagaille, il nous propose un conte mature, une rêverie réaliste jusqu’au final, aussi magistral qu’il est ambigu.

Au milieu de ces échos de la guerre civile, le Capitaine Vidal, si vil ! Sergi Lopez est impressionnant, totalement imprégné de son personnage. Tellement détestable qu’il finirait presque par devenir attachant. Sa naïveté n’a d’égale que sa détermination. La réflexion? Le franquiste vainc sans! Coûte que coûte, les « salauds » doivent mourir. Hacer lo que sea necesario. Finalement, les véritables salauds dorment en paix, eux. Ivana Baquero réussit à émouvoir et à ne pas agacer, tout en demeurant juste du début à la fin. De la part d’une enfant, nous avons là un véritable tour de force! Maribel Verdu, Alex Angulo, Ariadna Gil ou encore Doug Jones (Pan) complètent une distribution sans failles.

A la fin du film, quand bien même certains se seront perdus en cours de route, une seule certitude: celle de ne pouvoir reprocher à Guillermo de ne pas y être allé franco.

Le Labyrinthe de Pan : Bande-annonce

Le Labyrinthe de Pan : Fiche technique

Réalisation: Guillermo Del Toro
Scénario: Guillermo Del Toro
Interprétation: Ivana Baquero (Ofelia), Maribel Verdú (Mercedes), Sergi López (Vidal), Doug Jones (Pan / l’homme pâle), Álex Angulo (le docteur), Ariadna Gil (Carmen)…
Production: Guillermo Del Toro, Alfonso Cuarón, Bertha Navarro, Alvaro Augustin, Frida Torresblanco
Effets spéciaux: David Martí, Reyes Abades
Photographie: Guillermo Navarro
Montage: Bernat Vilaplana
Compositeur: Javier Navarrete
Effets visuels: Cafe FX
Distribution: Wild Bunch Distribution
Durée: 119 minutes
Genre: Fantastique, Epouvante, horreur
Date de sortie: 1er novembre 2006

Espagne – 2016

Ilo Ilo d’Anthony Chen : Critique du film

Ilo Ilo, premier film Singapourien à obtenir un prix international avec la caméra d’or au festival de Cannes en 2013, Anthony Chen réussit sa première réalisation, qu’il a aussi écrit, en s’inspirant de sa jeunesse, ce qui confère au film une sincérité touchante et émouvante.

Jiale (Koh Jia Ler) est l’archétype du fils unique, il n’écoute ni ses professeurs, ni ses parents, mettant constamment sa mère (Yeo Yann Yann) dans l’embarras, aussi bien en public, qu’en privé. Une mère enceinte, qui vit avec la peur de perdre son travail à cause du comportement de son fils, dans le Singapour en crise de 1997. Un père (Chen Tian Wen) se dévouant corps et âme à son travail, ce qui les oblige à prendre une nounou Philippine (Angeli Bayani) pour les soulager de ce fils turbulent et insolent.

L’arrivée de la nounou, va bouleverser son univers. Il va devoir partager sa chambre avec elle, une incursion qu’il va avoir du mal à accepter. Il va lui mener la vie dure, mais face à la gentillesse de cette mère de famille qui a du laisser son fils au pays, ses défenses vont s’affaisser tout doucement. Leur complicité va générer un autre problème, la place de la mère face à la nounou qui prend de plus en plus d’importance, au sein de sa famille.

La simplicité est le maître mot du film Ilo Ilo. Il n’y a pas d’artifices, d’intrigues ou de situations rocambolesques. Anthony Chen nous raconte une tranche de vie dans une période de changements dans l’existence d’une famille stable financièrement, mais pas humainement.

Le choc des cultures est traité subtilement, par simples allusions, de la part de la voisine et des parents : la croyance de la nounou Philippine face à l’athéisme des Singapouriens, à son statut de sans-papiers, son passeport étant confisqué dès son arrivée, de peur qu’elle fuit à tout moment. Elle se retrouve dans une situation précaire, proche de l’esclavagisme, sous le joug de la mère autoritaire sauf envers son fils unique. L’évolution des rapports vont changer, la crise va les frapper de plein fouet. Les conséquences seront douloureuses pour tout le monde. Le père va renouer avec ses vices passés, pour calmer son anxiété. Il cache sa nouvelle situation, la nounou servant de bouc émissaire dès que le doute s’installe, stigmatisant toutes les peurs du couple. Une proie facile, livrée à elle-même dans un pays loin de ses coutumes.

Dans la difficulté d’un pays en crise, d’une famille en manque de confiance, d’une nounou en perte de repères, le film nous offre tout de même des moments de douceurs et d’humanité. Nous ne sommes pas dans le pathos, le drame est latent, le sourire est aussi présent. Cela ressemble à la vie où tous les types de sentiments animent les gens au quotidien. Les acteurs sont remplis de sincérité et nous offre une belle tranche de vie, simple et tendre.

Synopsis : A Singapour, Jiale, jeune garçon turbulent vit avec ses parents. Les rapports familiaux sont tendus et la mère, dépassée par son fils, décide d’embaucher Teresa, une jeune Philippine. Teresa est vite confrontée à l’indomptable Jiale, et la crise financière asiatique de 1997 commence à sévir dans toute la région…

Fiche technique – Ilo Ilo

Singapour – 2013
Réalisation: Anthony Chen
Scénario: Anthony Chen
Casting: Angeli Bayani, Koh Jia Ler, Chen Tian Wen, Yeo Yann Yann
Photographie: Benoit Soler
Production : Anthony Chen, Hwee Sim Ang, Wahyuni A. Hadi
Société de production: Fisheye Pictures
Durée: 99 minutes
Genre: Drame
Date de sortie: 19 Mai 2013

Auteur de la critique : Laurent Wu

Coldwater de Vincent Grashaw : Critique du film

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De manière générale, le film de prison a toujours été une expérience sensorielle éprouvante pour le spectateur et le cinéma en a fait un genre très rapidement. De L’Evadé d’Alcatraz de Don Siegel à Midnight Express d’Alan Parker en passant par la série Oz de Tom Fontana, il y a un véritable intérêt des producteurs pour ces films huis-clos qui permettent de mettre en avant une hiérarchie interne qui se révèle souvent être une métaphore des faiblesses de la société en général.

C’est aussi et souvent l’occasion de dénoncer les conditions d’enfermement qui n’aident en rien en les prisonniers à se réinsérer dans la société. En 2011, trois films sont sortis sur ce thème carcéral et pour la plupart récompensés et bien appréciés par la critique : Cellule 211 de Daniel Monzon, Un Prophète de Jacques Audiard et Dog Pound de Kim Chapiron. Au sein-même de la thématique film de prison, on retrouve le sous-genre film carcéral pour mineurs qui a marqué les esprits avec des films comme Scum d’Alan Clarke ou Dog Pound de Kim Chapiron (son remake inavoué). Réalisé par Vincent Grashaw, dont c’est le premier long-métrage mais qui a auparavant produit et joué un rôle dans Bellflower d’Evan Glodell, Coldwater est un film qui traite des centres de rééducations de la même manière que le film carcéral classique. Vincent Grashaw avait toutes les cartes en main pour réaliser un film choc aux thématiques difficiles, faisant preuve d’une vraie volonté à dénoncer les conditions d’enfermement pour mineurs aux États-Unis. La déception est d’autant plus grande que le réalisateur ait préféré réaliser un long métrage qui développe tous les clichés et poncifs du genre, et ne fait que se complaire dans du pathos sans cesse rabâché par le biais de flashbacks incessants.

Douche Froide à Coldwater

Présent dans de très nombreux festivals internationaux et récompensés par le Prix du Meilleur Réalisateur et Acteur au Festival de Las Vegas, Coldwater a le mérite d’avoir été souvent salué par la critique. Mention toute particulière à l’acteur P.J. Boudusqué qui marque effectivement quelques ressemblances avec Ryan Gosling, aidé par sa prestation relativement mutique. A n’en pas douter, Coldwater est le film qui aura révélé ce jeune acteur froid et rude au physique avenant et dont le jeu se démarque par des expressions qui révèlent une vraie force de révolte. L’essence même du film de prison. C’est aussi exaltant que frustrant pour cet acteur car il n’y a bien que lui à sauver dans ce film. Coldwater a quelques bons arguments à faire valoir et sa première demi-heure démontre un certain intérêt à contrecarrer tous les clichés du film de prison à savoir les scènes de cruauté (torture, agression physique, le fameux viol dans les douches), ces gardiens de prison sadiques ou la prédominance de la loi du plus fort. Il y avait même quelques personnages qui sortaient du lot comme le directeur de l’établissement qui n’était pas un cliché sur patte, juste un homme avec l’ambition de créer des citoyens vivables. La première demi-heure ne met pas spécifiquement en avant des personnages caricaturaux mais commence doucement à dessiner quelques traits de caractères qui seront exploités indéfiniment chez certains personnages, comme ce chef d’équipe ancien détenu du camp qui se pose comme le véritable lèche-botte et la petite frappe égoïste et opportuniste de Coldwater.

Cette première partie intéressante, Vincent Grashaw n’est pas capable de la dérouler de la même manière et le réalisateur tombe bêtement dans la facilité en juxtaposant tout ce qui fait la caricature-même du film de prison. Le directeur du camp devient alcoolique et viole avec ses détenus, le petit black victimisé par tous les gardiens, les sadiques du camp, ne désirant que la brutalité et la violence face à ces jeunes, sans compter les scènes cruelles qui remontent à la surface et mettent en avant des instants gratuits et sans intérêt, ne renouant jamais avec l’excellence des films d’Alan Clarke ou de Kim Chapiron.

L’autre vrai problème du film, c’est que le réalisateur n’arrive pas instaurer un rythme au sein des séquences dans le camp. Les détenus subissent des pressions physiques et morales, discutent vaguement, contiennent leur rage mais il n’y a que de rares moments pour nous extirper de l’ennui. Alors le réalisateur utilise ce procédé -désormais désuet- qui consiste à présenter successivement et à intervalles réguliers des flashbacks pour bien nous faire prendre conscience que ces jeunes n’ont fait qu’une petite erreur dans la vie et qu’il ne mérite pas tout cet acharnement. L’intrigue dans le camp se voit fréquemment coupée par ces passages qui éclaircissent quelques zones d’ombres du passé du personnage principal ainsi que des motifs qui l’ont conduit ici. Ce qui est gagné en psychologie perd en sensation. Toute l’essence même du film de prison est d’être étouffant, effrayant et oppressant alors qu’ici les scènes en huis-clos n’ont jamais le temps de poser cette sensation et le spectateur ne se trouve ici, ni impliqué dans le camp, ni à l’extérieur. En terme de mise en scène, Vincent Grashaw arrive à produire quelque chose, et certains beaux plans sortent du lot mais ils sont trop peu nombreux face au reste du film, convenu et beaucoup trop classique. On est bien loin de la photographie de Nicolas Winding Refn que beaucoup ont étonnamment aimé comparer avec Coldwater.

Il ne faut pas non plus tergiverser. Si le film s’avère être imparfait dans sa construction, il pose néanmoins les bonnes questions, même s’il prend soin de faire adhérer au parti-pris du film, jusqu’au carton grossier final. L’incompréhension juvénile, la responsabilité de la société pour ces jeunes en péril, la révolte autoritaire, l’enfermement comme mauvaise solution sont les thèmes exploités du film tout en mettant bien en avant la misère du monde par le biais de ces personnages caricaturaux que sont le directeur et les gardiens du camp. Il y a une vraie ambition, c’est indéniable. Coldwater est aussi un film qui oscille entre le documentaire brut et la fiction simpliste. Derrière ses quelques péripéties dynamiques -grotesques à l’extrême dans son final-, il y a une vraie complaisance à filmer frontalement la torture de manière à faire réagir sauf qu’hormis susciter le dégoût, ces séquences n’apportent pas grand-chose car il y a une bien mauvaise empathie auprès des autres jeunes du camp, la caméra étant le plus souvent focalisé sur P.J. Boudusqué. Et c’est un problème en soi car le film perd en viscéralité et en compassion, les autres acteurs du film ne se démarquant jamais et ne font office que de faire-valoir à l’exécution du film. Difficile de dire si la direction d’acteurs était mauvaise ou si c’est un parti-pris de ne se servir d’eux que pour être des victimes et des bombes à retardements. Les dernières séquences du film -outrancières et coupées du reste du film- invitent à réfléchir sur ces sociétés autoritaires qui se multiplient au sein-même de sociétés démocratiques, surtout aux Etats-Unis ou le rapport à l’autorité et à l’armée est une véritable composante des mentalités.

Coldwater est d’autant plus frustrant qu’il pose les bonnes questions mais avec les mauvais outils. Dog Pound était un uppercut furieux, c’est tout juste si Coldwater est une petite tape sur l’épaule. Outrancier, caricatural, jamais éprouvant ou empathique, le film de Vincent Grashaw va même jusqu’à tomber dans l’absurdité avec ce final grotesque et sans conviction. Pas grand-chose à retenir du film hormis son acteur principal, promis à un bel avenir, et ses quelques réflexions sociétales. Mais à bien regarder le film et lire que Vincent Grashaw a mis treize ans à écrire le film, on en vient à se dire qu’il en aurait fallu treize de plus pour obtenir un très bon film. Ici, il n’y a tout juste que de bonnes bases développées au hachoir donnant lieu ainsi à des facilités d’écriture qui empêche Coldwater d’être le film choc attendu. Immense déception.

Synopsis: Brad est un adolescent impliqué dans plusieurs petits délits. Ses parents décident de le faire emmener de force dans le camp de redressement pour mineurs très isolé de Coldwater. Les jeunes détenus sont coupés du monde extérieur, subissent des violences tant physiques que psychologiques et n’ont d’autre choix que de survivre ou de s’échapper.

https://www.dailymotion.com/video/x5dz6fw

Fiche Technique : Coldwater

Titre original: Coldwater
Réalisateur: Vincent Grashaw
Acteurs: P.J. Boudusqué, James C. Burns, Chris Petrovski, Octavius J. Johnson, Stephanie Simbari
Scénariste: Vincent Grashaw et Mark Penney
Compositeur: Chris Chatham et Mark Miserocchi
Directeur De La Photographie: Jayson Crothers
Monteur:  Eddie Mikasa
Genre: Drame, Thriller
Distributeur: KMBO
Date De Sortie: 10 juillet 2014
Festival: Festival de Las Vegas 2013, Festival du Film International de Sitges 2013

Orange is the New Black, saison 2 : Critique de la série

Critique Orange is the New Black, Saison 2 : Un Oz au féminin

Synopsis: Inspiré du livre autobiographique éponyme de Piper Kerman, Orange is the New Black est une série crée par Jenji Kohan (Weeds). On y suit le séjour en prison de Piper Chapman, une wasp à la vie rangée, rattrapée par son passé et envoyée dans un établissement carcéral pour femmes, pour y purger une peine de prison de 15 mois. Pour elle, l’orange sera la nouvelle tendance…

Orange is the New Black, c’est avant tout une incroyable palette de personnages (Taystee, Crazy Eyes, Poussey, Black Cindy…), étoffée et fort bien campée par des actrices comme Taylor Shilling aka Piper Chapman, qui tient le rôle principal. Une série au ton décalé et humoristique, plus accessible que l’incroyable chef d’œuvre de Tom Fontana. Un Oz au féminin, drôle sans les testostérones de son illustre sœur : en effet, les effusions de sang, les affrontements et les violences d’ordre mental ne sont pas au cœur de cette série, même si on peut assister à quelques scènes fortes, l’ensemble demeure une comédie aux dialogues fort bien écrits.

Un univers carcéral riche en surprises 

Retour rapide sur la saison 1 : Orange is the New Black suit le parcours de Piper Chapman (Taylor Channing), bourgeoise égocentrique, dans une prison fédérale pour femmes en compagnie de son ex, Alex Vause (Laura Peppon). Celles-ci, 15 ans plus tôt, avaient transporté de la drogue aux Etats Unis, et Alex avait du dénoncer la complicité de Piper pour réduire sa peine. Condamnée pour 15 mois, cette dernière doit faire sa place au milieu des fortes personnalités et communautés de la prison, tout en affrontant les sentiments d’Alex qui resurgissent.

A la fin de la saison 1, on s’était déjà attaché aux personnages les plus délurés comme Big-Eyes (Suzanne), Morello, Sophia, Red et l’adorable Poussey. Entre drame et romance, le dernier épisode nous laissait en haleine avec le départ d’Alex et la tentative de meurtre de Piper sur l’insupportable Pennsatucky.

Cette nouvelle saison était alors plus qu’attendue, après House of Cards, la chaîne Netflix qui a diffusé intégralement 13 épisodes le 6 juin dernier, permettant ainsi aux fans d’assouvir leur addiction à la série avec un binge-watching (regarder tous les épisodes ou plus de trois d’affilé).

De nouveaux clans se forment

Dans cette nouvelle saison, des nouveaux personnages font leur apparition, perturbant le confort des clans qui se font, se défont, se refont sans cesse. On assiste à l’arrivée de Vee, mère adoptive de Taystee, qui s’impose comme nouvelle meneuse et menace l’autorité déjà en péril de Red.

L’originalité de chaque épisode, est le retour sous forme de flashback des détenues avant leur arrivée en prison. L’intrigue se tourne alors plus sérieusement sur les personnages jusque-là secondaires, en abordant leur passé souvent troublant et permettant de mieux les comprendre. Le spectateur ne les voit plus comme de simples criminels en tenue orange, mais comme des semblables, ces femmes, mères et épouses, confrontées aux problèmes de la vie, qui ont commis des erreurs et en paient le prix. Le thème de la maltraitance envers les femmes, les problèmes de racisme d’homophobie et des familles défavorisés sont soulevés de manière réaliste, touchante et toujours aussi satirique.

Une Piper moins pleurnicheuse, plus forte

Si dans la saison précédente, le caractère un peu délicat et sensible de Piper était mise à rude épreuve, désormais elle a totalement changé. Après huit mois de prison, et un retour sur elle-même, c’est une autre femme. Elle connait les règles et combines de la prison et profite d’un statut presque de privilégié. Toujours aussi importante, mais moins centrée sur sa propre personne, ce qui avait tendance à devenir agaçant dans la saison précédente. Enfin, elle devient un personnage fort de caractère face aux nouvelles péripéties, même si elle reste passive en action. Moins omniprésente que dans la saison précédente, on ressent la lassitude de sa situation, et vers la fin, un retour craintif de ce qui l’attend à l’extérieur. Elle se rattache au souvenir de sa relation avec Alex comme une ancre désespérément jetée à la mer, et on prend pitié d’elle.

Encore plus d’intrigues, d’humour et d’érotisme

L’intrigue dramatique monte crescendo, dès le début de la série avec le transfert de Piper vers une autre prison. Dès le premier épisode, le spectateur est perturbé par ce nouveau décor, lui donnant un aperçu d’un autre milieu carcéral. Toujours de manière à la fois brutale mais drôle, Piper se confronte déjà aux nouvelles détenues après avoir tué leur précieux cafard. Une anecdote très causasse : des cafards entraînes à transporter des paquets de clopes… Avec une multitude de personnages bien construits, jamais mis de côté, la série maintient un rythme soutenu, et captive notre intérêt au fur et à mesure des épisodes.

Le spectateur découvre également de nouvelles intrigues amoureuses au sein des matons et à l’extérieur de la prison, particulièrement dans l’épisode spéciale St Valentin, et assiste à de nouveaux rebondissements concernant son couple préféré Bennet et Daya (enceinte), avec le retour inattendu d’un personnage qui en fera rager plus d’un. Et bien sûr, toujours aussi cru dans les dialogues, la série promet de nouvelles situations insolites, sexy et jouissives.

Dans les derniers épisodes, on craint pour nos personnages préférés, particulièrement à cause de la tension entre Vee et Red qui ne cesse de s’accroître, et de Piper en proie à ses propres drames familiaux et sentimentaux. Jusqu’au dernier épisode, la série nous sert une fin surprenante et réussie, gardant le spectateur en haleine pour la saison prochaine.

Fiche Technique : Orange is the New Black

Créée par: Jenji Kohan (2013)
Diffusée sur: Netflix
Casting: Taylor Schilling, Uzo Aduba, Danielle Brooks, Michael J. Harney, Natasha Lyonne, Taryn Manning, Kate Mulgrew, Yael Stone, Kimiko Glenn, Jason Biggs
Genre: Comédie Dramatique
Scénaristes: Liz Friedman, Jenji Kohan. Inspirée du livre de Piper Kernan 
Nombre d’épisodes: 13
Format: 52 minutes

Auteur de la critique : Céline Lacroix

 

La rue de la honte (Akasen chitai) : Critique du film

La grande force du cinéma japonais se situe dans le fait que, de tout temps, chaque période historique marquante de l’archipel ait engendré une période faste dans sa création artistique. C’est en effet dans ses soubresauts mémoriaux les plus sombres que les plus grands noms du 7éme art ont accompagné cette difficile reconstruction identitaire.

Synopsis : La vie des cinq femmes dans une maison close alors que le parlement nippon étudie un projet de loi sur la fermeture de ses maisons.

La lutte des classes au bordel

Cette « marque de fabrique » – si elle a pu pâtir de la relative bonne santé économique du pays dans les années 90,  est en passe de faire émerger une des plus puissantes industries cinématographique depuis une dizaine d’années, suite à la crise mondiale qui touche de plein fouet l’ile. Le souvenir des Kurosawa, Mifune, Kobayashi (moins connu mais pas moins important) et autre Oshima, reste fondateur de la construction brillante de cette cinématographie.

Dans ce même esprit, Mizoguchi appartient à ce prestigieux cercle mythique des pères fondateurs. Sa filmographie est truffée de ces films frondeurs envers cette nouvelle société nipponne, où tradition et modernité ne cohabitent que dans une difficile dualité idéologique. Son regard ethnologique est ici sidérant de justesse, tant son approche douloureuse du basculement libertaire de l’époque charnière qu’il décrit, est minutieuse. Il ne s’agit plus seulement d’observer le microcosme sociétal féminin d’un bordel tourmenté par une nouvelle loi ravageuse pour la profession. Son ambition va bien au-delà. Ce cadre est un prétexte pour dépeindre un Japon en pleine mutation politique, alors toute juste libéré du joug des Alliés et de l’emprise de L’Oncle Sam. Cette liberté, en apparence salutaire, cache bien des vices que la nouvelle prospérité financière ne saurait cacher. Ces femmes, vivant en vase clos sous l’emprise d’une mère maquerelle et d’un propriétaire d’une maison close, représentent cet enfermement moral dicté par la nécessité de se vendre au plus offrant pour essayer de survivre décemment. L’aliénation du corps est une autre forme de diktat que l’argent permet d’acheter.

Mais l’admirable courage dont elles font preuve et la dignité éprouvée par celles-ci caractérisent parfaitement la supériorité de la pensée et de la foi humaine sur toute domination. Aussi pauvres et simples soient elles, leurs bontés en font des pécheresses magnifiques. Ainsi, les prêcheurs de bonne morale, guides autoproclamés suprêmes en sont réduits à figurer leur faiblesses latentes sous une autorité veine. Mais cette vénalité ne peut que les conduire dans une totale impasse, incapables qu’ils sont d’assumer leurs pleines responsabilités de bâtisseurs de L’Empire. Ironie du sort, ce sont eux qui rampent à terre pour demander pardon ou qui tentent désespérément de garder prisonnières ces filles, épouses et mères toujours dignes dans la perte.

Mizoguchi esquisse à travers ce large portrait les dysfonctionnements criants de cette organisation communautaire. L’opposition entre les tenants de L’Ancien Régime Féodal et les partisans d’une ouverture moderne se ressent jusqu’à l’intérieur de ce huis-clos oppressant. Les premiers, ruminant leur passé glorieux, s’insurgent d’un renouvellement des règles de vie au sein de l’espace fermé tout en maintenant le mensonge éhonté du bienfait de la prostitution pour leur seul profit. Alors que les secondes s’insurgent de cette mainmise tutélaire et enfreignent discrètement certaines habitudes. Plus largement, tandis que les plus anciennes occupantes des lieux tentent tant bien que mal de s’adapter à la possible fermeture de leurs lieux de travail, les plus jeunes apparaissent plus perfides et semblent ne se préoccuper que de leur bien-être. Impression qui sera démentie plus tard lorsque nous découvrirons la vraie raison de cette attitude.

Là pointe la réflexion du réalisateur selon laquelle le réel affrontement n’est pas un conflit de génération mais bien une lutte des classes qui ne pourra cesser que le jour où les exploités recouvriront la liberté d’expression requise. Nous réapparait alors la grandissime importance du devoir de mémoire et de la transmission des sages envers la future génération qui aura à redéfinir une Nation plus juste. Ce fils, au comportement plus que violent contre sa génitrice, témoigne de la peine effroyable ressentie par ces passagers de témoins. Les relations entre les hommes et les femmes ne pourront être apaisés qu’avec un nouvel état d’esprit et seul un équilibre des forces en présence permettrait cette réunion pacifique vitale pour l’avenir. La splendide réussite de ce long-métrage est de marier tous ces éléments avec une fluidité exquise sans perdre l’humour qui crée un espace respiratoire bienvenue, pour captiver l’audience sans la seriner d’éléments superficiels qui ruineraient à coup sûr l’entreprise. Encore une belle preuve, s’il en était besoin, du formidable travail de tout un pan de L’histoire de l’industrie cinématographique du territoire.

Fiche Technique : La Rue de la Honte de Mizoguchi

Titre Anglais : Street of Shame
Titre Original : Akasen Chitai
Réalisé par : Mizoguchi Kenji
Année : 1956
Pays : Japon
Durée : 1h27
Interprété par Kyo Machiko,Kato Daisuke, Mimasu Aiko, Wakao Ayako, Urabe Kumeko, Shindo Eitaro

Auteur de la critique : le Cinéphile Dijonnais

Mise à l’épreuve de Tim Story : Critique du film

Mise à l’épreuve (Ride Along) est un buddy cop movie avec Ice Cube et Kevin Hart, qui fait aussitôt penser à 48 heures ou L’arme fatale.

Synopsis : Ben, agent de sécurité dans un lycée, tente en vain de prouver qu’il est plus qu’un geek baratineur à James, grand frère protecteur de sa petite amie et flic aux méthodes musclées. Quand Ben est enfin accepté à l’Académie de l’APD (Atlanta Police Department), il demande la bénédiction de James pour épouser Angela, pensant avoir enfin gagné son respect. Sceptique, James le met à l’épreuve pour lui apprendre le métier et voir s’il est digne ou non d’épouser sa soeur. Durant 24 heures il devra patrouiller avec lui dans les rues d’Atlanta.

Une rude épreuve 

Une comparaison peu flatteuse, ses aînés sachant combiner l’action et la comédie, en se reposant sur des réalisateurs de talents, Walter Hill et Richard Donner. Tim Story n’est pas de leur trempe : il a déjà causé des dégâts en maltraitant Les 4 fantastiques par deux fois, ce qui vous classe un homme. Mais c’est un film entre amis, c’est une production Ice Cube, qu’il a déjà dirigée dans Barbershop, tout comme avec Kevin Hart dans Think Like a Man.

Le duo est classique, le policier chevronné solitaire et dur en la personne d’Ice Cube et le nain hystérique cabotinant comme une adolescente dans un concert des 1D, Kevin Hart. Tout les oppose mais à la fin, ils deviennent beaux-frères, ou presque. Kevin Hart du haut de son 1m57 est en couple avec Tika Sumpter 1m70, qui est du genre top-modèle international. L’ensemble manque de crédibilité. Après, il faut bien avouer que le réalisme n’est pas vraiment une des qualités du film, ni même son scénario, ni son interprétation, ni ses dialogues, ni ses scènes d’actions, ni….. En fait, il n’y a pas grand chose de réussi là-dedans. Il est évident que si l’on est hermétique à l’humour de Kevin Hart, cela va vite se transformer en une longue épreuve. Ses scènes sont longues et vides ; il y a peu de réparties renversantes, c’est plat, sans chutes, c’est du vent.

La première demi-heure est pourtant encourageante : Kevin Hart semble sobre et ses échanges avec Tika Sumpter mettent un peu de vie, dans un film sans rythme, malgré une scène d’action réussie pour ouvrir le film, mais intégré au générique, ce qui gâche un peu le plaisir. Cela marche moins bien avec Ice Cube, qui semble toujours énervé. Certes, il convient d’être indulgent avec un des meilleurs rappeurs des 90’s, qui a su construire une carrière dans l’Entertainment et retrouve ici Laurence Fishburne, qui faisait parti de son premier film en tant qu’acteur Boyz’N the Hood. Ce qui confirme le côté « film entre amis », en oubliant l’essentiel, offrir un divertissement de qualité, drôle et explosif.

En associant la caméra paresseuse de Tim Story, un Kevin Hart qui ne possède qu’un ersatz du talent de Chris Tucker, auquel il est en permanence comparé (ce qui renvoie à un autre Buddy Movie réussi Rush Hour), on obtient un film qui se traîne, rate ses scènes d’action, rarement drôle, se moque du talent de John Leguizamo et totalement inoffensif, au point de se révéler limite soporifique.

Fiche technique – Mise à l’épreuve

Ride Along – 2014
États-Unis
Réalisateur: Tim Story
Scénario: Greg Coolidge
Casting : Ice Cube, Kevin Hart, John Leguizamo, Bruce McGill, Tika Sumpter, Bryan Callen, Laurence Fishburne, David Banner, Angie Stone
Photographie: Larry Blanford
Montage: Craig Alpert
Genre: Buddy Movie
Durée: 100 minutes
Date de sortie en France: 14 mai 2014
Budget: 25 millions de $
Musique: Christopher Lennertz
Production: Matt Alvarez, Larry Brezner, Ice Cube et William Packer
Sociétés de production: Cube Vision, LBI Entertainment, Rainforest Films et Universal Pictures

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

 

Avé de Konstantin Bojanov : Critique du film

Dans une Union Européenne ultralibérale où seuls les pays les plus forts peuvent s’en sortir, les nouveaux arrivants rêvent de ce nouveau mirage économique, tel un miracle qui leur permettrait d’intégrer la puissante mondialisation, au nom d’une promesse d’un avenir qu’ils espèrent meilleur.

Synopsis : Parti de Sofia, Kamen se rend en stop à Roussé, dans le nord de la Bulgarie. Sur la route, il rencontre Avé, une jeune fugueuse de 17 ans, qui lui impose sa compagnie. À chaque nouvelle rencontre, Avé leur invente des vies imaginaires et y embarque Kamen contre son gré. D’abord excédé par Avé et ses mensonges, Kamen se laisse troubler peu à peu… 

Une Europe avide d’argent à l’économie destructrice

Mais cette entité, pensée et créée au sortir de la Seconde Guerre Mondiale dans un but de prospérité, s’avère symbolique d’une économie destructrice car mal fignolée. Au lieu d’être un espace de mutualisation et d’harmonie, elle symbolise une course toujours plus catastrophique a l’appât du gain qui dessert les pays adhérents.

La Bulgarie n’échappe pas à cette rengaine. Son entrée en 2007 dans L’UE a encore plus affaibli cet idéal démocratique car son économie trop exsangue ne peut soutenir la comparaison avec les places fortes historiques du marché. Son intégration, voulue par des élites politiques corrompues et une mafia gangrenée par la violence, n’a pu se faire qu’avec la malsaine complicité d’une Europe avide d’argent. Au détriment d’un projet équilibré et libérateur qui enfonce un peu plus chaque jour ce vaste territoire dans un abyssal déficit et laisse ses concitoyens dans une précarité insoutenable, surtout depuis la crise de 2008. Les jeunes héros que nous suivons dans ce très beau film en sont les malheureux héritiers.

L’histoire débute à Sofia, capitale du pays, où cet adolescent, frêle et chétif pratique l’auto-stop au bord d’une autoroute pour rejoindre une ville plus au nord. Apparaît alors cette gamine espiègle et peu farouche dont on ne sait trop quoi penser au premier abord. S’ensuit un long périple au long duquel nous découvrons ces deux âmes esseulées en quête de transcendance, cherchant à fuir un passé douloureux et avancer vers un avenir plus qu’incertain. Lui, mystérieux et hermétique, va retrouver la famille endeuillée de son meilleur ami mort dans un suicide désespérant. Elle, irritante et intrigante à force de mensonges répétés, veut sauver son frère d’une toxicomanie comme seul apaisement d’une situation sociale affligeante.

La confrontation donne à voir une troublante métaphore d’une société partagée entre le déni de réalité ,comme pour mieux se protéger d’une vérité sordide, et la détermination sans faille d’une jeunesse décidée à prendre en main son destin, quoi qu’il lui en coûte. La mort, présente insidieusement tout au long du récit, sert d’avertissement à un dangereux désinvestissement d’un gouvernement délaissant ses enfants au bord du gouffre. On y sent tout le malheur de familles dévastées par cette lâcheté. Cadrant au plus près leur longue traversée du désert, la caméra épouse leurs mouvements incertains et leur détermination à s’ouvrir à la vie. Des squats miteux aux transports routiers graveleux en passant par des rencontres humiliantes se dessine une trajectoire constitutif d’un passage à l’âge adulte précaire mais nécessaire. C’est aussi un merveilleux apprentissage des sentiments, où la découverte de la sexualité élabore une sensibilité à fleur de peau, ultime rempart contre la déchéance d’un monde exterminateur. Le réalisateur fait preuve d’une grande douceur et d’une dextérité bouleversante et réussit à nous entrainer dans leur sillage passionnant avec une étonnante économie de moyens. Cette finesse d’esprit, si elle ouvre un possible chemin du bonheur aussi évanescent soit-il, n’en est pas moins lucide sur la difficile rédemption à suivre. Témoin cette fin où elle se fantasme en star hollywoodienne, paroxysme du faux et fuite en avant pour s’oublier. Lui n’aura de cesse de poursuivre cette fugace sensation de plénitude, symbole d’un irrépressible besoin de tendresse pour panser des cicatrices ouvertes trop tôt.

Dans une photographie et une lumière éclairant de mille feux ces personnages, nous assistons à l’émergence plus que prometteuse d’un metteur en scène plein de talent et d’acteurs à la justesse extraordinaire. Découvert au Festival de Cannes en 2011 dans la section « Semaine De La Critique »,ce petit bijou réconciliera les cinéphiles parfois déçus par une compétition officielle à l’audace en voie de disparition. Le cinéma des Balkans profite de cette aubaine pour se faire entendre et connaitre du plus grand nombre, et c’est tant mieux tant il semble en plein essor.

Fiche Technique: Avé de Konstantin Bojanov

Réalisation: Konstantin Bojanov
Scénario Konstantin Bojanov, Arnold Barkus
Casting: Avé (Anjela Nedyalkova) et Kamen (Ovanes Torosian)
Catégorie: Drame
Durée: 87 min
Langue: Bulgare
Directeur de la photographie: Nenad Boroevich, Radoslav GotchevMontage
Montage: Stela Georgieva
Costumes: Marina Yaneva
Musique: Tom Paul

Auteur de la critique: Le Cinéphile Dijonnais

Transformers 4 : L’Âge de l’extinction, un film de Michael Bay : Critique

Synopsis : Quatre ans après les événements mouvementés de « Transformers : La Face cachée de la Lune », un groupe de puissants scientifiques cherchent à repousser, via des Transformers, les limites de la technologie. Au même moment, un père de famille texan, Cade Yeager, découvre un vieux camion qui n’est autre qu’Optimus Prime. Cette découverte va lui de attirer les foudres d’un certain Savoy, dont le but est d’éliminer les Transformers. Pendant ce temps, le combat entre les Autobots et les Décepticons refait surface…

Tant qu’il y aura des robots 

Optimus Prime est de retour, et il n’est pas content ! Pour ce quatrième opus de la saga des robots transformistes, Michael Bay a choisi de faire table rase du passé. Sans être un reboot, ce nouvel épisode, qui se passe un temps indéfini après les événements du précédent, change complètement la donne. L’accroche du film l’annonce d’ailleurs : « Les choses ont changé ». La franchise va-t-elle opérer un virage à 180 degrés, et s’adresser à un public plus mature ? L’action à outrance laissera-t-elle la place à une réflexion philosophique sur la place de l’homme sur la Terre ? Michael Bay délaissera-t-il enfin la boîte à explosions ? Coupons court à tout suspens, la réponse est non.

On prend (presque) les mêmes et on recommence 

Non, non, rien n’a changé. Hormis Shia LaBeouf, qui laisse sa place à Mark Wahlberg, tout ce qui fait le charme (ou pas) de la série est présent, et bien présent. Attendez-vous donc à assister à plus de 2h30 de fusillades, de course-poursuite, de bastons robotiques et, bien sûr, d’explosions en pagaille. Michael Bay maîtrise parfaitement son art, et sait faire preuve de son efficacité coutumière, à grand renforts d’effets sonores et de musiques plus ou moins subtiles. Les connaisseurs retrouveront ses marques de fabrique coutumières, que ce soit dans ses cadrages ou dans l’enchaînement toujours aussi nerveux des plans. Petit bémol, que l’on retrouvait déjà dans les volets précédents, les scènes d’action, lorsqu’elles se font à grande échelle, sont rapidement illisibles, ou du moins difficiles à suivre. Le maître atteint là ses limites.

Concernant le scénario, rien de bien neuf non plus, on retrouve les gentils contre les méchants, (mini SPOILERS) avec l’arrivée d’une nouvelle race de Transformers, et des humains pris bien malgré eux dans le conflit. Mark Wahlberg apporte ses gros muscles à un nouveau personnage plus orienté action hero que son prédécesseur. Sans révolutionner le genre, c’est là un nouvel agréable changement. En revanche, côté personnages secondaires, on a droit à une belle enfilade de clichés ressortis du petit manuel du scénariste pour film d’action. Mention spéciale à Nicola Peltz, dont le personnage ne sert qu’à se faire enlever ou apporter un petit côté sexy au film. À quand un personnage féminin fort ?

Quand la publicité rencontre le cinéma 

On ne peut pas reprocher à Transformers 4 d’être ainsi ultra-formaté, et de suivre tous les codes du film d’action un peu décérébré que ses prédécesseurs ont aidé à élever au rang de modèle. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’être ainsi calibré pour rapporter un max. Le placement de produit y est poussé jusqu’au ridicule, et on a parfois l’impression que la coupure pub a été incluse au sein même du film. C’est devenu habituel, mais Michael Bay pousse la logique un peu trop loin. Petite nouveauté, il a également déjà prévu l’exportation sur le marché asiatique, toujours aussi rentable et juteux. On a donc droit à une petite séquence en Asie, avec, ô merveille, du placement de produit destiné uniquement au public local.

Transformers 4 : L’Âge de l’extinction s’annonce comme le blockbuster pas très fin de l’été, et satisfera les amateurs du genre, en quête d’un divertissement pas trop cérébral. Son côté marketing forcé et une intrigue parfois peu compréhensible risquent cependant d’en rebuter plus d’un.

Transformers 4 : L’Âge de l’extinction : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=qH4OwQYiMrU

Transformers 4 : L’Âge de l’extinction : Fiche technique

Réalisation: Michael Bay
Scénario: Ehren Kruger
Interprétation: Mark Wahlberg (Cade Yeager), Stanley Tucci (Joshua Joyce), Kelsey Grammer (Harold Attinger), Nicola Peltz (Tessa Yeager) Jack Reynor (Shane Dyson)…
Image: Amir Mokri
Décor: Jeffrey Beecroft
Montage: William Goldenberg
Musique: Steve Jablonsky
Producteur: Lorenzo Di Bonaventura, Tom Desanto, Don Murphy, Ian Bryce
Production: Paramount Pictures
Distributeur: Paramount Pictures France
Durée: 2h45
Genre: Action, Science-Fiction
Date de sortie: 16 juillet 2014
États-Unis – 2013

Homeland – saison 3 : Critique serie

Homeland : Troisième saison, troisième coup de maître

Synopsis : L’attentat du siège de la CIA à Washington a causé de nombreuses victimes. Forcé de quitter le pays, Nicholas Brody se retrouve à Caracas, tandis que Carrie Mathison essuie les plâtres pendant l’enquête qui accuse clairement Brody d’être le responsable de l’explosion. Une explosion qui a également remis en question la crédibilité de la CIA. Pendant que Brody est activement recherché, Saul Berenson tente de remettre les choses en ordre…

La série Homeland est une Adaptation de la série israélienne Hatufim 

Une saison mal-aimée

Etonnant de voir à quel point cette troisième saison d’Homeland a été accueillie plutôt froidement par une partie du public qui lui aurait attribué, paraît-il, une baisse de régime. Pourtant, tous les ingrédients des deux saisons précédentes sont toujours bien là et n’ont rien perdu de leur redoutable efficacité, cette troisième saison tenant toutes les promesses qu’elle avait faites, jusqu’à un incroyable et inattendu dénouement dont on a toujours du mal à revenir. Homeland garde donc sa place au milieu des meilleures séries actuelles, de celles qui sont en train de modifier le paysage télévisuel aux Etats-Unis, mais aussi le nôtre, avec quelques années de retard.

Des scénarios béton

Le final de la saison deux voyait Brody obligé de prendre la fuite suite à un dramatique attentat, dont il devenait le suspect numéro un. il est maintenant planqué à l’étranger. Carrie a été écartée et Saul est en position délicate à la tête de la C.I.A. dont il est devenu directeur. Tout cela maintient la tension presque physique des deux premières saisons, qui reste toujours l’ingrédient essentiel d’Homeland qui se rapproche beaucoup de 24 sur la forme. D’ailleurs, le twist totalement imprévisible du milieu de saison le confirme, les scénaristes Alex Gansa et Howard Gordon entre autres, ont un immense talent pour créer les ressorts du rythme d’une série au développement assez lent.

La forme au service du fond

Le montage savant de la série permet tout autant que le scénario, de maintenir ce fameux rythme, tout en prenant le temps de développer une histoire. D’autant que dans cette saison, le téléspectateur voyage encore plus, puisqu’en-dehors des pays arabes et de Etats-Unis, il va devoir faire un tour en Amérique Latine où il assistera à la déchéance de Brody. Mais depuis sa création, Homeland a forgé son identité dès son générique, qui en plus d’être une réussite esthétique, plante le décor en retraçant l’histoire moderne du terrorisme depuis les attentats du 11 septembre 2001 jusqu’à aujourd’hui. D’un point de vue esthétique et formel, Homeland est une série pour laquelle la technique est entièrement au service de la thématique.

Le plus beau des castings

Tout comme les acteurs qui représentent peut-être le plus beau casting du paysage audiovisuel actuel, d’autant plus que cette saison trois voit débarqué l’immense F. Murray Abraham (Inside Llewyn Davis) en plus des déjà excellents Mandy Patinkin (Princess Bride), Damian Lewis (Band Of Brothers) et bien sûr Claire Danes (Romeo & Juliette), toujours bouffante dans ce personnage d’analyste de la C.I.A., torturé par ses problèmes psychologiques. Tous forment une troupe véritable, qui prend plaisir à jouer ensemble, visiblement ravie de participer à l’aventure Homeland et de contribuer à sa réussite. Car même si la qualité globale des séries made in U.S.A. s’est bien améliorée ces dernières années, Homeland parvient à se hisser encore un ton au-dessus.

A voir pour le final

Même si ce n’était que pour le dernier épisode de cette troisième saison, il est impératif de la voir, car si cette série est née du traumatisme des attentats du WTC et qu’elle ne cache pas par moments ses opinions républicaines, elle reste d’une efficacité redoutable, ménageant un suspens qui ne faiblit à aucun moment des douze épisodes. Elle est une très belle vitrine de ce qui apparaît désormais comme un « savoir-faire » américain en la matière car, même si chez nous une chaîne tente de hausser le niveau des séries hexagonales, il faut bien admettre que le Français moyen a du mal à se sortir de ces séries très politiquement correctes que produit notre système audiovisuel.

Fiche Technique: Homeland – saison 3

Origine : États-Unis
Créateurs : Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff
Réalisateurs : Lesli Linka Glitter, Clark Johnson, David Nutter, Carl Franklin, Seith Mann, Jeffrey Reiner, Keith Gordon, Daniel Minahan.
Acteurs: Claire Danes, Mandy Patinkin, Damian Lewis, Morena Baccarin, Morgan Saylor, Rupert Friend,Sarita Choudhury, F. Murray Abraham, Tracy Letts…
Diffusion d’origine: 29 septembre 2013
Chaîne: Showtime
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Diffusion en France : Canal Plus
Nombre d’épisodes : 12

Auteur de la critique : Freddy M.

Bad Words de Jason Bateman : Critique du film

Synopsis : Un homme aigri, approchant de la quarantaine, profite d’une faille de système pour s’inscrire à un concours d’orthographe pour enfants… 

The Jason Bateman Show

Pour sa première réalisation, Jason Bateman reste dans un genre qu’il maîtrise, la comédie. Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, il s’offre le premier rôle, celui de Guy Trilby, un homme solitaire, qui se moque de tout et de tout le monde. Pour participer à ce concours d’orthographe, il doit-être sponsorisé par un grand journal. Allison Janney est dépêchée pour relater cette aventure hors du commun. Une femme isolée et un brin dérangée, un couple bien assorti, en marge de la société et de ses conventions. Au cours de l’aventure, Jason Bateman va faire la rencontre de Rohan Chand, dont les origines lui permettent de faire toutes les réflexions racistes possible à ce charmant Slumdog. Un enfant de dix ans qui cherche à être son ami, lui aussi étant solitaire, malgré la présence de parents plus que discrets.

Jason Bateman n’est pas un acteur comique qui va montrer ses fesses ou grimacer bêtement. Son truc, c’est de sortir des punchlines corrosives. Un pince sans rire qui se régale dans cette comédie noire, qui rappelle un autre Bad, celui de Billy Bob Thornton dans le bien-nommé Bad Santa. Ce n’est pas politiquement correct : ses réparties visent autant son jeune ami, que la journaliste ou les parents qui viennent l’insulter ou lui cracher dessus. Même si Jason Bateman reste vêtu, ses répliques visent parfois au-dessous de la ceinture. Mais c’est aussi émouvant. Son rapport avec son jeune acolyte devient quasi paternel, comme le démontre la jouissive scène du super store au son des Beastie Boys. Puis, il y a la raison qui le pousse à faire ses concours. Elle se dévoilera doucement mais ne perturbera pas le rythme effréné de cette comédie plus que réussie.

Ce qui surprend, c’est surtout la réalisation impeccable de Jason Bateman. Pour un premier essai, c’est une belle réussite. La photographie est aussi sombre que l’humour noir qui imprègne chaque scène. Les différents ralentis sont toujours utilisés aux bons moments et pour les bonnes raisons. La comédie est une partition qui demande une certaine exigence. Jason Bateman démontre qu’il maîtrise déjà celle-ci et nous sentons l’influence de Jason Reitman dans son traitement de l’histoire, sur un scénario d’Andrew Dodge (son premier).

Jason Bateman est parfait dans son rôle, tout comme la révélation Rohan Chand. Allison Janney et Kathryn Hahn qui en bonnes habituées de ce genre de comédie, sont à l’aise comme un poisson dans l’eau, sans oublier le patriarche, l’excellentissime Philip Baker Hall.

Malheureusement, Bad Words n’est pas sortie dans nos salles françaises. Cette comédie mérite une séance de rattrapage, un petit bijou d’humour noir non dénué d’humanité, une vraie bonne surprise.

Fiche technique – Bad Words

USA – 2013
Réalisateur : Jason Bateman
Scénariste : Andrew Dodge
Casting : Jason Bateman, Kathryn Hahn, Rohan Chand, Allison Janney, Philip Baker Hall, Rachael Harris, Ben Falcone, Judith Hoag, Beth Grant, Anjul Nigam, Bob Stephenson
Durée : 88 minutes
Genre : Comédie noire
Musique : Role Kent
Photographie : Ken Seng
Production: Jason Bateman, Jeff Culotta, Sean McKittrick et Mason Novick
Sociétés de production : Aggregate Films et Darko Entertainment
Auteur de la critique: Laurent Wu

 

 

 

 

Band of Brothers : L’enfer du Pacifique -The Pacific- : Critique

Neuf ans après Band of Brothers, Steven Spielberg et Tom Hanks produisent une nouvelle minisérie pour HBO, Band of Brothers : L’enfer du Pacifique. Le format est le même avec 10 épisodes pour une seule saison, mais on va suivre 3 personnages différents dans 3 corps de marines dans la même guerre, au lieu d’une unique compagnie.

Dans l’enfer des tropiques 

L’intrigue se déroule dans le Pacifique, avec trois personnages très différents. Robert Leckie, journaliste sportif, un romantique qui s’est épris de sa voisine juste avant son départ. Il va vivre cette guerre au cœur des marines, voyant ses camarades tomber autour de lui. Alternant la jungle boueuse et pluvieuse, les séjours en Australie, l’asile et l’infirmerie ; John Basilone, fils d’immigrés italiens, fier d’être un marine, qui va devenir un héros pour sa nation et retourner au pays pour faire la publicité de l’armée. Mais c’est un homme de conviction et la sienne, c’est de se battre auprès des siens. Il retourne dans le Pacifique et va y rencontrer la femme de sa vie, une infirmière italienne ; enfin, Eugene Sledge voit son frère aîné partir à la guerre, lui étant retenu par un souffle eu cœur. Le souffle disparaissant, il va pouvoir rejoindre son ami d’enfance, lui aussi parti avec les marines. Sa sensibilité va être mise à rude épreuve : il va perdre son innocence et découvrir les horreurs de la guerre, qu’elles soient américaines ou japonaises.

C’est difficile de ne pas comparer les deux séries. Même si le traitement est différent, le thème reste la seconde guerre mondiale. Le fait de se retrouver dans trois corps de marines, rend l’ensemble un peu confus. Il faudra plus de temps pour identifier les divers personnages et comme pour son aînée, c’est mi-saison que The Pacific devient enfin passionnante.

Pourtant, elle évite l’abus de combats, mettant plus l’accent sur les conditions climatiques et humaines, le climat tropical étant plus dangereux que l’ennemi. Cette pluie qui tombe à tout moment, rendant le terrain boueux, l’impossibilité de sécher ses vêtements, épuisent ces hommes aussi bien physiquement, que psychologiquement. Les batailles sont vite expédiées. L’ennemi est invisible, il donne l’assaut de nuit. Cela peut semer la confusion et mener à la bavure. Un séjour en Australie permet de souffler un peu, cela apporte un peu de légèreté. C’est aussi un défaut : on sent l’envie de viser un public plus large avec des bluettes sans réel intérêt. On est loin de la testostérone émanant de Band of Brothers.

Néanmoins, le spectateur comprend les différents rouages de la guerre : le héros trop vite porté aux nues et renvoyé malgré lui au pays pour ramener de l’argent dans les caisses de l’armée, se servant de lui comme un simple objet publicitaire, loin de son ambition de servir sa patrie au front. L’idée romantique de la guerre vole rapidement en éclats. On est loin de l’image idyllique diffusée dans la presse et la télévision. Le japonais devient un sale macaque aux yeux de ces hommes, qui vont jusqu’à lui arracher ses dents en or pour arrondir leurs soldes, comme les nazis avec les juifs. La frontière est étroite entre le bien et le mal, très étroite….

Les marines ne sont pas représentés comme des super-héros ; ce sont des hommes comme les autres. En partant à la guerre, ils reviendront différents, aussi bien touchés dans leur chair, que dans leurs convictions. Le personnage de Sledge est le plus intéressant. Il veut absolument rejoindre les marines dans le Pacifique. Il sera celui qui rend la série passionnante, avec le soutien de Leckie et Basilone, devenant moins lisses. Leurs parcours nous permet de voir les différents aspects de la guerre. Ils ne sont pas érigés en héros, en exemple, du moins pour le spectateur. On voit leurs failles, on assiste à leurs interrogations et aux atrocités auxquelles ils sont confrontés : ces membres arrachés dévorés par les vers, les villageois se sacrifiant tel des kamikazes, mettant à mal leurs désirs de les secourir, au risque de se retrouver dans un piège, ce qui instaure un climat paranoïaque. Mais aussi la question la plus importante : Pourquoi cette guerre ? A aucun moment, le spectateur reçoit une explication. Ils doivent se battre pour leur pays, point.

Lors de la deuxième partie de saison, les combats se font plus présents, plus intenses, l’ennemi prenant enfin forme. Maintenant que les personnages sont identifiés, il est plus aisé de s’intéresser à l’histoire, à cette guerre qui se finira en une phrase : « On a lâché la bombe, la guerre est finie ». Hiroshima n’est même pas citée, tout comme le fait que ce soit une bombe atomique. Apparemment les américains assument encore mal cette victoire au goût amer.

Avec un budget conséquent (plus de 150M), la série avait les moyens de ses ambitions. La réalisation n’est pourtant pas transcendante au début. Tim Van Patten étant un habitué des séries télévisés, tout comme David Nutter. La vue d’ensemble est trop simpliste, trop conventionnelle, et les épisodes en pâtissent. Il faudra l’excellent épisode 5 dirigé par Carl Franklin pour voir la différence et avoir l’impression d’être devant un film et non une série classique.

L’interprétation est inégale. James Badge Dale (Leckie) est ennuyant : il est plus proche d’un personnage des Feux de l’amour, que d’un marine. Au fil des épisodes, il va remédier à cela mais il est clairement le plus faible du casting. Jon Seda est mal exploité au début, il est même presque absent mais à l’instar de Donnie Whalberg dans Band of Brothers, il va prendre de l’épaisseur et s’imposer dans la seconde partie. Joseph Mazzello débarquant en plein milieu, quand la série devient passionnante, est indiscutablement le plus doué de tous, même si Rami Malek est assez dérangeant, ce qui le rend fascinant. Jon Bernthal avait fait sa première apparition dans Band of Brothers. Cette fois-ci, il a un rôle plus conséquent aux côtés des chevronnés William Sandler et Annie Parisse. Le reste du casting n’ayant pas encore fait ses preuves, puis aucun ne sortant vraiment du lot, il faudra quelques années pour voir si certains ont eu une carrière intéressante ou confidentielle.

La série à un niveau correct, mais bien loin de Band of Brothers. Elle a du mal à décoller, et ne nous emmène jamais bien haut. Les personnages ne sont pas suffisamment passionnants pour que l’on s’y attache. Le côté romance est un peu ennuyant. Historiquement, on apprend peu : il n’y a jamais de dialogues avec l’ennemi ou trop brièvement ; tout reste en surface et ne va jamais au fond des choses. Assez décevant au final.

Synopsis : Suite à l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, de jeunes américains pleins d’espoirs s’engagent dans l’armée pour défendre leur pays face à l’invasion japonaise. Ces soldats sont envoyés dans les îles du Pacifique où l’ennemi gagne du terrain. Ils n’ont aucune idée de l’enfer qui les attend. Les désillusions se mêlent vite à la peur, et la mort devient leur lot quotidien. Ce qu’ils vont vivre les changera à jamais. Suivez le parcours de trois marines américains – Robert Leckie, John Basilone et Eugene Sledge – au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor jusqu’au retour à la maison des soldats après la capitulation japonaise. 

Auteur de la critique : Laurent Wu