Florence Foster Jenkins, une bande originale d’Alexandre Desplat: critique

Florence Foster Jenkins – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

La réussite de la bande originale de Florence Foster Jenkins, prochain film biographique de Stephen Frears, tient en trois éléments: Alexandre Desplat (Tarzan, The Imitation Game, Godzilla) à la composition et à la direction, Meryl Streep (Les Suffragettes, The Homesman) au chant et Florence Foster Jenkins elle-même à l’inspiration. Petit cours d’histoire, Florence Foster Jenkins était une « chanteuse » soprano américaine qui vécu dans la première moitié du XXème siècle. Elle était réputée (au point de se produire au Carnegie Hall) non pas pour son talent, mais pour son absence totale de talent, voir même pour l’exceptionnelle médiocrité de son chant lyrique. Pourtant le succès était là, grâce à sa richesse qui lui permit de « s’acheter » ses premiers concerts, grâce aussi à la sidération qu’elle suscitait chez ses fans.  Partant du principe que les morceaux interprétés par Meryl Streep (dans le rôle de Mrs Jenkins) reflètent la réalité, on comprend qu’elle chantait probablement beaucoup plus mal que le commun des mortels. Et c’est là un des nombreux mérites d’Alexandre Desplat sur ce projet, avoir réussi à guider Meryl Streep sur les voies du chant faux et de l’arythmie. Car chanter faux, quand on chante plutôt bien (ce que l’actrice à démontrer dans Mamma Mia), c’est un véritable travail si l’on veut être crédible, ce qui est le cas ici.

Le résultat final est plein d’impressions et de sentiment contradictoires: drôle, pathétique, sublime, tout ce que semble avoir été Mrs Jenkins. On alterne entre les superbes compositions d’Alexandre Desplats, inspirées de l’atmosphère musicale des années 30 et qui rappelleront le fameux In The Mood de Glen Miller, le chant lyrique dans ce qu’il a de plus irréel et les mêmes chants, interprétés par Meryl « Florence Foster » Streep. C’est à ce moment que la bande originale devient un délicieux paradoxe, car on ne sait si l’on doit vite baisser le son pour préserver ses oreilles d’une horreur pareille, ou bien le laisser pour savourer ce mélange d’hilarité et de stupéfaction. Car cette chanteuse était effectivement atroce, c’est sans rythme, c’est totalement faux et en plus son timbre de voix est insupportable, douloureux aux oreilles. C’est simple, par moments sa voix produit le même son que ces jouets en plastique pour enfants qui font « pouet » lorsqu’on appuie dessus. Le morceau de bravoure, c’est lorsqu’elle interprète Der Hölle Rache Kocht In Meinen Herzen, morceau le plus connu de La Flûte Enchantée de Mozart, cet air que beaucoup de cantatrice redoutent. On touche le fond précisément à cet instant, car c’est à un délicieux massacre que se livre Meryl Streep.

Réjouissante et insupportable sont les qualificatifs idéaux pour cette bande originale d’Alexandre Desplat, tant elle mélange le meilleur et le meilleur du pire. Musiques swing et jazz, chant lyriques et chant atroces se mélangent en un ballet coloré et contre nature, qui pourrait rendre fou le plus ouvert des mélomanes. Reste que Florence Foster Jenkins est aujourd’hui encore, une énigme pour la science moderne. Comment expliquer en effet que, passé l’effet de curiosité pour un « phénomène de foire », l’intérêt se poursuive pour cette reine du « canard », au point que ses fans lui demandaient de se produire encore plus en concert ? Les plus grands musicologues continuent encore d’y perdre l’esprit.

Florence Foster Jenkins – Theme Song:

Sortie: 6 mai 2016

Distributeur: Decca Records

Tracklist:

1. Florence Foster Jenkins
2. When I Have Sung My Songs to You (Meryl Streep and Terry Davies)
3. Socialite
4. Bribing
5. Adele’s Laughing Song (from Die Fledermaus) (Meryl Streep and Simon Helberg)
6. Florence and Whitey
7. Take It Easy (Fats Waller)
8. The Bell Song (from Lakmé) (Aida Garifullina and Terry Davies)
9. The Bell Song (from Lakmé) (Meryl Streep and Simon Helberg)
10. McMoon
11. Sing Madame Florence
12. Prelude In E Minor, Op.28, No.4 (Simon Helberg)
13. Charlie’s Prelude (John Kirby & His Orchestra)
14. Bedtime
15. For Toscanini
16. Queen Of The Night’s Aria (from Die Zauberflöte, K.620) (Meryl Streep and Simon Helberg)
17. On Radio
18. Going To Kathleen’s
19. St. Clair’s Blues
20. The Post
21. Carnegie Hall
22. The Audience
23. After Reading
24. Like A Bird (Meryl Streep and Simon Helberg)
25. I Think I Am Going To Read
26. For The Love Of Music
27. Wiegenlied, Op.49, No.4 (Anne Sofie von Otter and Bengt Forsberg)
28. Valse Caressante (Meryl Streep and Simon Helberg)

Festival

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Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

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