Gérardmer 2026 : Des vieux inquiétants, des enfants hantés et des trentenaires qui ne vont plus très bien non plus

Premier jour du festival du cinéma fantastique de Gérardmer, édition 2026 qui démarre cette fois-ci un mercredi, et même un mardi pour les chanceux qui ont pu voir le film d’ouverture ! Cette année, en effet, le festival nous offre du rab et ce ne sera pas de trop pour regarder la bonne trentaine de films au programme. La sélection côtoie une rétrospective sur les masques et leur pouvoir, un hommage au réalisateur Neil Marshall, un autre à Joko Anwar, et un autre encore dédié à Olga Kurylenko ! La neige est au rendez-vous et tout le monde a l’air d’avoir envie de frissonner.

Nervures – Réalisé par Raymond St-Jean (Canada, 2025) -(Compétition)

Une jeune femme rend visite à ses parents à l’improviste, en compagnie de sa petite amie. Sa mère lui apprend que son père est mort il y a quelques jours. Qu’elle ne l’ait pas prévenue immédiatement n’est pas la seule étrangeté que constate la jeune femme dans le comportement de sa mère. À cela, s’ajoute un médecin à la retraite, installé quelques mois plus tôt dans la maison voisine, à l’aura un peu louche.

Il y a chaque année, à Gérardmer, un film plus conventionnel, qui paraît sans cesse contenu dans les limites de son ambition et de ses moyens, où rien ne dépasse, où rien ne va trop loin, dans un mélange de pusillanimité et de bonne volonté. C’est Nervures qui, pour cette édition, semble devoir décrocher ce triste prix.

Le film tourne autour d’une idée principale, par laquelle il ne se laisse jamais vraiment inquiéter. Tout ce qui pourrait surgir de réel ou de vraisemblable, et donc d’intéressant, devant cet élément principal et fantastique, est sans cesse atténué, lissé, aplati. Par ce fait, par cette volonté de résoudre trop vite les problèmes concrets que son mystère essentiel, pourtant loin d’être sans intérêt, pourraient générer, le film sonne faux, et l’inconsistance des actions et des réactions de ses personnages finit par nous ennuyer. Un film d’une facture correcte, mais oubliable.

Don’t Leave the Kids Alone – Réalisé par Emilio Portes (Mexique, 2025) – (Compétition) 

Avec la perte récente de son mari, Catalina se retrouve seule avec ses deux enfants de 7 et 10 ans (le meilleur âge, dit-on) dans une grande maison acquise à bon prix (moyennant d’avoir laissé de côté son histoire sordide, horreur oblige). C’est justement pour finaliser ce contrat juteux qu’elle se retrouve obligée de laisser ses enfants seuls pour quelques heures.

Avec des clins d’œil appuyés à Home Alone, Portes ménage l’apparition de l’épouvante en laissant la place à des séquences ludiques. La maison hantée est d’abord un terrain de jeu, de ceux que les enfants font en générant du désordre partout où leur énergie s’extériorise. C’est que la principale force du film est de tenir les règles qu’il met en place dès la première scène ; ici, on ne quitte jamais le point de vue des enfants, qu’il s’agisse des chamailleries, des disputes graves entre frères ou d’échapper à un fantôme vengeur et sanglant. Même les séquences avec la mère, en soirée, sont là pour mieux nous ramener à ses chers et tendres. Le ton et le rythme sont si maîtrisés que les différentes tonalités inhérentes aux changements d’humeur des deux petits protagonistes (qui jouent extrêmement bien, ce qu’il faut souligner dans le cas d’enfants) composent une tension qui devient très vite irrésistible au point de s’achever dans un final plus que vibrant. À voir.

The Invitation – Réalisé par Karyn Kusama (USA, 2015) – (Rétromania) 

Will est invité à une « dinner party » chez son ex-femme et son nouveau petit ami qui habitent leur ancienne maison, celle-là même où leur enfant de 5 ans est mort deux ans auparavant. Ambiance. En plus de l’anxiété classique que l’on peut ressentir face aux événements sociaux exigeants et faussement décontractés, Will, son ex-femme et leurs amis bien entendu au courant doivent donc affronter le passé. Plus que le malaise social, c’est le retour inéluctable et d’autant plus insupportable du trauma qu’il s’agit de regarder en face, le tout dans une soirée censée être tellement bonne vibes que personne n’a le courage de mentionner l’éléphant dans la pièce. Prenant son temps pour construire moment après moment une tension de plus en plus violente et maîtrisée, Karyn Kusama en profite pour livrer une vision désabusée et glaçante de ce que peut être la gestion d’un trauma chez des jeunes gens ordinaires. Et si le meilleur moyen d’enrayer le retour du refoulé était finalement de reproduire le mal ? Une interprétation qui, si elle n’est pas si originale, se révèle d’une efficacité froide dans cet excellent huis clos qui n’a pas vieilli en dix ans.

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.