Le Teckel de Todd Solondz en compétition à Deauville

Une vie de chien

Todd Solondz est un cinéaste américain apprécié en Europe. Dès 1995, il est récompensé d’un Prix du Jury au Festival de Deauville (Bienvenue dans l’âge ingrat). Trois ans plus tard, il obtient le Prix de la Critique au Festival de Cannes pour Happiness ; et en 2009, il repart de la Mostra avec le prix du meilleur scénario. Une jolie carrière qu’il a voulu étoffer encore davantage en présentant cette année, en compétition Le Teckel, film à sketches qui suit la vie d’un chien vagabondant de maîtres en maîtres. Amusé et désespéré, Todd Solondz signe avec ce film une comédie percutante et originale, et peut nourrir des ambitions de prix dans cette 42ème édition du festival.

Cocktail coloré de personnages burlesques ou éplorés, Le Teckel est un film grinçant sur le temps qui passe, une élégie délurée qui a pour seule constante ce chien, cette saucisse qui marque de sa présence quatre vies plus ou moins proches de la mort. C’est d’ailleurs cette mortalité qui ponctue le film : le premier personnage est un jeune enfant qui vient de guérir d’un cancer et qui reçoit un chien pour lui tenir compagnie; le dernier quant à lui est une vieille femme confrontée à tous ses regrets à laquelle il ne reste plus que ce chien qu’elle a nommé « cancer ». La quête d’un foyer entreprise par ce toutou alimente donc le film en individus déçus ou décevants, parfois les deux. Et avec ce pathétisme farceur, le réalisateur se régale des échecs et des solitudes pour mieux s’attaquer à une Amérique déboussolée.  Absence de jouissance et overdose de frustration, Todd Solondz filme une complainte qui réjouit le spectateur, osant les travellings scatophiles sur du Debussy et des attentats canins… Plus sardonique que le Au hasard Balthazar (1966), le réalisateur revendique tout de même l’influence de cet âne qui marqua de son empreinte les recherches narratives entreprises par Robert Bresson. L’anthropomorphisme est inévitable car, égocentré, l’homme se projette, humanise, stérilise, mais la bête, elle, traverse le film de sa vie d’animal, souvent avec indifférence ; contraste effarant avec l’agitation existentielle de l’homme.

Créatif et habile dans sa mise en scène, Le Teckel se pare d’une photographie pastel dans un décor qui sonne faux. Un écrin plastique génial renforcé par un sentiment cartoonesque, bien sûr dû à ce chien absurde, mais aussi aux gags et aux costumes. Et dans cet univers factice et ennuyeux, moqué par le cinéaste, ce dernier crée de l’émotion ou du rire, ironisant sur chaque mésaventure de ses personnages. Ambitieux et drolatique sur la forme, émouvant sur le fond, le dernier film de Todd Solondz est une vraie belle réussite.

Réalisé par Todd Solondz avec Zosia Mamet (de la série Girls), Julie Delpy, Danny DeVito,  Greta Gerwig, Kieran Culkin, Ellen Burstyn, Tracy Letts, Keaton Nigel Cooke…

Festival

L’Étrange Festival 2026 : Turgaud, savoir garder ses distances

"Turgaud", le nouveau film d'Adilkhan Yerzhanov, plonge dans Karatas, ville fictive du Kazakhstan, où un garde du corps se retrouve tiraillé entre fidélité à son employeur et justice. Un néo-western contemplatif, entre western spaghetti et allégorie politique, porté par ses acteurs fétiches.

L’Étrange Festival 2026 : Ghost in the cell, la grande dissection

Dans "Ghost in the Cell", une prison indonésienne bascule dans la terreur quand un fantôme artiste se met à tuer les détenus. Bandes rivales et gardiens corrompus doivent s'unir pour survivre. Joko Anwar mêle gore, comédie burlesque et satire politique sur la corruption et le pouvoir.

Deauville 2026 : Méli-Mélo, dessiner pour ne pas oublier

"Méli-Mélo" suit une fille qui refuse d'oublier sa mère emportée par l'Alzheimer. Leah Nelson tire du livre de Sarah Leavitt une animation adulte, dure et lumineuse à la fois, portée par un dessin qui résiste à l'effacement. Rare incursion de l'animation en compétition à Deauville.

Deauville 2026 : Django Unchained – Once upon a Time (in) America

Pour célébrer les 250 ans de l'indépendance des États-Unis, le Festival de Deauville propose cette année une rétrospective inédite de 15 films dans la sélection "Once upon a Time (in) America". De "La Ruée vers l'or" de Charlie Chaplin à "Here" de Robert Zemeckis, il nous invite à un voyage dans l'histoire du cinéma et d'un pays bâti sur la liberté, la conquête, mais aussi la violence et la ségrégation. "Django Unchained", le premier western de Quentin Tarantino, témoigne ainsi du passé esclavagiste américain à travers un récit de vengeance à la fois brutal, émouvant et jubilatoire.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

L’Étrange Festival 2026 : Turgaud, savoir garder ses distances

"Turgaud", le nouveau film d'Adilkhan Yerzhanov, plonge dans Karatas, ville fictive du Kazakhstan, où un garde du corps se retrouve tiraillé entre fidélité à son employeur et justice. Un néo-western contemplatif, entre western spaghetti et allégorie politique, porté par ses acteurs fétiches.

L’Étrange Festival 2026 : Ghost in the cell, la grande dissection

Dans "Ghost in the Cell", une prison indonésienne bascule dans la terreur quand un fantôme artiste se met à tuer les détenus. Bandes rivales et gardiens corrompus doivent s'unir pour survivre. Joko Anwar mêle gore, comédie burlesque et satire politique sur la corruption et le pouvoir.

Deauville 2026 : Méli-Mélo, dessiner pour ne pas oublier

"Méli-Mélo" suit une fille qui refuse d'oublier sa mère emportée par l'Alzheimer. Leah Nelson tire du livre de Sarah Leavitt une animation adulte, dure et lumineuse à la fois, portée par un dessin qui résiste à l'effacement. Rare incursion de l'animation en compétition à Deauville.