FFA Angoulême 2019 : Camille, bouleversant portrait d’une jeune femme courageuse

Dès la présentation faite par le réalisateur Boris Lojkine et Maryvonne Lepage, la mère de Camille Lepage, photo-journaliste tuée en Centrafrique, dont le film est librement inspiré, l’émotion est palpable et le sujet grave. On s’attend alors à voir une oeuvre bouleversante et ce qui suit ces quelques mots d’introduction provoquera une émotion bien peu descriptible.

On sent la bienveillance et l’humanité qui se dégagent de ce trio composé de l’actrice principale Nina Meurisse, du réalisateur et de cette mère en deuil, à qui il aura fallu un courage remarquable pour réaliser le travail qu’elle a fait en collaborant avec Boris Lojkine. Et ces sentiments émanent jusqu’à sortir de l’oeuvre et créer celui particulier de partager le deuil d’une jeune femme que l’on n’a pas connue mais qui, par son parcours, sa passion, son envie, force l’admiration et l’amour presque. Comme une rencontre, la magie opère à l’écran et l’on ressent durant 1h30 l’impression d’avoir rencontré quelqu’un. Quelqu’un de fort, quelqu’un de beau et admirable que Nina Meurisse a su cerner et faire briller. Camille est un soleil, un rayon de lumière au milieu de la Centrafrique marquée par la guerre et l’actrice s’en empare avec une grande intensité.

Comme avec son précédent et premier film de fiction, Boris Lojkine place son histoire en Afrique et livre une approche quasi documentaire pour toujours ajouter à la fiction, la réalité de la vie de ces pays. Dans Hope, il donnait à voir l’exil forcé de ceux qui refusent de vivre dans le danger et la pauvreté de leurs pays, ici, c’est par la guerre civile centrafricaine que le cinéaste nous plonge dans un contexte politique tout aussi percutant. L’Afrique n’est jamais seulement le décor d’un récit mais le point de départ de celui-ci, comme l’a été la mort de Camille, auquel les éléments de fiction viennent alors s’ajouter pour offrir une double narration. Celle évidente de la vie de Camille Lepage, du choix de sa vocation, de ses progrès, son avancée dans le milieu du photo-journalisme, sa réussite, ses doutes sur place quand la population à laquelle elle est liée lui rappelle que les Blancs ne sont pas les bienvenus. Mais celle aussi de la réalité tragique d’un pays où la population se déchire.

On ressort alors du film en ayant appris bien des choses sur la situation politique, sur les relations de la Centrafrique avec la France tout en ayant été frontalement confrontés aux questions d’éthiques journalistiques qui agitent tant le monde aujourd’hui. Que peut-on montrer, que doit-on montrer, que doit-on garder ? Camille est donc fatalement un film sur le regard parce que Nina Meurisse a dû saisir celui de Camille Lepage pour construire son personnage photographe et parce que Boris Lojkine pose le sien sur un pays en crise dans lequel les interventions françaises ne résolvent rien.

Les frontières sont fines entre documentaire, fiction et biopic et ce parce que ce que le réalisateur français parvient à faire de ce mélange est d’une force incroyable. Un cinéma pur, vrai et d’une grande émotion.

Camille, un film de Boris Lojkine

Avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini, Grégoire Colin
Durée : 1h30
Sortie : 16 octobre 2019
Distribution : Pyramide Distribution

Entretien avec le réalisateur Boris Lojkine, l’actrice Nina Meurisse et la mère de Camille Lepage, Maryvonne Lepage, à venir.

Festival

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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